CHAPITRE VIII
l4i Ylo iiitéric«r«.
1. — Suivre Jésus, être vraimept son . disciple, c'est combattre la Lettre, travailler à. la spiritualisation de soi-mênae et de ses frères, et perfectionner la catholicité de l'Église par la dilatation sans cesse croissante du royaumie. de Dieu et par la diffusion de l'unité dans les esprits et dans le3 cœurs.
Mais cominent accomplir ce grand trayail? Par le développement de la vie intérieur^.
C'est Jésus-Christ qui nous l'enseigne. « Interrogé par les Pharisiens quand viendrait le royaume de Dieu, il leur répondit :.Le royaume de Dieu ne viendra point de manière qu'il frappe les regards. On ne dira point : 11 est ici, ou il est lh..Car h royaume de Bien est atidedans de vous *. »
Saint Paul, expliquant la doctrine de Jésus, dit : « Le royaume de Dieu n'est pas dans les
* Evangile selon saint Luc^ cli. xvii, v, 20, 21.
LA VIE INTÉLlItUllE. 115
paroles, mais dans la vertu *. Nourrissons-nous, non pas avec .le vi^ux pain fermenté, mais avec le pain de la sincérité et de la vérité K La circoncision, la non-circoncision, tout cela n'est rien ; ce qu'il faut, c'est l'observation des corn mandements de Dieu et la persévérance de chacun dans sa propre vocation '. » Or, la vocation de tous et de chacun, la véritable observation des commandements de Dieu, n'est-ce pas l'amour? Saint Paul nous l'aflîrme : « Celui qui aime, dit-il, a accompli la loi ; car la plénitude de la loi, c'est la dilection *. » D'autre part, l'amour n'est-il pas essentiellement dans le cœur, dans la volonté, dans l'intention, dans la conscience? Aussi Dieu réclame-t-il avant tout les âmes : « Mon fils, donne-moi ton cœur ^ » Et saint Paul le répète : « Que personne ne vous juge d'après ce que vousTttiangez ou ce que vous buvez, non plus d'après vos jours dejête, vos nouvelles lunes et vos sab-
* Epltre aux Corinthien'^, cli ir, ▼. 20. ' ïbid.y cil. V, ¥. 8.
* Ibid., ch. vu, V. 10.
* Épltre aux liomains, tli. xiii, v. 8 et tO.
* Livre de i' Proverùco-^ ch. xxiii, t. 20.
1 16 LA VIE INTÉIHEURB.
bats; tout cela n'est qu'une ombre *. »> La réalité, c'est le culte lumineux des âmes.
L'âme, en effet, n'est-elle pas l'acte et la forme du corps, comme la sève est la vie de la plante, comme la lumière est la substance de la couleur? Si c'est par les actes extérieurs que nous appartenons au corps de l'Église, n'est-ce pas par la vie intérieure que nous appartenons à son âme? Pourquoi dcnc l'Église est-elle actuellement si affaiblie, sinon parce que nous désertons son âme pour n'être plus que sa chair et son apparence? Un malade, c'est un corps d'où l'âme cherche à s'en aller. Or, que faisonsnous à l'Église, sinon lui retirer sa vraie vie, qui est avec la grâce, la pensée dans la sincérité de l'esprit et l'amour dans la loyauté du cœur? Et cela, pour augmenter son corps, pour appesantir sa marche, en un mot, pour l'extérioriser et la matérialiser elle-même, au lieu de la spiritualiser ! Qui nous ouvrira les yeux? Les âmes qui échappent de toutes parts à l'hglise, n'ont-elles pas encore fait autour d*elle un. désert assez vaste, pour que nous dussions noui3
* Épitre fiH,r Colossiens^ ch. i r, v. 16 et 17 *
efforcer de les lui reconquérir? Or, nul ne conquiert une âine que par la sienne. Soyons donc des chrétiens pensant et pensant avec sincérité, des chrétiens aimant et aimant avec droiture, des chrétiens ayant horreur de la routine menteuse et réalisant cette belle parole du Psalmiste : a Anima mea in manibus mets senv' per * » ; à quelque heure que ce soit du jour ou de la nuit, en présence des hommes ou dans la solitude, dans les grandes choses comme dans les petites, je porte mon âme dans mes mains : le ciel et la terre peuvent la regarder!
La vie intérieure ! N'est-elle pas la vie la plus vraie, la plus noble, la plus suave, la plus heureuse?
