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LA SPIRITUALISATION CHRÉTIENNE

bien : car, par leurs formes attrayantes et par les émotions qu'elles font naître, ne prêtentelles pas une énergie à la vérité qu'elles recou* vrent? Ne nous font-elles pas admirer et aimer ce qu elles nous enseignent, et peu à peu ne nous amènent-elles pas à pratiquer ce qu elles nous font aimer?

Toutefois, ce n'est pas assez de l'extérieur, il faut encore l'intérieur : car, si nous avons un corps, nous avons aussi une âme. Non ! ce n'est pas asez de « ces devoirs faciles qui ne sont souvent que de simples bienséances, de ces pratiques officielles, de ces patronages qui ne coûtent guère à la richesse, qui se concilient avec le luxe, qui sont même l'apanage recherché de l'élégance. » Ce n'est pas assez de ces vertus de parade, semblables à ces couches légères d'un brillant métal, qui recouvrent une matière quelquefois grossière.

Il faut davantage.

Outre les dévotions extérieures» il faut la dévotion intérieure. Outre les actes d'un jour et les apparences d'un moment, il faut les réalités qui durent, les réalités invisibles de l'âme*

ET LES FOUMALISTES!. 1)3

Uàme, voilà le premier temple du vrai Dieu! La vertu, ce sentiment qui fait qu'on se trouve bien dans la vérité, alors même que la vérité nous contrarie, voilà Tessence de la vraie religion ! La pensée et l'amour, voilà les deux mouvements de la véritable vie. — a Dticam eam in solitudinem et loquar ad cor ejus *. » Je conduirai Tâme dans la solitude, dit le Seigneur, et je parlerai à son amour. — « VenU dilecte mi^ egrediamur in agrum *. ;> Viens, ô mon ami, sortons, allons ensemble dans ces régions solitaires, dans ces champs d'azur de la pensée, où les bruits du monde corrompu ne se font plus entendre ; là, dans le silence des choses inférieures, mon cœur se révélera au tien. — « Marte siirgamus '. » Levons-nous à cette heure où la rosée scintille sur le gazon, où la fraîcheur et les parfums du matin remplissent Tatraosphère; c'est-à-dire, viens à cette heure où ton âme ne s'est pas encore dissipée au contact du monde, je ferai descendre sur elle la rosée du

« Osée, cb. II, V. 1 1.

2 Cantique, ch. vu, v. il.

3 IfjîfL, V. 12.

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ciel, et avec ma grâce j'épancherai sur elle ma fraîcheur et mes parfums. — Telle est la vie spirituelle, celle dans laquelle Thomme donne à Dieu ce qu'il est réellement, et non ce qu'il semble être.

Un troisième principe se présente naturellement à nous. Si, en effet, la piété extérieure est à la piété intérieure comme le corps est à Tâme, il est certain que la piété extérieure, loin d'être un obstacle à la piété intérieure, doit lui être un aide, de même que le corps ne doit jamais nuire à l'âme, mais toujo.urs la secourir. Ils se trompent donc, ceux qui, sous prétexte de marcher beaucoup et plus vite, soulèvent partout la poussière sous leurs pas : car, cette poussière finit soit par les aveugler, soit par leur dérober la vue du ciel. Ils se trompent également, ceux qui, dans l'intention de ne pas laisser leur âme défaillir en chemin, se munissent de toute espèce d'aliments, se chargent de toutes les dévotions possibles, oubliant que les dévotions accumulées sans discernement étouffent la dévotion, et que tout poids trop lourd écrase, fût-il de pierre ou d'or. On l'a dit avec raison : « Tous ces raffine-

