SPIRITUALISATION CHRÉTIENNE
clair que saint Augustin : « Remarquez d'abord, dit ce grand Docteur, que saint Paul s'indigne, en voyant ses auditeurs s'eft tenir toujours aux premiers éléments. Remarquez ensuite, ajoutet-il, que saint Paul appelle éléments, alphabet, la science de l'humanité du Christ : car, on enseigne d'abord aux âmes le côté humain du Christ, comme on enseigne d'abord les lettres dans les écoles ^ »
Saint Grégoire le Grand exprime la même pensée : « On monte la colline du Seigneur, dît-il, lorsqu'on fait des progrès dans la science spirituelle, et qu'on apprend à connaître le Rédempteur non point dans la plaine de son humanité, mais sur les hauteurs de sa divinité; alors on arrive au sommet de la science, on connaît le Rédempteur d'une manière sublime, on l'aime d'une manière ineffable ®. »
Saint Thomas enseigne également la même doctrine : « Nous sommes d'abord, dit-il, nourris du lait qui est le Verbe fait chair, afin de croître et de pouvoir ensuite nous nourrir du
* S;iint Cyrille, m Epist, ad Hœbr., ch. v, v. 2. 2 Saint Grégoire, in I Rcf/.^ lib. iv, n. 17.
ET LES FOnMALISTES. 87
pain des anges, qui est le Verbe dans le principe en Dieu *. »
Saint Bernard emploie sur ce sujet des expressions d'une étonnante énergie : « L'humanité du Christ, dit-il, est comme le foin que doivent ruminer les commençants, fœnum, pabulumjumentoriim, jusqu'à ce que, transformé par THomme-Dieu et sorti des régions de l'animalité, le chrétien puisse dire avec saint Paul : Si j'ai connu le Christ selon la chair, maintenant je ne le connais plus «. »
Il est vrai qu'à ce texte de saint Paul on peut objecter cet autre du même Apôtre : « Je n'ai voulu savoir au milieu de vous que Jésus et Jésus crucifié. » — Mais saint Augustin répond que saint Paul, au lieu de dire d'une manière absolue : Je n'ai voulu savoir que Jésus-Christ crucifié, dit : Je n'ai voulu savoir au milieu de vous que Jésus crucifié, parce que les Corinthiens auxquels il s'adressait étaient des hommes grossiers, qui ne pouvaient comprendre les questions
* Saint Thomas, Somme théologique, '.^.î, q. 189, art. \, ad 4.