Oui, la vie intérieuie est la vie la plus vraie. Rien, en effet, n'est plus faux que la dissipation, parce que la dissipation nous fait sortir de ce qui est : « Nous ne sommes jamais chez nous, disait Montaigne ; nous sommes toujours au delà; la crainte, le désir, l'espérance, nous élancent vers l'avenir, et nous dérobent le sen-
* Psaume CXVHf, v. 100.
liment et la considération de ce qui est *. » Par contre, rien n'est plus vrai que le recueillement, parce que le recueillement nous fait rentrer dans ce qui est. Le recueillement nous prend dans les choses sensibles, qui ne sont que des images passagères et des ombres glissantes, et nous ramène dans les choses immatérielles, qui sont les réalités stables. Les choses que nous atteignons avec, nos sens changent continuellement; or, changer c'est n'être qu'à demi ; aussi la véritable vie est elle dans l'âme, et l'on a raison de proclamer que les cieux et leur splendeur, la terre et ses magnificences, ne valent pas pour la gloire de Dieu un seul soupir d'un seul cœuri (i Ne va point dehors, dit saint Augustin, mais rentre en toi-même, car c'est dans l'homme intérieur qu'habite la vérité 2. »
La vie intérieure est aussi la vie là plus noble. Fénelon a remarqué avec justesse que « l'homme ne va presque jamais jusqu'au bout de sa rai-
* Montaigne, Essais^ 1, ch . 3.
2 « NoU foras ire, in te ipsum redi : in intcriore hominc habitat voritas. » Saint Augustin, De la Vraie îieligion^ 39.
son. n L'âme^ en effet, a des cimes ; et il en est de ces cimes spirituelles comme de celles du globe : quelques hardis voyageurs seulement cherchent à les gravir. Et cependant, comme l'âme s'élève à mesure que le corps franchit les abîmes ! Gomme le cœur bat avec fierté à mesure qu'il respire dans un air plus céleste I Puis, Ioi*sque le sommet est atteint, sur quels horizons le regard ravi ne se promène-t-il pas I Or, plus grande encore est l'extase de ces voyageurs intrépides qui font l'ascension de leur âme : ascensiones in corde suo disposuit K Ce qui est grand, ce qui est beau, ce qui est suave, n'est-il pas caché et n'aspire- t-il pas, pour ainsi dire, à la vie intérieure? Dieu, il est caché, il vit d'abord en lui-même, et il habite une lumière inaccessible. La substance, elle est cachée et ne laisse voir d'elle que des phénomènes mystérieux. La fleur, elle se montre parce que la mission qu'elle a reçue de Dieu est (le charmer les hommes; mais, tout en se montrant, ne cache-t-elie pas dans le fond de son calice ce qu'elle a de plus pur, de plus précieux,
* Psaume LXXXÎH, v. 6.
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de plus soyeux, de plus velouté, de plus frais? La colombe ne se cache*t-elle pas, elle aussi? Ne vit-élle pas au fond des bois ? Ses chants ne sont-ils pas trop tendres et trop délicats, pour se faire entendre sur les grands chemins et sous des ombrages qui ne ^ont pas mystérieux? Or, s'il eh est ainsi dans la nature matérielle, quels ne doivent pas être les charmes de la vie intérieure dans les âmes recueillies? N'est-ce pas là que sont les joies les plus nobles, et de là que toutes les autres tiennent leur pureté et leur grandeur? N'est-ce pas par la pensée et par le dévouement que nous réalisons dans notre vie ce qu'il peut y avoir d'exquis et de divin dans une vie humaine? Lorsque nous descendons sérieusement dans notre âme, n'y trouvons-nous pas Celui dont elle est l'image? Oui, Dieu habite ses profondeurs et ses sommets ; il s'y promène, pour ainsi dire, comme autrefois entre les tentes d'Israël *. Jésus-Christ nous y verse son sang, pour y renouveler notre -jeunesse. Peut-être, au premier abord, n'aperce-
* « Ambulubo intcr vos, » Lévitique^ ch. xxvr, v. 12; //• Éplire aux Corinthiens^ ch. vi, v. IG.
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vons-nous sur sa figure rien qui attire nos regards, mais bientôt tout les y retient. Il y a dans sa beauté je ne sais quoi qui nous ravit peu à peu, nous détache insensiblement de toutes celles qui ne peuvent pas se concilier avec elle, et nous élève dans des régions sereines, où nous vivons bercés entre les souffrances de la terre qui ne nous atteignent plus qu à demi, et les joies du ciel que nous sentons déjà par l'espérance.
