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l’autorité de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.
L'Eglise adopta naturellement, dans sa liturgie comme dans son cuite public, la langue qu'elle voyait prévaloir narmi les peuples. Les Pères de la primitive Eglise écrivirent généralement dans la langue latine, qui fut dès lors comme la dépositaire de la littérature sacrée de l'Eglise.
Au cinquième siècle vint la chute de l’empire romain. Sur les ruines de ce vieil édifice on vit se former en Europe de nouveaux royaumes. Le latin cessa insensiblement d'être une langue vivante, et de nouveaux idiomes commencèrent à surgir comme les nombreux rejetons d’une souche mère. L'Eglise, toutefois, retint dans sa liturgie, dans l'administration des sacrements le latin pour de très sages motifs, dont je vais exposer rapidement les principaux.
1° L'Eglise catholique a toujours une seule et même foi, la même forme de culte public, le même gouvernement spirituel. Comme sa doctrine et sa liturgie sont invariables elle désire que la langue de sa liturgie demeure fixe, invariable et uniforme. La foi c’est le joyau, la langue c'est l’écrin qui le renferme. L'Eglise est si jalouse de conserver le joyau intact, qu’elle ne touchera pas même à l’écrin dans lequel il repose. Les langues vivantes, contrairement aux langues mortes, changent continuellement les mots et leur signification. L'anglais qui s’écrivait il y a quatre siècles serait presque aussi inintelligible à un lecteur anglais que le latin. Dans une bible publiée au quatorzième siècle, saint Paul s'appelle lui-même le vilain de Jésus-Christ. Le mot vilain signifiait alors serviteur, mais ce terme ne serait pas aujourd'hui flatteur même pour une personne moins sainte que l’apôtre. Ce n’est qu’un exemple, entre mille que je pourrais offrir, des mutations que nos langues ont subies, Pour le latin, langue morte, il n'est pas soumis à de tels changements.
2° L'Eglise catholique est répandue dans tout l’univers; elle réunit dans son sein les enfants de tous les climats, de toutes les nations, de tous les peuples et de toutes les langues parlées sous le soleil, Comment, je vous le demande, les évêques de ces différentes contrées pourraient-ils communiquer entre eux dans un concile, s'ils n'avaient point de langue commune? Ce serait impossible. Une Eglise universelle doit avoir une langue universelle ; tandis qu’une Eglise nationale ou Eglise dont les membres ne parlent qu’une seule et même langue, et dont les doctrines changent commoc#ment dans la suite des temps, peut, sans danger, adopter pour liturgie le langage vulgaire,
Il y a quelques années, on tint en Angleterre une réunion d’évêques appartenant à l'Eglise épiscopale d'Angleterre et d'Amérique. Ils n’eurent pas de difficulté à communiquer entre eux, parce que tous parlaient leur langue mère. Supposons qu’il s’y fût rencontré des représentants de l'Espagne, de la France et de l’Allemagne. Les lèvres de ces évêques du continent eussent été fermées parce qu’ils n'auraient pas pu converser avec leurs frères anglais; leurs oreilles aussi, parce qu'ils n'auraient pas pu comprendre ce qui leur était dit.
En 1830, au concile œcuménique du Va. 1n, il y avait des évêques réunis de toutes les parties uu monde, parlant toutes les langues civilisées du christianisme. Si ces évêques n'avaient pas eu une langue commune, les débats publics et les conversations familières eussent été impossibles. L’enceinte du concile n’eût été que la Babel parfaite des langues. Maïs grâce au latin que tous parlaient, à l'exception de quelques rares Orientaux, leurs discours étaient aussi facilement compris que si chacun eût parlé dans son dialecte natal.
3° Le clergé et les évêques de l'Eglise catholique sont en relations fréquentes avec le Saint-Siège. Il faut nécessairement que les communications se fassent dans
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une langue commune, car autrement le Pape serait forcé d'avoir recours à des interprètes parlant toutes les langues du christianisme.
Mais si le prêtre dit la messe dans une langue inconnue, le fidèle n'est-il pas tenu dans l'ignorance de ce qu'il dit? ne perd-il pas son temps à l'église ? Nous ne pouvons nous empêcher de sourire devant de telles objections qui, d'année en année, sont répétées Sur un ton de plus en plus dégagé. Ces objections ont leur source dans une profonde ignorance de ce qui constitue la saince Messe. Beaucoup de protestants se persuadent que l'essence du culte public consiste dans le sermon, dans la parole, Ainsi pour eux le premier devoir des fidèles est d'écouter un discours prononcé du haut de la chaire. La prière, au contraire, d’après l’enseignement catholique, est le devoir le plus essentiel des fidèles, quoiqu’on les instruise régulièrement par des discours. La messe qu'’est-elle donc? Ce n’est pas un discours mais un sacrifice que le prêtre offre à Dieu pour lui et pour le peuple. Quand le prêtre dit la messe, il ne parle pas au peuple, mais à Dieu pour lequel toutes les langues sont également intelligibles.
