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loi, Pouvons-nous supposer que les citoyens des Etats- Unis se sont endormis se croyant en république, pour se réveiller convaincus qu'ils sont sous les lois de la reine Victoria ?
I n'est pas moins absurde de dire que la pratique de la confession a été introduite successivement et par degrés, Pouvons-nous imaginer que les Pères de l'Eglise, les Léon, les Grégoire, les Basile, les Chrysostome, les Jérôme, les Augustin, ces pontifes, ces évêques, ces docteurs intrépides représentant le Très-Haut, qui dans tous les âges, au risque de souffrir la persécution, la mort et l'exil, se sont placés en vigilantes sentinelles sur les tours avancées d'Israël, pour défendre, les yeux toujours ouverts, les faubourgs de la cité de Dieu contre les plus légère attaques? — comment pouvons-nous croire, dis-je, qu'ils aient permis à l'ennemi de la vérité d'envahir le véritable sanctuaire du temple de Dieu ? S'ils ont été si vigilants pour é’:rter les moindres erreurs, comment ont-ils pu se résigner à laisser une si monstrueuse plante, une plante exotique, se greffer, se développer sur l’arbre fertile d:. i’Eglise ?
Ce qui double la force de cette observation, c'est de penser que la confession n’est pas seulement une doctrine théorique, mais une doctrine des plus pratiques, exerçant son influence sur nos actions quotidiennes, sur nos paroles et sur nos pensées ; qu’elle est un sacrement auquel des milliers de chrétiens ont constamment recours dans toutes les parties du monde. C’est donc une doctrine dure à la chair et au sang qu'aucun pouvoir humain, en eût-il d’ailleurs la volonté, ne serait pas capable d'imposer aux hommes. C'est Dieu seul, en pareil cas, qui peut exiger l'hommage de notre croyance et la détermination de notre volonté.
De quelque côté que nous envisagions la question, si nous considérons les circonstances de temps, de lieu et les conditions de son institution, la même inévitable
LE SACREMENT DE PÉNITENCE 399 conclusion s'impose à nous, c'est-à-dire: que la confession n'est pas d'invention humaine, mais l'institution même de Jésus-Christ,
La doctrine de l'absolution donnée par le prêtre, et de la confession privée des péchés, n'est pas exclusive. ment propre à l'Eglise catholique, ni aux Eglises schis matiques orientales, Elle est égale snseignée par une portion respectable et influer: : Églis” nrotestante d'Angleterre.
Le révérend C.-S. Gruehe:. :ù cer æ d'Angleterre, a récemment , il établit le pouvoir d’absoucre er | rinstis de Dieu, ainsi que les avantags ::lar * : c' fession.
Je vais citer les paroles telles qu &i --'r1iv:ni dans le livre du révérend gentleman :
Question. — Qu'entendez-vous pa. :2-0luuiun ?
Réponse. — Le pardon ou la rémission du péché.
Q. — Comment le Christ a-t-il voulu que les péchés commis après le Baptème fussent pardonnés ?
R. — Par le sacrement de l’absolution,
Q. — Qui en est le ministre ?
R. — Le prêtre.
Q. — Croyez-vous que le prêtre puisse réellement 2bsoudre ?
R. — Oui, je le crois.
Q. — Dans quelle partie de l’Ecriture est-il dit que le Christ a donné ce pouvoir au sacerdoce ?
R. — Dans saint Jean, xx, 23. Voyez aussi saint Matthieu, xviii, 18.
Q. — Que dit le livre de prières (Manuel de prières communes) ?
R. — Lorsque l’évêque fait l’ordination des prêtres, il est obligé de dire: ‘Recevez le Saint-Esprit pour l'office et le devoir de prêtre dans l’Eglise de Dieu. Les
péchés que vous aurez pardonnés seront réellement pardonnés.”’ Dans le rituel prescrit pour la visite des malades, il est dit: ‘‘Notre-Seigneur Jésus-Christ a laissé, dans son Eglise, le pouvoir d’absoudre tous les pécheurs qui se repentent vraiment et croient en lui. Dans l'ordre suivi pour la prière du matin et du soir, nous lisons encore que: ‘‘le Dieu Très-Haut a donné le pouvoir, et prescrit à ses ministres de déclarer et de prononcer sur son pénitent l’absolution et la rémission de leurs fautes.”’