IL — En quoi donc consiste la vie intérieure? Dans le mouvement consciencieux de l'esprit et du cœur vers Dieu, par l'union intime de l'âme avec Jésus-Christ.
L'esprit et le cœur peuvent se mouvoir d'une manière fort superficielle, soit par instinct, soit par hdîitude, soit par légèreté. De tels mouvements ne font qu'efQeurer l'âme, comme ces brises qui rident, en passant, la surface mobile des eaux. Il est évident qu'alors l'âme échappe à elle-même, qu'elle n'a aucune conscience de ce qui s'opère dans ses puissances, et qu'une telle activité ne la rend pas vraiment vivante.
i22 LA VIE INTÉRIEURE.
Pour qu die vive véritablement, il faut qu elle ait conscience de ses actes.
L'esprit a conscience de lui-même par l'attention, et le cœur, par Tintentioii. Sans l'attention, en effet, l'esprit n'est qu'une force mécanique; avec l'attention, c'est une force intelligente. Pareillement, sans l'intention, le cœur n'est qu'un feu qui n'échauffe rien; avec l'intention, c'est un feu dont le calorique rayonne et qui peut embraser.
L'attention et l'intention, voilà donc les deux premières conditions de la vie intérieure.
On comprend, dès lors, pourquoi la vie intérieure est si rare. Qui, en effet, médite attentivement? Hélas! la plupart du temps, au lieu de réfléchir sur les vérités divines, nous ne regardons que les fantômes qui se produisent en nous. Ce ne sont pas les choses du ciel qui nous occupent, ce sont les choses du monde qui passent vaguement devant notre imagination comme les visions d'un songe. La demi-obscurité dans laquelle nous sommes plongés, nous plaît; notre cœur s'y meut confusément comme à tâtons, jouissant de mille surprises, courant
après de perpétuelles nouveautés, et prenant rinconnu pour rinfîni. — De même, qui examine attentivement sa conscience? Est-ce chercher sincèrement à se connaître, que de se regarder toujours du même point de vue, de la même manière et avec le même regard? Au Heu de traiter Tâme comme un de ces globes autour desquels il faut se mouvoir, si Ton veut les connaître tels qu'ils sont, ne la traite-t-on pas comme une surface plane que Ton mesure facilement d'un coup d'œil? De là cette tendance à se persuader que, par cela même que l'on ne commet pas de péchés graves, on pratique certainement toutes les vertus. — Malheureusement la distraction, après avoir triomphé de nous dans nos méditations et nos examens de conscience, nous poursuit jusque dans nos déterminations. Que de fois, faute d'attention, le temps où nous réfléchissons, n' est-il pas celui où nous n'en avons plus besoin ! — Telles -sont les funestes conséquences de l'absence d'attention.
Celles de l'absence d'intention ne sont pas moins graves. Marc-Aurèlc lui-même, avant de
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commencer sa journée, se demandait quel usage il allait. faire de son âme. Ainsi en est4I du sage : toujours il se propose un but, et il y marche. Le grain de poussière, la feuille tombée, s'en vont où le vent les pousse; mais l'homme, être intelligent et libre, doit regarder devant lui et donner à ses pas un but. Sans but, la vie n'est qu'une de ces longues et ennuyeuses promenades, où Ton marche, parce qu'il faut marcher et que quelqu'un nous presse, mais qui ne nous donnent envie d'arriver nulle part. L'homme qui agit sans but, accuse en lui une raison absente et abdique sa première dignité. C'est l'avis de Montaigne : « L'âme qui n'a pas de but établi, dit-il, elle se perd; car, comme on dit, c'est n'être en aucun lieu que d'être partout. »
Et cependant, que d'actes de religion, que d'exercices de piété ne- faisons-nous pas, à la façon des gens qui, s'ils ont de la perspicacité, ne s'en servent pas! Certainement, nous ne sommes pas insensés; mais sommes-nous assez sensés? Dans quel but accomplissons-nous cet exercice? Où voulons-nous arriver avec cette prière? Nous
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sommes attentifs peut-être; mais TaUention n'est pas même la moitié de la sagesse ; sa partie la meilleure, c'est l'intention. Il ne sulTit pas de voir ce que l'on fait, il faut encore savoir pourquoi on le fait. L'attention veille à ce que l'acte soit' bien accompli; mais l'intention le rend méritoire. Avec l'attention seule nous pouvons être habiles; mais avec l'attention et l'intention nous sommes sages. Là, c'est une action stérile; ici, une action féconde. Que de trésors n' amasserions-nous pas pour le ciel, si nous savions par une intention vraie et surnaturelle, y faire monter toutes ces millepetites actions qui forment le tissu de nos journées ! Considérées en ellesmêmes, ces actions sont à peine quelque chose; mais ce qu'elles n'ont pas du côté de leur nature, elles l'acquièrent du côté de leur terme : car, en morale, c'est la fin qui spécifie l'acte et lui donne sa véritable valeur. Tout à l'heure, elles n'étaient qu'une poussière grossière; maintenant qu'on les a portées au soleil, en les portant vers Dieu, elles sont une poussière d'or.
