‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 42 sur 83 · EST-IL PERMIS DE L'INVOQUER · texte numérisé non relu

EST-IL PERMIS DE L'INVOQUER

L'Eglise exhorte ses enfants, non seulement à honorer la Vierge bénie, mais encore à invoquer son interces-

(1) S. Luc, 1, 40.

sion. Les Ecritures prouvent jusqu’à l'évidence que les anges et les saints dans le ciel, peuvent entendre nos prières et qu’ils ont le pouvoir et la volonté de nous secourir (1). Si les anges connaissent parfaitement ce qui se passe sur la terre, si les prophètes, même lorsqu’ils étaient revêtus de leur chair, avaient une claire vision des choses qui s’accomplissaient dans le temps, à de grandes distances et dans des lieux éloignés, s'ils ont pu pénétrer l'avenir, prédire les événements qui étaient alors cachés dans la nuit des temps, croironsnous que Dieu retire la connaissanre de nos prières à Marie qui est justement appelée la Reine des anges et des saints ? Car de même que la sainteté de Marie surpasse celle des autres mortels, ses connaissances doivent, dans la même proportion, être plus grandes que les leurs, puisque la science constitue un des éléments de bonheur du ciel,

Si saint Etienne, tandis que son âme était encore retenue dans la prison de son corps, “a vu la gloire de Dieu et Jésus assis à la droite de son Père (2) ;”” si saint Paul a entendu ‘‘des paroles secrètes (3)”" dans le paradis, est-il surprenant que Marie nous entende et nous voie, maintenant qu’elle est élevée dans les cieux, qu'elle se tient debout devant Dieu, qu’elle le voit face à face comme le partait miroir de toutes les connaissances ? I] est aussi facile à Dieu de faire voir aux saints les choses de la terre, que de faire paraître celles du ciel aux âmes qui vivent encore sur la terre.

Le pouvoir d’'intercession de Marie est autant supérieur à celui des Anges, des Patriarches et des Prophètes, que sa sainteté l'emporte sur la leur. Si notre Père céleste écoute si attentivement la voix de ses serviteurs, que refusera-t-il à celle qui est sa fille de choix et de

(1) Genèse, xLVI1, 16; Tobie, xn1, 12; S. Luc, xv, 10: Zach., 1, 12-13, (2) Actes, vi, 55.

(3) Corint., x11, 4.

2e Le un + Dune. Lou Ste

prédilection, qui a été choisie entre mille, pour devenir la mère de son Fils bien-aimé ?

Si nous-mêmes, malgré notre titre de pécheurs, nous pouvons soulager les autres par nos prières, combien irrésistible doit donc être l’intercession de Marie, qui n’a jamais offensé notre grand Dieu par le péché, qui n’a jamais terni sa blanche robe d’innocence par la moindre souillure, depuis le premier moment de son existence jusqu’à ce qu’elle ait été reçue dans le ciel par les anges témoins de son triomphe.

En parlant du patronage de la Vierge bénie, nous ne devons jamais perdre de vue son titre de Mère de notre Rédempteur, ni les grands privilèges attachés à cette prérogative. Marie fut la mère de Jésus. Elle exerça sur lui toute l'influence qu’une mère prudente a sur son fils chéri.

‘‘Jésus, dit l'Evangile, leur était soumis (1),”° il était soumis à Marie et à Joseph. Nous voyons cette obéissance de Notre-Seigneur envers sa Mère briller dans tout son éclat aux noces de Cana. Marie avait grandement exprimé son désir dans ces paroles: “Ils n’ont plus de vin.”’ Jésus lui obéit à l’instant en changeant l’eau en vin, quoique le temps ne fût pas encore venu d'exercer son ministère public et d'opérer ses merveilles.

Marie n’a pas perdu dans le ciel son titre de Mère de Jésus. Elle est toujours sa mere, et tandis qu’elle l’adore comme son Dieu, elle conserve toujours ses relations, ses droits de mère; de son côté Notre-Seigneur exerce toujours envers elle ces bonnes dispositions que le meilleur des fils se fait un honneur d’entretenir avec la meilleure des mères, et qui assurent l'efficacité à toutes ses demandes.

Jamais Jésus ne nous paraît ni aussi aimable ni aussi doux que lorsque nous.le voyons reposant dans les bras

(19 S. Luc, n, 51.

de sa Mère. Nous aimons à le contempler, et les artistes prennent plaisir à le représenter dans cette position. Il me semble que si nous avions vécu à Jérusalem en méme temps que lui et que nous eussions reconnu, comme Siméon, le Seigneur de majesté sous la forme d’un enfant, que nous eussions eu une faveur à lui demander, nous la lui aurions présentée, tandis que les yeux célestes de cet enfant contemplaient le doux visage de sa mère. Il en est de même maintenant. Jamais nos prières ne trouveront un plus facile accès que lorsqu'elles seront offertes par Marie.

Quand nous invoquvns le patronage de Notre-Dame nous sommes dirigés par un triple sentiment: celui de la majesté de Dieu, celui de notre propre indignité, celui de l’incomparable crédit de Marie sur son Père céleste. Pénétrés de notre bassesse et de nos péchés, nous : avons souvent recours à son intercession dans l'espoir assuré d’être plus favorablement exaucés.

‘Comme des enfants qui après avoir offensé un père trop indulgent, contrits et tout confus, n’osant plus se présenter seuls devant lui, parlent sur le seuil de la porte à leur sœur, et attendent avec confiance qu'elle soit allée intercéder pour eux; ainsi les hommes pleurant leurs crimes et ne se hasardant pas encore à porter à l'oreille d’un père irrité leurs requêtes, offrent à Marie leurs prières et leurs vœux et du haut du ciel elle intercède pour eux (1).'’

