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LA SPIRITUALISATION CHRÉTIENNE

élevées sur la Divinité. — Et cette réponse de saint Augustin n'est autre que la réponse même d'Origène, dont voici les paroles textuelles : « A ceux qu'il savait incapables de s'élever, l'Apôtre écrivait : Je ne veux savoir au milieu de vous que Jésus et Jésus crucifié. A ces esprits grossiers, il ne prêchait pas le Christ comme Sagesse de Dieu; car ils n'auraient pas pu comprendre la doctrine ainsi expliquée, ils n'entendaient que la doctrine de la croix. Mais aux parfaits, l'Apôtre prêchait le Christ, comme Sagesse éternelle du Père *. »

Que faut-il de plus clair ?

Donc, si Jésus-Christ disparaît dans sa chair, nous devons, nous aussi, disparaître dans la nôtre : en sorte que, l'essence même de l'esprit de Jésus-Christ, c'est la spiritualisation de la religion tout entière, non -seulement de sa part, mais de la nôtre ; c'est la spiritualisation dans la manière de penser et de croire, dans la manière d'aimer, dans la manière d'adorer, c'està-dire dans l'interprétation du dogme et de la

* Orîgène, in Exod,, hom, xir, n. 4.

morale, comme dans la pratique du culte. Cette spiritualisation doit s'effectuer, d* abord, par la destruction du matérialisme païen et du formalisme pharisaïque, quelles que soient les sources desquelles l'un et l'autre nous arrivent; ensuite par l'impression de la Divinité qui doit^ être, selon saint Cyrille, gravée sur nos âmes en caractères immenses, donec magni atqtie immensi Dwinitatis caractères paulatim in mentibm im* primantur.

IL — Afin de bien comprendre cette conclusion, orientons*nous d'abord, et distinguons les faits et les principes.

Trois écoles se disputent la vérité sur ce point.

L'une ^ sous prétexte de spiritualiser complètement le culte religieux > rejette tout à fait les pratiques extérieures. Ce sont, dit-elle, « des amusoires dont on paîst le peuple. »

Une autre, au contraire, sous prétexte que le spirituel se voit peti et qu'il a de grandes analogies avec le chimérique, se jette dans l'eXtréme opposé. Ce qlii la préoccupe, ce sont les cérémonies du culte^ bien plus que le culte lui-même;

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ce sont les signes, bien pUis queles choses signifiées. Oubliant que ces cérémonies et cps signes ne sont que des sacranaentaux, elle en fait la plupart du temps des sacrements, des signes qui possèdent vraiment en eux-mêmes une vertu régénératrice et vivificatrice. Pour elle, le sublime de la piété, cest l'extérieur amoncelé sur l'extérieur : plus il y en a, plus on est héroïque. Tels sont les vrais sommets de la sainteté ; c'est là, sur ces hauteurs, que sont les nids d* aigle* Une statue dans ses habits neufs, voilà son Dieu ; une médaille scrupuleusement baisée à certaines heures, voilà sa piété.

Il suffit de réfléchir un instant, pour se convaincre des abîmes que creusent ces deux écoles. Là, c'est ridéalisme, la rêverie; ici, le matérialisme, et même le fétichisme. Là, c'est le. paganisme des esprits cultivés; ici, le paganisme des esprits grossiers. Les uns et les autres détruisent la religion, par des moyens différents, il est vrai, mais par des moyens infaillibles.

Si donc nous aimons Dieu vraiment, il faut faire partie du petit nombre des adorateurs que

cherche le Père; qui fuient les exagérations, quelles qu'elles soient; qui travaillent à la découverte du juste milieu ; en un mot, qui consacrent tout ce que Dieu leur a donné d'énergie et de générosité à équilibrer leur vie et à concilier l'extérieur avec l'intérieur. Cette troisième école possède seule l'esprit de Jésus-Christ; c'est Técole chrétienne par excellence.

Quatre principes lui servent de base.

Premièrement, il est nécessaire que la religion se manifeste extérieurement. — L'homme, en effet, a un corps. Ce corps doit glorifier Dieu selon le mode d'action qui lui est départi. Il est donc évident que l'homme ne saurait, sans renier son corps, renier le culte extérieur. L'existence du corps et la nécessité du culte extérieur sont des vérités connexes, que nul ne saurait séparer* — Du reste, ce n'est pas seulement le vrai qui réclame en faveur du culte extérieur, c'est encore le beau et le bien. C'est le beau : car, qu'y a-t-il de plus aimable que ces dévotions populsdres que l'Église permet, qu'elle bénit, et qui naissent au pied de la Croix

comme les fleurs au pied du chêne? C'est le

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