Or, les deux buts principaux que nous devons sans cesse proposer à notre volonté^ sont, d'une
i^6 LA VIE INTÉUIEURE.
part, la gloire de Dieu et le service du prochain *.
III. — Toutefois, pour que Fattention de notre esprit et T intention de notre volonté nous fassent vivre intérieurement de la vie divine, Tune et l'autre doivent être informées et fécondées parla grâce. Selon saint Augustin, Dieu doit être la vie de notre âme, comme notre âme est la vie de notre corps. Notre corps ne diffèi^e de celui de Fanimal, que parce qu'il est intrinsèquement pénétré par notre âme ; de même, notre âme n'est sérieusement chrétienne, qu'autant qu elle est toute remplie de Dieu, c'est-àdire, qu elle vit de la foi, de l'espérance et de la charité.
Cette fécondation de notre âme par la grâce doit produire l'enfantement de Jésus-Christ dans notre esprit et notre cœur, « Toute créature, dit saint Paul, gémit dans le travail de l'enfantement *. » Puis, il ajoute en s' adressant aux
• Voir lu /'« Épitre aux Co)rinthieifi^, ch. x, v. 31 ; VÉpUre aux Colo^s'iens, cli. m, v. 17.
2 Èpltrc aux liouviùm, cl», viii, v. 22.
LA VIE INTÉRieOEE. 127
Galates : « O mes fils bien-aimés, vous qoef en^ fante de nouveau, jusqu'à ce que le Chribt soit formé en vous *. »
Enfanter Jésus-Christ dans notre âme 1 Jésus-Christ, en effet, a plusieurs naissances. « Gcnerationem ejiis guis eruxrrabiil Qui ra* contera sa nativité *? » Il y a, dît Bossuet, celle par laquelle il sort du sein de son Père, celle par laquelle il sort du sein d'une Vierge, celle par laquelle il sort des paroles sacramentelles. 11 y a enfin celle par laquelle il entre en nous« prend possession de notre âme, établit ses vérités dans notre intelligence et ses sentiments dans notre coeur, de telle sorte que nous conte-" nous le Verbe de la vie et que nous sentons en nous ce qu'a senti Jésus-Christ, Verhum f)ita continentes..* hoc sentite in vobis quod et in Christo Jesu\ C'est après l'accomplissement de ce travail intime, de cette compénétration de notre esprit par l'esprit de Jésus-Christ, que nous sommes vraiment des hommes nouveaux ^^ ,
* ÈpUre mx Galafes, t\u ly, v. IQ.
' Isaïe, ch. lui, v, 8.
* Épiire aux Phiiippiens^ cli, il, Y. 16 ot 5.
* Épitre aux ÉphésienSy ch. iv, v. 22-25.
128 LA VIE INTÉBIËUKE.
d'autres Christs, suivant cette profonde parole de saint Paul : « Je vis, non pas moi, mats le Christ en moi *. »
n faut plus encore. Après avoir fait naître Jésus-Christ en nous, il faut l'y faire atteindre sa croissance parfaite, c'est-à-dire que nousmêmes, après avoir sucé le lait de la doctrine et de la religion du Christ, nous devons nous nourrir de sa substance la plus fortifiante, et parvenir à la mesure de l'âge et à la plénitude du Christ K
Donc, la vie intérieure consiste à transformer complètement notre intelligence dans la lumière du Christ, et notre cœur dans son amour. Par conséquent, vivre intérieurement, c'est devenir sans cesse meilleur par uneparticipation ton-* jours^ croissante à l'esprit de Jésas-Christ.
De même que sous les péchés il y a le péché, de mêa>e sous les devoirs il y a le devoir, et sous les œuvres, l'œuvre. Or, ce qui excite généralement notre repentir et notre horreur , c'est moins le péché que les péchés; pareille-
* Épitre aux Galettes^ c)\. \\y v. 20.