Q. — Dans quel but le Christ a-t-il donné au prêtre le pouvoir de prononcer l’absolution en son nom ?
R. — Pour la consolation du pénitent et pour la tranquillité de sa conscience.
Q. — Qu'est-ce qui doit précéder l’absolution du prêtre ?
R. — La confession. Avant que l’absolution ne
soit donnée en particulier, il faut faire la confession en particulier au prêtre.
Q. — Dans quels cas l'Eglise d'Angleterre ordonnet-elle à ses ministres de porter le peuple à la confession privée ; ou, en d’autres termes, à la confession auriculaire ?
R. -- Toutes les fois qu'ils sentent leur conscience troublée par une matière grave.
Q. — Qu’'appelez-vous matière grave ?
R. — Le péché mortel est certainement une matière grave. Les péchés d’omission et de commission de toutes sortes qui pèsent sur l'âme, le sont aussi, Peut être grave encore tout ce qui cause des doutes et des scrupules.
Q. — A quelle époque en particulier l’Egiise doitelle prescrire la confession ?
R.— Dans le temps des maladies et avant d'aller à la sainte communion.
Q. — Ne recourt-on à la confession que pour cher-
cher une absolution aux fautes passées, ou pour calmer la conscience du pénitent ?
R. — La pratique de la confession pour chaque péché est encore un grand frein contre de nouveaux péchés, et elle conserve la pureté de la vie (1),
Q. — Y at-il une autre classe de personnes auxquelles la confession soit profitable ?
R.— Oui, celles qui désirent mener une sainte vie. Ce sont, en effet, celles qui y ont le plus fréquent recours.
Nous trouvons donc ici l'institution divine de l’absolution du prêtre, la nécessité et les avantages de la con- “ession sacramentelle complètement enseignés, non dans un traité spéculatif, mais dans un catéchisme pratique par un membre éminent de l'Eglise anglicane: enseignés par un ministre qui est rétribué sur les fonds de l'Eglise épiscopale protestante, qui prêche, qui exerce dans un édifice reconnu comme Eglise épiscopale protestante, et qui est en communion étroite avec un évêque de l'Eglise épiscopale d'Angleterre.
Et ces doctrines sont admises non par ce seul ministre éminent, mais par des centaines d'ecclésiastiques et par des milliers de membres épiscopaux d'Angleterre,
Quel étrange spectacle de voir la même Eglise enseigner des doctrines diamétralemeni opposées! Ce qui est orthodoxe dans les diocèses de Bath et de Wells, ne l’est décidément plus dans la Caroline du Nord, Un décret que le révérend M. Grueber proclame de foi divine, est qualifié par le révérend évêque Atkinsoi /2) d’invention humaine. Ce que le docteur Grueber préconise comme une pratique très salutaire, le docteur Atkinson l’anathématise comme nuisible, préjudiciable à l'Eglise. La confession, qui, au jugement du premier, est un
(1) Voyez Catéchis”." sur l'Eglise, par le Rév. C.-S. Grucber Hambridge, diocèse de Bath et de Wells, Londres, Paliner, 1870. (2) L'Evêque épiscopal protestant de la Caroline du Nord.
. grand ‘‘frein contre le péché,” est stigmatisée par le dernier comme excitant à le commettre. ‘Voilà comment il est bon, comme il est agréable pour des frères de ne faire qu'un cœur et qu'une âme (1)!