Les fidèles toutefois ne pourraient pas espérer d’entendre le prêtre, quand il parlerait anglais, puisqu'il leur tourne le visage et qu’il prononce à voix basse la plus grande partie de ce qu’il dit. Tel fut le mode d’adoration que Dieu prescrivit dans la loi ancienne, comme nous l’apprenons par l'Ancien Testament, et par le premier chapitre de saint Luc. Le prêtre offrait le sacrifice dans le sanctuaire et y priait pour le peuple, tandis que celui-ci priait à distance dans la nef. Dans toutes les églises schismatiques d'Orient, le prêtre, aux offices publics, ne prie pas en langue vulgaire, mais dans une langue morte. Telle est aujourd’hui même la pratique de la synagogue. Les rabbins lisent les prières en hébreu, que la plupart de leurs adeptes ignorent.
Est-il vrai cependant que le peuple ne comprend pas ce que dit le prêtre à la messe? Non assurément; à l’aide d'un missel anglais ou de tout autre manuel il peut suivre le prêtre qui officie, depuis le eommencement jusqu'à la fin de la messe.
Vous apercevez également sur l'autel des flambeaux allumés, et vous désirez savoir à quelle fin on les destine.
Dans la loi ancienne, le Très-IHaut lui-mème avait prescrit que des flambeaux allumés ornassent le tabernacle (1). Assurément ce que Dieu a sanctionné dans la loi ancienne, ne saurait être inconvenant dans la nouvelle.
Les lumières sur nos autels ont à la fois une signification historique et symbolique. Dans les premiers jours de l'Eglise, le christianisme n'était pas toléré par le monde païen. Les chrétiens étaient donc forcés de se réunir pour le culte public, dans les catacombes de Rome, ou dans d’autres lieux secrets. Ces catacombes ou chambres souterraines existent encore, et elles sont l’objet du plus vif intérêt pour les pieux étrangers qui visitent la Ville éternelle. Comme ces demeures ne recevaient pas la lumière du soleil, les fidèles étaient obligés d’avoir des lumières, même en plein jour. Pour en perpétuer le souvenir, l'Eglise a retenu l’usage des lumières sur nos autels.
Ces flambeaux allumés ont encore une signification symbolique. Ils représentent Notre-Seigneur, la lumière de l’univers, ‘‘qui a illuminé tout homme venant en ce monde,’ sans laquelle nous errerions dans l’obscurité et dans l’ombre de la mort.
Ces flambeaux nous rappellent, ‘‘que notre lumière doit briller sur les hommes (par le bon exemple), afin qu'ils puissent voir nos bonnes œuvres, et glorifier notre Père qui est dans les cieux.”
Par les lumières on veut signifier également la joie
(1) Exode, xxv, 31 et suiv
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spirituelle, Saint Jérôme, qui vivait au quatrième siècle, nous apprend ‘‘que dans toutes les Eglises de l'Orient, avant la lecture de l'Evangile, on allumait des lumières en plein jour, non pour chasser les ténèbres, mais en signe de joie.”
Vous avez également remarqué le prêtre encensant l'autel. L'encens est un emblème frappant de la prière qui doit monter au ciel de vos cœurs brûlants d'amour, comme cette fumée odoriférante s'échappe de l’encensoir, ‘‘Que ma prière, dit le Roi-Prophète, monte comme l’encens en votre présence (1).”’ Dieu a prescrit dans la loi ancienne l'usage de l’encens: ‘Aaron brûlera sur l'autel dès le matin un encens répandant une suave odeur (2).” Voilà pourquoi nous voyons le pro-
‘ phète Zacharie ‘‘offrir de l'encens en allant dans le
temple du Seigneur.” Tout le peuple priait d’abord dehors à l'heure de l’encensement (3).
Vous voyez que l’autel est aujourd’hui décoré de vases et de fleur, parce que c’est une fête de l’Eglise. Il y a un lieu sur la terre qui ne saurait jamais être trop orné, c’est le sanctuaire dans lequel Notre-Seigneur a bien voulu habiter parmi nous. Rien n’est assez bon, rien n'est assez beau, rien n’est assez précieux pour Dieu. Il nous donne tout ce que nous possédons et le moins que nous puissions faire en retour, c’est d'orner le lieu qu'il s’est choisi, pour en faire sa demeure sur la terre. Le Très-Haut, il est vrai, n’a pas besoin de nos dons. Il est riche sans eux. ‘‘La terre est au Seigneur et toute sa plénitude.” Néanmoins il prend plaisir à accepter nos offrandes quand nous les lui donnons comme une marque de notre affection. Ainsi un père reçoit avec joie de son enfant un présent que ce dernier a acheté de ses propres deniers. Notre-Seigneur accepta avec grati-
(1) Psaume cxL.
(2) Exode, xxx, 7.
(3) S. Luc, 1, 9, 10.
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