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L'IDÉAL

avoir sans cesser un moment de paraître naturelle, qui la laisse reconnaissable à tous, mais plus lumineuse que dans l'ordinaire de la vie, plus adorable et plus belle. »

Telle est donc la loi des individus : il leur faut un idéal au nom de leurs intérêts, au nom de leur félicité, au nom de leur dignité. C'est aussi la loi des peuples. Quel est, en effet, le peuple le plus civilisé, le plus sérieusement chrétien , sinon celui qui se fait la plus haute idée du vrai, dubeau, du bien, du juste? Qu'est-ce que les chefs-d'œuvre dans les lettres et les arts, la perfection dans les lois et les mœurs, sinon l'ap plication et le triomphe d'un idéal? Au contraire, qu'est-ce qu'un peuple arriéré, ignorant, misérable, antichrétien, sinon un peuple qui s'attache à des idées fausses, rampe dans la grossièreté, et persiste dans ses abus et sa décrépitude ?

Or, si l'idéal est la vie des individus et des nations, il est manifeste que nous ne devons jamais nous en départir.

Toutefois, le réel ne nous est pas moins indispensable.

« Nul esprit bien fsdt, a dit un philosophe, ne peut se dérober aux conditions de la vie. >» Dans Tordre scientifique, pourquoi tant de découvertes et de progrès ? Parce qu'on en a appelé aux faits. — a Les faits gênent Tesprit », disait un jour un idéologue. — « Heureuse gêne, répliqua un savant ; on ne la sent que lorsqu'on allsdt s'égarer, h Et ce qui est vrai dans l'ordre scientifique, est vrai dans tous les autres ordres. Dès lors, pourquoi n'en serait-il pas ainsi dans la religion? Oui, la piété qui se tient en dehors du réel est une piété étrangère à notre nature ; une piété fastidieuse, qui n'entre pas dans l'usage de la vie, qui ne touche personne, parce que personne ne se retrouve en elle ; une piété fatigante, qui rend ..notre existence agitée sans la rendre active; enfin, une piété destructive, qm, après nous avoir désenchantés, en nous conduisant à des tles fortunées qui n'étaient que des îles imaginaires, nous abat et nous laisse périr misérablement, au milieu de ces mêmes flots qui devaient nous porter au vrai rivage et nous sauver. Oui, Tidéal, quelque noble qu'il semble, n'est une vérité qu'à la condition de

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reposer sur le réel : c'est une cime qui plonge dans l'azur du ciel ; mais pourquoi cette cime est-elle si ferme et si fière dans sa hauteur et son élan, sinon parce qu'à sa base elle est vigoureusement enracinée dans la terre? Acceptons donc le réel, et entrons dans le positif. Sachons agir selon nos vrais moyens, à notre place et à notre rang. Là seulement est l'ordre, là seulement le calme. « J'aime ce qui est, écrivait M"® Swetchine à une de ses amies, parce que c'est le vrai. » Il faut du courage, sans doute, pour prendre une telle décision et la réaliser ; souvent on a la plante des pieds trop délicate pour marcher sur ce sol dur, froid et rocailleux des réalités ; néanmoins il le faut, dût-on s'ensanglanter.

Nous pouvons donc conclure que, pour être dans le vrai et dans le bien, il est nécessaire d'unir l'idéal au réel et le réel à l'idéal.

Mais ce n'est là que constater la nécessité du problème. Essayons maintenant de le résoudre, en cherchant ce qu'est l'idéal et ce qu'est le réel.

D'abord, qu'est-ce que l'idéal? Comme l'in-

clique le mot grec, Videal, c'est le type, c'est cette forme sublime, aérienne, baignée dans une lumière éblouissante, qui plane sur nos âmes pour en faire à la fois les délices et le tourment. Évidemment, cette forme, cette perfection est personnelle : car, si elle n'était pas personnelle, comment serait-elle digne d'être le type de notre personne et de notre vie personnelle? Arrière donc cet idéal impersonnel, vague et insaisissable des panthéistes, qui n'est que la réunion chimérique des éléments matériels dispersés, qui gémit avec le vent, se plaint avec la vague, soupire avec la brise, gronde avec la foudre, et s'envole sur les ailes des nuages. Non que nous méprisions ces phénomènes poétiques; mais, tout en les admirant, nous voulons plus encore. Nous voulons toute la beauté créée, mais nous voulons avec elle la beauté incréée, éternelle, infinie. L'idéal, c'est Dieu. Or, pour les chrétiens. Dieu est personnellement en Jésus-Christ. Jésus- Christ, voilà donc la sagesse, la vérité, la puissance, la bonté, la vie, l'immortalité I Jésus- Christ, voilà l'homme, l'exemplaire parfait, le type, l'idéal même de l'humanité !

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