Supposez pour un moment qu'un vénérable évêque protestant appartenant à l'Eglise épiscopale de la Caroline du Nord passe par l'Angleterre, et soit invité par le révérend M. Grueber à prêcher le matin dans son église, et que le très révérend prélat choisisse pour sujet la confession ; supposez ensuite que le révérend M. Grueber traite le soir, dans un discours, la doctrine qu’il a développée dans son catéchisme. — Imaginons qu’un de nos frères séparés, peu instruit, reste dans l'église de M. Grueber du matin jusqu'au soir, dans le dessein d'être éclairé sur l’enseignement de l'Eglise protestante, ne sera-t-il pas dans la plus grande incertitude, en retournant le soir chez lui, pour former son jugement sur ce que l’Eglise protestante épiscopale a enseigné ?
Quelques épiscopaux admettent volontiers que l’on peut recourir à la confession avec profit spirituel dans certains cas exc-ptionnels, par exemple, en temps de maladie. Ainsi, selon eux, la même pratique religieuse est utile à un malade et pernicieuse à celui qui est en santé. Je l'avoue, il m'est impossible de voir comment les circonstances de la santé corporelle peuvent modifier le caractère moral d’un acte religieux. F
Qu'un ministre de l'Eglise anabaptiste et méthodiste nie le pouvoir d’absoudre dans le prêtre, je le comprends sans peine, puisque ces Eglises refusent à leur clergé, dans leurs professions de foi, toute prérogative. Mais ce que je ne puis concevoir, c’est qu'un protestant de l'Eglise épiscopale rejette le pouvoir de pardonner, pleinement affirmé dans le livre de prières qui leur sert d'étendard,
(1) Psaume cxxxtt.
Toutes les fois qu’un évêque de l'Eglise épiscopale impose les mains aux ordinands, il emploie les paroles suivantes, que l’on trouve dans le livre de prières communes: ‘Recevez le Saint-Esprit pour l'office et l’œuvre du prêtre dans l'Eglise de Dieu, qui vous est communiqué maintenant par l'imposition de nos mains. Les péchés que vous aurez remis seront vraiment remis, et ceux que vous aurez retenus seront vraiment retenus (1).”" Si ces paroles ne signifient pas que le ministre reçoit par l'imposition des mains de l’évêque, le pouvoir de pardonner les péchés, elles ne signifient absolument rien. Lorsque l’évèque prononce ces paroles, ou il a l'intention de conférer ce pouvoir d’absoudre, ou il ne l’a pas. S'il l’a, il ne saurait employer un langage plus clair, plus précis, plus expressif pour rendre sa pensée; s’il ne l’a pas, son langage est calculé pour mieux tromper les foules.
Représentez-vous un prélat qui s'adresse le matin aux ordinands en ces termes: ‘Les péchés que vous aurez remis seront vraiment remis,”” et qui après le service divin dit au jeune ministre: Rappelez-vous, monsieur, que vous n'avez pas le pouvoir de remettre les péchés ; les paroles de l’ordination ne sont qu’une figure, un artifice de langage.
Quand un évêque catholique ordonne des prêtres, il se sert des paroles citées plus haut, car la liturgie ritualiste les a empruntées à notre pontifical. Il a l’intention de faire ce qu'elles expriment, c’est-à-dire que les prêtres reçoivent vraiment par le ministère de l’évêque, le pouvoir de confesser et de pardonner les péchés,
Résumons-nous : nous avons vu que le sacrement de Pénitence et l’absolution du prêtre sont enseignés dans l'Ecriture; proclamés par les Pères; pratiqués non seulement par l'Eglise Romaine à travers le monde, mais encore par les schismatiques chrétiens d'Orient ; incul-
(1) Ordination des prêtres.
eng rare ent HASRAMRMÉAARNRREDEMRNESEÉErNNIE PENSE ep mNat nseE2 at Vs APR ee heu atiartanaer aber
qués dans les plus anciennes et les plus pures éditions du livre lilurgique, qui par conséquent n’ont été soumises à aucune coupure ; nous voyons que la même pratique est encouragée par une portion influente de l'Eglise épiscopale protestante d'Angleterre et j'ajouterai aussi des Etats-Unis.
