‹ La foiChapitre 12 sur 88 · ET LBS CHOSES PETITES · texte numérisé non relu

ET LBS CHOSES PETITES

dans le royaume des deux *. Qui est fidèle en chose de peu, est fidèle aussi dans les grandes; et qui est infidèle en chose de peu, est infidèle aussi dans les grandes K Courage, serviteur bon et fidèle ; parce que vous avez été fidèle en chose de peu, je vous confierai beaucoup \ entrez dans la joie de votre malti*e \ Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu *. »

Ne craignons donc pas les détails de la religion : s'ils ne sont pas la sublimité de l'amour, ils en sont la tendresse et le charme de chaque jour.

Bien que la pratique des grandes choses rende l'homme meilleur, elle peut quelquefois le rendre mauvais, en lui inspirant de l'orgueil et de la dureté ; tandis que la pratique des petites choses, en nous maintenant dans l'humilité et la douceur, répand, au milieu des âpretés de notre vie intime et de notre vie extérieure,

* Evangile selon saint Mathieu, ch. v, f . 19. 2 Evangile selon saint Luc, cli. xvi, ▼. 10,

* Evangile selon saint Mathieu, ch. xxv, f . 23.

* /" Epitre de saint Paul aux Corinthiens^ cli. x. v. 31.

cette fraîcheur que les brins d^herbe et les gouttes de rosée répandent entre les rochers ardus et secs. Souvent n'est-ce pas par de petits soins que Ton fait ressortir l'élégance d'une parure? De même, c'est par de petits détails que l'on rehausse la beauté d'une vie chrétienne. Du reste, ce serait une erreur de croire que les petites choses sont dénuées de grandeur. La plus grande chose, c'est de faire grandement les petites. Faire un grand sacrifice qui ne dure qu'un moment, c est de l'héroïsme à demi; mais accomplir ces petits sacrifices de tous les jours et de toutes les heures, et les poursuivre, sans fléchir, jusqu'au terme de la vie à travers toutes les monotonies qu'ils engendrent, c'est l'héroïsme parfait. Les petites actions ainsi faites valent l'accomplissement de grands devoirs ; et l'homme qui travaille de la sorte, bien qu'il n'ait dans ses mains qu'une argile grossière, exécute cependant une œuvre divine : il fait, comme on l'a dit, « le plâtre de l'étemelle beauté *. »

* M. l'abbé Gerbet, /<? Dogme générateur de la piété catholique^ cil. V.

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Que d'énergie ne faui-il pas, en effet, pour se taire quand on éprouve le besoin de dire une parole malicieuse ou une parole emportée, pour oublier une injustice reçue, vaincre un mouvement d'antipathie, écouter avec patience un parleur ennuyeux, avoir des égards pour les personnes oubliées, prévenir les désirs de ses supérieurs et surtout de ses inférieurs, rendre leur fardeau plus léger, leur joie plus vive, leurs chagrins moins amers, renoncer à ses occupations pour être utile à autrui, se prêter de bonne grâce à un divertissement souvent plus pénible que le plus aride travail, se mettre au point de vue des autres, faciliter avec bonté l'exécution de leurs projets ! Que d'énergie ne faut-il pas pour supporter toutes ces petites souffrances joyeusement, comme si elles étaient des plaisirs et non des devoirs, et surtout pour ne s'en vanter jamais! Le sourire constant et l'affabilité perpétuelle supposent peut-être l'abnégation la plus parfaite. Aussi toutes ces petites vertus, que l'on a comparées à de modestes violettes embaumant le foyer domestique, formeront-elles un jour un diadème de gloire sur le front

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de celui qui les aura constamment cultivées.

Enfin, si les petites choses sont pleines de charme et de grandeur, elles ne sont pas moins pleines d'utilité : car ce ne sont pas les grandes qui sont l'ordinaire de la vie. Dieu, qui est infiniment bon, voyant notre faiblesse, s'est contenté de « nos petites besognes » , comme dit saint François de Sales ; et dès lors, ce qui nous importe le plus, c'est la perfection dans la pratique des petites choses. C'est une des belles pensées de Joubert, que « faire les plus petites choses par les plus grands motifs et voir dans les plus petits objets les plus grands rapports, voilà le grand moyen de perfectionner en soi l'homme sensible et l'homme intellectuel. »

Si l'homme était doué d'une nature perpétuellement héroïque, peut-être y aurait-il lieu d'attaquer la religion dans quelques pratiques de son culte extérieur. Mais il faut se rappeler que la religion n^est point faite pour l'humanité telle qu'on la rêve, mais pour Thumanité telle qu'elle existe *. Or, l'humanité, selon saint Augustin, est « un grand malade couché d'une

* Mgr Landriot, la Femme pieuse^ xi* entretien .

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