ments de la piété sont les friandises de la conscience, et la gâtent aussi sûrement que Tabus des sucreries aôadit T estomac, n Alors les substances véritableriaent nutritives deviennent insupportables. L'âme rejette ce qui lui serait utile, pour ne s'assimiler que ce qui lui est agréable. Elle brise, au gré de ses goûts et môme de ses caprices, l'ordre des choses saintes, mettant au premier rang les pratiques qui la laissent ce qu elle est, et en dernier lieu celles qui la feraient ce qu'elle doit être. Jésus-Christ est trop Dieu pour qu'elle s'en, trouve satiafaite; et, sous prétexte d'arriver plus sûrement à lui par d'autres médiateurs, elle porte avant tout à d'autres autels un culte qui est sans doute adressé à Jésus-Christ, mais qui n'arrive presque jamais à son adresse. C'est de l'histoire quotidienne, dont se plaignent tous les maîtres de la vie spirituelle. Que de personnes se prosternent devant les statues inanimées des petites (;hapelles, et passent, sans même saluer, devant le tabernacle qu'habite le Dieu vivant ! Il est nécessaire d'honorer les Saints, mais il est plus nécessaire encore de ne point oublier Dieu.

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Enfin, non-seulement l'extérieur ne doit p«as nuire à l'intérieur, mais encore Tintérieur doit dominer l'extérieur. Malheur aux personnes dans la religion desquelles il n'en est pas ainsi! Autant dans la pratique de la vie ordinaire il y a de dérèglement à laisser le corps gouverner l'âme, autant dans les choses religieuses il y a de désordre à laisser le culte extérieur prévaloir sur le culte intérieur. C'est, tout d'abord, le désordre de ces arbres touffus, dans lesquels l'abondance luxuriante des feuilles empêche la production des fleurs et des fruits ; et bientôt, c'est le désordre dé ces saules noueux, à demi renversés, dont les racines sont presque toutes desséchées le long du torrent qui les baigne,et dont le tronc, insensiblement creusé par la mort, ne vit plus que par l'écorce. 11 est facile de comprendre que les choses sans âme aient toutes leurs perfections à la surface, et que tout leur mérite consiste à bien frapper les yeux* Mais, quand on a une âme, quand il s'agit des rapports de l'homme avec Dieu, c'est-à-dire, de tout ce qu'il y a de plus saint sur la terre, comment pourrait-on sans crime amoindrir l'es-

prit aa profit de la lettre, et se contenter du vide intérieur, pourvu qu il soit dissimulé par un brillant extérieur? Une telle piété trompe les hommes qui ne voient que les apparences, mais elle ne trompe pas Dieu qui voit les réalités.

Du reste, alors même que nous n'aurions pas, pour nous éclairer, tous ces arguments intrinsèques, nous devrions encore nous laisser instruire par tous ces périls et ces ridicules qui compromettent si profondément ce qu'il y a de meilleur en nous, le bon sens, lorsque, oubliant que l'extérieur n'est rien sinon l'expression de l'intérieur, nous voulons enfermer dans une for* mule ce qui est plus grand que toutes les formules, et lofôque nous détruisons, en voulant les rendre visibles, les charmes invisibles de la vertu. Le docteur Newmann l'avoue au docteur Pusey : a Quand vous formulez, dit-il, les aspirations en exercices ou en méditations, elles nous répugnent autant que des lettres d'amour lues devant une cour judiciaire. » Il y a des choses qui ne doivent jamais sortir du secret de l'intimité, précisément parce qu elles sont déli* cates, comme ces parfums qui s'évaporent au

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grand air et perdent leur vertu; et les esprits grossiers sont les seuls qui trayaient à les rendre publiques.

Tels sont les principes généraux qui doivent nous guider dans l'œuvre, si grande, si fonda* mentale et si difficile, de la spiritualisation toujoui's progressive de noire vie ; spiritualisation qui ne doit pas être la négation de l'extérieur, mais sa soumission à tout ce que dictent la raison et le cœur. Gomme nous serions grands, si nous vivions par notre âme, s'il y avait une idée dans chacune de nos actions et une conviction dans chacun de nos sentiments! Comme nous serions grands, si, n'accordant aux choses maté* rielles et éphémères que l'attention secondaire qu'elles méritent, nous savions nous fixer dans les choses spirituelles comme dans notre centre ! Comme nous serions grands, si, en paraissant devant Dieu, nous pouvions lui dire : Seigneur, il est possible que ma faiblesse se soit trahie dans l'extérieur de ma vie; mais jamais je n'ai failli dans l'intérieur de mon cœur, parce que toujours j'ai donné le sceptre de ma vie à ma raison et à ma conscience I

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