Plusieurs nous objectent, contre l'absolution du prêtre, que l'exercice de semblables fonctions serait une usurpation des préiogatives incommunicables de Dieu, qui seul peut pardonner les péchés. C'était le langage que tenaient les Scribes au Sauveur. Ils s'écriaient : "H ‘‘blasphème! Quel autre que Dieu peut pardonner les “péchés (1)? Ma réponse conviendra également aux objections anciennes et modernes. Il n’y a pas impiété pour le prêtre à réclamer le pouvoir de remettre les péchés, puisqu'il agit comme délégué du Très-Haut. Un prêtre serait cependant impie s’il prétendait absoudre en son nom propre, en vertu de sa propre autorité. Mais quand le prêtre justifie le pécheur pénitent, il agit au nom et par l’autorité expresse de Jésus-Christ, car il dit: ‘‘Je vous absous au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.” Qu'il soit bien entendu une fois pour toutes que le prêtre ne s’arroge aucun pouvoir divin: il n’est qu’une faible voix. C’est le Saint-Esprit qui produit la sainteté dans l’âme du péniteni.
Un grand nombre de protestants épiscopaux, si je ne me trompe, admettent que le péché originel est effacé dans le sacrement de Baptême. Si le ministre n’est pas coupable d’impiété en devenant l’instrument de la miséricorde divine, dans la rémission du péché par le Baptème, quelle impiété y a-t-il pour le prêtre à être l’instrument de la divine miséricorde, quand il absout les pécheurs dans le sacrement de Pénitence ? C'est le mème Seigneur qui a institué le Baptème pour la rémission du péché originel, et qui a aussi établi la Péni-
(D:S: Marc: n,:7,
tence pour la rémission des péchés commis après le Baptême. L’'Apôtre n’a-t-il pas exercé un pouvoir divin en ressuscitant des morts, et en rendant à la vie de la grâce des âmes déjà mortes? Personne, cependant, si l’on en excepte les scribes et les pharisiens, ne l’a accusé d’usurper le pouvoir de Dieu. Le Très-Haut ne peutil, sans déroger à sa gloire, donner aux prêtres du dixneuvième siècle les privilèges déjà accordés à ceux des premiers âges de l'Eglise ?
Loin de déshonorer Dieu, nous le glorifions en ayant recours au médecin terrestre qu’il nous a préposé, et comme les multitudes de l'Evangile ‘‘nous glorifions Dieu, qui a donné de tels pouvoirs aux hommes.”’
D'autres nous objectent contre la confession, que la terre a été rendue à la liberté, et qu’ainsi il n’est pas nécessaire d’avoir recours au ministère sacerdotal, puisque Dieu peut nous pardonner en secret. Si Dieu a le pouvoir de nous sauver sans le ministère des prêtres, pourquoi ne dirait-on pas au peuple qu’il peut désormais se passer du secours du clergé, sans nuire à son salut? Saint Augustin, qui vivait il y a près de mille quatre cents ans, répondra pour moi à l’objection : ‘Que personne, remarque cct illustre docteur, ne se dise, je fais pénitence en secret; je la fais devant Dieu. C'est donc en vain que Jésus-Christ a dit, tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Est-ce en vain que les clefs ont été données à l'Eglise ?”’ La question qui nous occupe n'est pas de savoir ce que Dieu est capable de faire, maïs ce qu'il a voulu faire. Dieu pouvait choisir d’autres moyens pour la justification du pécheur, comme il aurait pu créer le monde autrement qu'il n'existe, C’est pour nous un devoir de prendre à la lettre les paroles de notre Père, et de recourir avec reconnaissance au moyen qu’il a actuelle. ment établi pour notre justification. Nous sommes maintenant certains, par sa parole infaillible, que c’est en
recourant à ses ministres consacrés que nos péchés nous seront pardonnés (1).