* Epitre aux Ephésiensi^ ch. \\\ y. 13.
ment, ce qui excite généralement notre attention, et ce qui sert d'objet à notre intention, c'est moins le devoir et l'œuvre que les devoirs et les œuvres. Il nous est plus facile d'être multiple que d'être un, parce que les péchés se détestent à la surface de l'âme comme les devoirs et les œuvres s'y accomplissent, tandis que le péché ne se déteste, le devoir ne s'accomplit, l'œuvre ne s'opère qu'au fond même de l'âme. Là on ne touche qu'aux rameaux et au feuillage, ici à la racine. Les œuvres nous occupent, mais l'œuvre nous transforme. Voilà pourquoi l'œuvre, la transformation de l'homme, l'appropriation de Tesprit de Jésus-Christ, la naissance, en un mot la vie intérieure, est si difficile I
Que de personnes sont pieuses par habitude, eu par mode et par bon ton, quelquefois par esprit de parti, mais surtout par tradition d*héritage! Ces dernières, principalement les fem* mes, sont nées dans une famille pieusement chrétienne. Leurs croyances d'enfant, puis de jeune fille, se maintiennent doucement, pendant la maturité, à l*état d'axiomes iiTéfléchis. Nul
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travail, nulle secousse ne se produit; mais ciussi nulle consolidation intérieure ne s'opère. On dirait, suivant une remarque judicieuse, le serviteur de la parabole, qui a reçu un talent, qui Fa enveloppé et gardé soigneusement pour le rendre ensuite à son maître. L'Évangile bien enveloppé passe de main en main, de la mère à la fille, et de la fille aux petits-enfants; mais qui songe à briser l'enveloppe, à s'emparer du trésor et à le faire valoir? De telles piétés ne constituent nullement la vie intérieure, parce qu'elles n'ou\Tent point à Jésus-Christ le centre de l'âme. Avec elles, le fond de chacun est à chacun, Jésus-Christ n'en a que les contours et les abords.
Selon rÉvangile, le chemin qui mène à la vie est étroit. Cette parole est vraie, puisqu'elle est de Jésus-Christ. Mais on l'interprète mal, lorsqu'on s'imagine qu'il s'agit d'une étroitesse provenant de surcharges extérieures. Elle signifie qu'une seule chose mène à la vie : la soumission à Jésus-Christ de tout ce qu'il y a de plus intime, de plus profond, de plus radical en nous. En vain cherche-t-on à passer à droite
OU à gauche; la vérité est impitoyable, parce qu'elle est une. En vain offre-t-on à Jésus-Christ toute son âme, excepté le seul point à peine perceptible que l'on se réserve. Ce point que nous jugeons à peine perceptible, est précisément aux yeux de Jésus-Christ le point central. Le lui refuser, c'est rendre le reste sans valeur. Il faut que sa domination s'étende jusque-là ; il faut qu'il pénètre en nous comme un glaive à deux tranchants, qu'il atteigne jusqu'à la divi* sion de l'âme et de l'esprit, jusqu'aux jointures et aux moelles, jusqu'aux pensées et aux intentions du cœur *. On le voit, l'amour que Jésus- Christ réclame de nous, est semblable au tor^ rent qui coule dans les ravins des montagnes : il n'est étroit que parce qu'il est profond. Sa profondeur, c'est son indivisibilité ; son indivisibilité, sa simplicité ; sa simplicité, sa sincérité, in dmpUcitate cordis et sincerilate.., ut suis sinceri et sine offensa in diem Christi */ De même que descendre la série des causes
* Epiire aux Hébreux, cli, iv, v. 12.
* //* Epiire aux Corinthiens^ ch. î, v. 12; — EpUre aux Vhilippiens, cli. i, v. 10.
secondes jusqu'au dernier terme, c'est toucher à la cause première; ainsi descendre jusqu au fond de son cœur, c'est arriver en face de Dieu. Là, sous le regard de Celui qui est la Lumière même, toute dissimulation et tout calcul sont impossibles : pour s'y donner à lui et y puiser la vie intérieure, il faut lui appartenir en esprit et en vérité. Or, quel est celui qui descend à une telle profondeur, sinon celui qui a déjà franchi tous les cieux? Qui descendit, ipse est et qui ascendit super ojnnes cœlos ••
< Epifre aux Ephédens, ch. iv, t. 10.