Marie, me direz-vous, veut-elle venir à notre secours ? s'intéresse-t-elle vraiment à notre salut? Ou bien estelle tellement absorbée par la jouissance de Dieu qu’elle est indifférente à nos misères? ‘‘Une femme peut-elle oublier son enfant au point de n'avoir nulle Pitié du fruit de ses entrailles (2) ?’’ Ainsi Marie ne nous oubliera jamais.

(1) Legendes doré.s de Longfellow.

(2) Isaie, xLix, 15.

L'amour qu'’elie nous porte ne peut être cuntre-balancé que par son amour pour son fils naturel. C’est Marie qui a nourri le Sauveur enfant. C’est son sein qui l’a mis à l'abri de la violente tempête et de la persécution d’Hérode, c’est elle qui essuya son visage ensanglanté quand on le descendit de la croix. Nous sommes aujourd’hui les frères de Jésus. “‘I1 n’a pas rougi, dit l’Apôtre, de nous appeler ses frères (1).”’ Lt Marie n’a pas rougi de nous appeler ses enfants d'adoption. Au pied de la croix elle nous a adoptés dans la personne de saint Jean. Elle brûle de rendre à nos âmes les mêmes devoirs qu’elle rendit au corps de son enfant. Elle veut être l’instrument de Dieu pour nous nourrir de la grâce divine, pour nous revêtir des habits de l’innocence, pour nous mettre à l’abri des tempêtes de la tentation, et pour faire disparaître de nos âmes la souillure du péché.

‘Les anges, quoique d’une nature différente de la nôtre, sympathisent si parfaitement avec nous, qu'ils se réjouissent de notre conversion (2). Combien plus grand doit être l’intérêt qui nous est manifesté par Marie, elle qui est de la même nature que nous, qui est descendue des mêmes parents que nous, qui est l’os de nos os, la chair de notre chair et qui a parcouru autrefois le même sentier épineux de la vie que nous traversons maintenant ?

Quoiqu'on ne puisse pas le mettre au rang de ceux qui ont la foi, Edgar-A. Poë n'a pas dédaigné d’invoquer l’intercession de Notre-Dame et de reconnaître l'influence de son patronage dans le ciel.

“Le matin, à midi, aux premières lueurs du crépuscule, à Marie, vous avez entendu mes hymnes d'amour.’ Dans la joie comme dans la douleur, — dans la prospérité comme dans le malheur, — soyez toujours avec moi. Quand les heures s’écoulaient brillantes et radieu-

(1) Hébreux, 11, 11.

(2):S."Euc, xv, 7.

ses, lorsque le ciel n'était obscurci par aucun nuage, votre grâce — de peur que ceci ne fût en réalité éphémère et fugitif —attirait mon âme vers vous et vers votre fils. Maintenant que les tempêtes de la fortune ont jeté de sombres ténèbres sur mon présent et sur mon passé, que le doux espoir que je fonde en vous et en votre fils, fasse luire sur moi de nouvelles clartés.”?

Quelques personnes non seulement nous objectent que l'invocation de Marie est sans profit, mais elles affectent de se scandaliser de la confiance que nous mettons en son intercession. Elle nous reprochent sans fondement d'oublier et de déshonorer Dieu par les prières que nous lui adressons, et de mettre ainsi la créature au même niveau que le créateur.

Tout enfant catholique sait, par son catéthisme, que rendre à la créature l'honneur suprême qui est dû à Dieu seul, c’est faire acte d'idolâtrie. Comment peut-on

nous accuser de ne point rendre à Dieu l'hommage qui lui est dû, ou de le mettre en comparaison avec la créature, en invoquant Marie, quand nous reconnaissons en elle une simple créature, rattachée par tous les dons et par le crédit qu’elle possède! Voilà ce que supposent toutes ns demandes,

Quand nous lui adressons nos prières, nous lui disons: Priezs pour nous pécheurs, reconnaissant par ces paroles qu’elle est notre médiatrice aupres du Trône de la divine miséricorde, A Dieu nous disons: Donneznous notre pain quotidien, proclamant ainsi qu’il est la source de toute bonté.

Ce principe posé, comment pouvons-nous être justement accusés d’amoindrir la majesté de Dieu en invoquant l’intercession de sa servante ?

Si un pauvre demande et reçoit l’aumône d’une per- Sonne que j'ai à mon service, serai-je offensé des bénédictions que ce pauvre lui prodigue? Loin de là. Je les accepte comme me revenant à moi-même, puisqu'elle a

donné ce qui m'appartient, et qu'elle l’a fait avec mon consentement.

Notre-Seigneur dit à ses apôtres: ‘‘Je vous prépare un royaume afin que vous puissiez manger et boire à ma table dans mon royaume, et vous asseoir sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël (1). Saint Paul dit: ‘*Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges, combien plus devons-nous juger les choses de ce monde (2) ?”’ Si, dans le ciel, les apôtres peuvent s’asseoir à la table du Seigneur sans nuire à sa majesté, certainement notre Reine peut aussi se présenter devant lui comme notre avocate sans empiéter sur ses droits. S'ils peuvent exercer les formidables prérogatives de juges des anges et des hommes sans empiéter sur le divin jugement de Jésus, Marie peut également remplir la fonction plus modeste d’intermédiaire, de médiatrice auprès de son Fils, sans rien ôter à sa suprême médiation, car l'office de Juge est supérieur à celui d’avocat. Personne cependant ne s'étonne du pouvoir donné aux apôtres, tandis que beaucoup supportent avec peine de moindres privilèges réclamés pour Marie.

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