Il est rapporté, au Livre des Rois, que Naaman de Syrie fut affligé d’une lèpre très tenace, qui déjoua la science des médecins de son pays. Il avait alors dans sa maison une servante juive, et celle-ci parla à son maitre du grand prophète Elisée, qui vivait dans sa patrie, et auquel le Seigneur avait donné le pouvoir de faire des miracles. Elle supplia son maître de consulter le prophète. — Naaman partit pour le pays d'Israël et vint supplier Elisée de le purifier de son mal, Le prophète lui dit d'aller se laver sept fois dans les eaux du Jourdain. Naaman, au lieu de faire ce qu'on lui avait orc né, entra dans une grande colère et dit: ‘‘Je pensai qu’il serait venu vers moi..., qu’il aurait touché de s& ain l'endroit envahi par la lèpre, et qu’il m'en au-
suéri. L'Abana et le Pharfar ne sont-ils pas des
res dont les eaux sont meilleures que toutes celle l'Israël, pour que je doive m'y laver et m'y purifie: (2)?” Les serviteurs de Naaman lui firent des remor'-ances; ils le supplièrent d'accomplir l’ordre du p: ñnète. Les conditions, lui disaient-ils, sont faciles et ie Jour: in n'est qu’à deux pas. Naaman s’y rendit, se la + fit délivré de son mal. Nos adversaires, comme \aaman, s'écrient : ‘Pourquoi iriez-vous au prêtre pécheur comme vous, quand, dans le secret de votre chambre, vous pouvez approcher de Dieu, la pure fontaine de toute grâce, pour être purifié de vos péchés ?” Je réponds, Jésus-Christ prophète et plus grand que tous les prophètes nous l’a ainsi ordonné.
La dernière objection que je vais signaler est plus grave et plus spécieuse. On nous dit que la confession est un frein inefficace ; que la conscience ‘‘s'affaiblit peu à peu, qu'elle s'endort et s’étiole ;”” que même l’état de
(1) S. Jean, xx.
(2) Rois, v.
l'âme empire peu à peu, et que les péchés seront plus facilement commis, s'ils sont suivis d’une absolution qui donne le pardon, En d'autres termes, plus les catholiques sont attachés aux pratiques de leur religion, plus ils deviennent dépravés et corrompus. Si, de fait, ils restent fidèles à Dieu ce n’est pas à cause, mais en dépit de leurs pieuses pratiques.
Tels n'étaient pas assurément les sentiments du défunt docteur Ives, jadis évêque protestant de la Caroline du Nord, ni d'un grand nombre d'autres convertis illustres, qui depuis leur abjuration jusqu’à l'heure de leur mort n’ont jamais manqué d'aller puiser la force et les consolations à nos tribunaux sacrés.
Tels n'étaient pas non plus les sentiments du révérend père Seymour, prêtre catholique de Baltimore et frère de l’assistant de l'évêque protestant de la Caroline du Nord. Ce n’est pas non plus le sentiment des archevêques actuels (1) de Baltimore et de Philadelphie, des évêques de Wilmington, de Cleveland, de Colombus et d'Ogdensburg, et d’une multitude d'autres appartenant soit au clergé, soit aux laïques protestants, qui, dans les cinquante dernières années, sont entrés dans l'Eglise catholique.
Si nous comparons les systèmes catholique et protestant en ce qui concerne le pardon des péchés, la doctrine catholique nous apparaîtra incomparablement supérieure. D'après la doctrine protestante, le repentir est nécessaire mais suffisant pour la purification. La doctrine catholique exige de la part du pécheur le repentir, comme condition indispensable pour le pardon du péché; mais elle requiert davantage encore. Avant de recevoir Jl’absolution, le pénitent est obligé d'examiner avec soin sa conscience, et de confesser ses péchés avec leur nombre et leur espèce. [l est obligé d'avoir le ferme propos de se corriger ; de promettre la restitution, s’il
(1) Année 1883.
a causé du tort à son prochain ; de réparer l’injure qu'il a faite à la réputation de son voisin, de se réconcilier avec ses ennemis, et d'éviter les occasions du péché. Toutes ces obligations n’emportent-elles pas avec elles une sauvegarde plus efficace contre la rechute qu'un simple acte de contrition intérieure ?
Un grand nombre d’éminents protestants et même d'écrivains infidèles, qui ont connu le fruit pratique du confessionnal dans les pays * * ils vivaient, témoignent de la réforme morale produit& par la confession. Le fameux philosophe allemand Leibnitz avoue que Dieu a accordé un grand L'enfait aux hommes, en laissant à son Église le pouvoir de remettre les péchés (1) .
Voltaire, qui, à coup sûr, n'était pas l'ami du christianisme, avoue ‘‘qu'il n'y a peut-être pas d'institution plus utile que la confession (2) !”
Rousseau, non moins hostile à l'Eglise, s'écrie : ‘Que de restitutions et de réparations la confession ne réalise-t-lle pas chez les catholiques (3) !””
Les autorités protestantes de Nuremberg, en Allemagne, peu de temps après l'établissement des doctrines réformées dans cette ville, furent effrayées du relâchement des mœurs qui avait été le fruit de la suppression de la confession, et elles firent des pétitions à leur empereur Charles V, pour qu’on rétablit cette pratique.
Les adversaires de l'Eglise catholique se plaisent à rappeler l’affaiblissement moral qui, dit-on, prévaut en France et dans d'autres pays catholiques, afin d'en coñclure l'infériorité de la morale catholique elle-mèême, Ce genre d'attaque est le plus sûr, mais il n’est pas le plus honnête, d'autant plus que les peuples de ces nations sont trop éloignés pour se défendre, Pour ma part, j'ai passé un temps considérable dans les dif-
(x) Systema Throlog.
(2) Remarques sur l'Olymbpe.
(3) Emile.
férentes parties de la France, et les chrétiens les plus édifiants que j'aie jamais vus, sont bien ceux que j'y ai rencontrés, Pendant six ans, j'ai eu pour pr'fesseurs des prêtres français, dont la vie exemplaire était pour nous une prédication journalière,
Je déclare que la ville cosmopolite de Paris, (iaissant de côté, pour le moment, les énormités dont on l'accuse), ne saurait être invoquée comme donnant la juste mesure de la moralité française, Restons chez nous et jugeons de la moralité catholique par les exemples que nous avons sous les veux.
On a pu, dans ce pays, faire l'épreuve complète de l'influence du confessionnal, depuis la fondation de notre république. Les catholiques pratiquants ont-ils une conscience timorée? Ou cette conscience est-elle pervertie et détruite? L'absolution qu'ils ont reçue a-t-elle stimulé leurs appétits pour d'autres péchés? Sont-ils des monstres d’immoralité ? Je pense qu'un public protestant éclairé prononcerait le verdict contraire,
Je sens que je puis dire, en toute vérité, que les catholiques fréquentant le confessionnal sont généralement vertueux dans leur vie privée; justes et honorables dans leurs rapports avec les autres, et qu'ils cultivent la charité et les nobles procédés envers leurs concitoyens.
" Ne me dites pas que c'est le système et non les individus qu'on attaque. Comment peut-on juger un système autrement que par les actes des individus? ‘‘C'est à leurs fruits que nous les reconnaîtrons,”” dit notre Sauveur.
Il est cependant des vices que nous avons à déplorer dans certaines classes du peuple, mais ils sont bien souvent la conséquence d’habitudes nomades, et d'une manière de vivre irrégulière, Ce sont pour l'ordinaire des péchés de fragilité qui ne sont point le fait de personnes
ayant l'habitude de fréquenter le confessionnal. Si elles le faisaient, elles ne tarderaient pas à être transformées.
Le meilleur d’entre nous n'est pas ce qu'il devrait être, eu égard aux grâces reçues, Mais si nous cherchons d'odieux hypocrites, d'impudents fraudeurs, des auteurs de supercherie habilement conduite, nous ne les trouverons jamais parmi ceux qui fréquentent le confessionnal.
On nous dit que la confession est un joug intolérable et qu'elle fait de tous ceux qui l'embrassent les esclaves des prêtres.
Avant de répondre à cette objection, laissez-moi vous faire remarquer l’inconstance de nos adversaires, qui, d'un même soufile, nous donnent le froid et le chaud. En même temps qu'ils dénoncent la confession comme un remède trop pénible pour le péché, ils la condamnent comme un chemin trop facile pour arriver au ciel. Vous n'avez, disent-ils, qu’à payer une faible redevance à la porte du confessionnal pour avoir le droit de faire passer une grande quantité de péchés. Et voilà ce qu'ils appellent un joug intolérable. En d'autres termes, ils en font un lit de roses et immédiatement après un lit d’épines.
Dans la dernière objection, on accusait les partisans de la confession de n'avoir aucune contrainte, Maintenant, on nous dit que leur conscience est liée par les chaînes de l'esclavage. A vrai dire, la confession ne saurait être en même temps pénible et facile.
J'ai déjà réfuté, je pense, la première objection; je vais répondre à la seconde. Je ne vois pas dans quel sens notre peuple est moins indépendant que celui des autres classes de la société. La seule contrainte, que je sache, imposée aux catholiques par leurs prêtres, c'est le joug de l'Evangile, contre lequel un chrétien ne pourra jamais prescrire. À mon avis, aucun corps de chrétiens re jouit d'une plus grande liberté apostolique que ceux
des communions chrétiennes, parce qu'ils sont dirigés dans leur conduite, non par l'ipse dixit toujours changeant d'un ministre, mais par l'enseignement immuable de l'Eglise de Jésus-Christ,
Mais si aimer leurs prêtres, vénérer leur caractère sacré, obéir à leur voix comme à celle de Dieu: si être prêts à faire des sacrifices pour leur père spirituel; si tout cela vous l’appelez esclavage, alors nos catholiques sont réellement des esclaves, et qui plus est ils sont contents de leurs liens.
Nos livres de dévotion eux-mêmes n'ont pas pu échapper aux traits volages de la critique. Ils ont excité la pieuse horreur de quelques pharisiens modernes, parce qu'ils renferment une table des péchés à l'usage de ceux qui préparent leur confession.
La même fleur qui fournit le miel à l'abeille, offre le poison à la guêpe; de mème le livre qui ne donne que le miel de la consolation au lecteur pieux, n'a que du poison pour ceux qui l’y cherchent,
Comment peut-on nous reprocher la table de péchés de nos livres de prières, et se faire ensuite d’ardents avocats de la diffusion de la Bible, qui renferme de bien plus franches et de plus palpables allusions aux grands crimes qu'on n’en trouve dans nos livres de prières. N'oublions pas l’adage: Honni soit qui mal y pense.
Il me sera bien permis, en terminant ce sujet, d’ajouter le témoignage de mon expérience personnelle en ce qui concerne la vivifiante influence du confessionnal ; car, comme mes frères dans le ministère, pour emprunter le langage de Dryden: Je suis un de ceux qui vivent loin des tracas du monde, pour étudier les âmes, sonder leurs plaies et guérir leurs maux. |
Depuis mon ordination jusqu’aujourd’hui, j'ai l’habitude d'entendre des confessions presque tous les jours. le suis donc dans les conditions voulues pour apprécier la valeur du ‘‘système."" Ces impressions gravées dans
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mon âme, loin de m'être particulières, sont partagées par tous les prêtres catholiques du monde qui ont charge d’âmes. Le témoignage de dix confesseurs expérimentés doit, à mon avis, avoir plus de poids pour rendre les hommes capables de juger les tendances morales du confessionnal, que les assertions gratuites de milliers d'individus qui n’ont aucune expérience personnelle de ce ministère, mais qui tirent de leur imagination échauffée, ou de quelque roman à sensation, les récits qu'ils nous donnent.
Mon expérience personnelle m'a convaincu que le confessionnal est le plus puissant levier qui ait jamais été présenté par un Dieu miséricordieux pour soulever les hommes, et les retirer de la boue du péché, Il a plus de force pour arracher le peuple au vice que l’Evangile même. Dans les discours publics, nous répandons la semence de la parole de Dieu: au confessionnal, nous recueillons la moisson. Dans le sermon, pour me servir du langage militaire, les coups de feu portent au hasard, dans la confession, chaque coup est mortel. Les paroles du prêtre vont au cœur du pénitent. Dans un discours public le prêtre s'adresse à tous, en général, et ses paroles peuvent ne convenir qu’à un petit nombre de ses auditeurs. Mais les avis qu'il fait entendre au confessionnal s’adressent exclusivement au pénitent dont le cœur est ouvert pour recevoir la parole de Dieu. Le confesseur exhorte le pénitent dans la mesure de ses besoins spirituels. 11 le met en garde contre la fréquentation des mauvaises compagnies et contre les autres occasions de péché, ou il lui recommande des pratiques de piété appropriées à ses besoins.
Voilà pourquoi les missionnaires ont l’habitude d’estimer le fruit de leur mission, plus par le nombre des fidèles qui s’approchent du tribunal sacré, que par ie nombre des personnes qui écoutent leurs dis- Cours.
De tous les labeurs que nous impose notre saint ministè-e, il n’en est point de plus dur ni de plus ennuyeux que celui d'entendre les confessions. Ce n'est pas un devoir de peu d'importance que d’être obligé de rester six ou huit heures consécutives, pendant les chaleurs de l’été, à écouter les récits du péché, de la douleur et de la misère. La conscience du bien immense accompli de la sorte soutient seule le confesseur dans le tribunal sacré. Il est de ceux ‘‘qui peuvent compatir à l'ignorance et au péché, parce qu’il est environné d’infirmités (1).
J'ai vu un homme dont la conscience était appesantie par les péchés accumulés de vingt hivers. Sur son front on lisait la faute, la honte, le remords et la confusion. Il se tenait non loin du confessionnal dans une attitude humiliée; n’osant pas, comme le publicain, regarder le Ciel, il se glissa timidement, modestement dans le tribunal de la miséricorde. Aucune oreille humaine n’entendra jamais ce qu’il y avoua; les révélations du confessionnal sont un livre fermé. Mais pendant les quelques instants qu’il passa aux pieds du prêtre, il s’opéra une résurrection plus miraculeuse que celle qui fit sortir Lazare du tombeau, — ce fut la résurrection d’une âme, dévorée depuis longtemps par la pourriture du tombeau du péché. Pendant ces moments précieux, un rayon du Ciel dissipa l’obscurité et les ténèbres de cet esprit qui s’accusait lui-même; la chaleur vivifiante de l’Esprit-Saint fit fondre la glace de son cœur; le souffle pacificateur du même Esprit qui descendit sur les apôtres, ‘‘comme un grand vent du haut des cieux, ’’ chassa l’atmosphère empuisonnée dans laquelle il vivait et remplit son âme de la grâce divine.
Quand il sortit, on pouvait constater la vivacité de sa démarche, la joie de sa contenance et de nouvelles clartés dans ses yeux. Et si vous lui aviez demandé
(1) Hébreux, V. 2.
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