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III. — En dehors de nos amis et de nos en

* M. de LapradO'

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nemia, il y a encore tout ce monde qui nous swait indifférent, s'il n'était nïalheureux.

La générosité qui répand des bienfaits est certainement beaucoup moins rare que celle qui pardonne des injures. Mais encore, elle l'est beaucoup trop.

Touâ, nous avons en nous une racine d'égoïsme que nous avons beau couper : elle repouâse toujours. Et cependant, quelle différence entre la générosité et Tégoïsme ! Si la générosité fait des. efforts pour se voiler, c'est que par modestie elle veut laisser sa beauté dans le mystère ; tandis que l'égoïsme n'en fait que pour Cacher sa laideur, n Le premier mouvement d*un cœur généreux, a-t-on dit, est d'accorder; il ne reftise que par devoir. L'égoïste, au coU traire» est d'abord disposé au refus 5 s'il accorde » c'est par calcul * ; » il rend volontiers les services dont il est sûr de tirer profit, et le sublime de son dévouement, c'est de rendre un service qui ne lui coûte rien.

Fuyons donc l'égoïsme, Rappelons-Uous que Màrc-Aurèlë n'a élevé qu'un temple à Rome et

* De Latena, Etude de l'homme»

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l'a dédié à la Bonté : nous aussi, élevons un temple à cette vertu qui nous rapproche tant de Dieu ; que notre cœur soit le temple de la Bonté ! La bonté envers les malheureux s'appelle la pitié. Que notre pitié ne soit pas passagère, mais durable et profonde, et qu'ainsi elle s'élève au-dessus d'elle-même et devienne de la compassion. Que notre compassion, à son tour, ne soit pas seulement une pitié stable, mais encore une pitié tendre, et qu'elle devienne de la commisération. Que cette commisération, au lieu de se perdre en gémissements stériles, se change, quand elle le peut, en bienfgiisance , et qu'elle aille même jusqu'à la générosité : car la générosité est la magnificence de la bonté, cette magnificence qui ne se contente pas de faire le bien, mais qui va jusqu'à le rendre pour le mal. « Ce que vous ferez au dernier d'entre eux, nous dit Jésus-Christ, c'est à moi que vous le ferez *. » Donnons donc à ceux qui sont pauvres ; consolons les affligés, et par notre gaieté mettons un peu de soleil dans leur tristesse ; secourons les malades, prenons sous notre garde les

' Evangile sjhn saint Mathieu^ ch. xxv, v. hO.

l'auhAne. 239

orphelins : la richesse n'est vraiment une fortune que lorsqu'elle supplée à l'infortune.

Écoutons ce que dit Bossuet aux mauvais riches : a (Vest de la charité qu'il est écrit qu'elle couvre non-seulement les péchés, mais la multitude des péchés K C'est de l'aumône qu'il est prononcé que comme l'eau éteint le feu, ainsi l'aumône éteint le péché*. Puis donc que vous avez méprisé ce remède si nécessaiie, ah! tous vos péchés seront sur vous; malheureux, toutes vos fautes vous seront comptées. Jugement sans miséricorde à celui ^ui ne fait point de miséricorde \ Cruel, vous n'en faites pis et jamais, vous n'en recevrez aucune : une vengeance implacable vous poursuivra dans la vie et à la mort, dans le temps et dans l'éternité. Vous refusez tout à Jésus-Christ daus ses pauvres : il comptera avec vous, et il exigera de vous jusqu'au dernier sou, par des supplices cruels, ce que vous devez à sa justice. Allez donc, maudits, au feu éternel ; allez, inhumains

* /'• Épiire de saint PieiTe. ch. iv, v. 8. ' Ecclésiastique^ ch. m, v. 33.

* Épitre de saint Jacques ^ ch. ii, v. 13.

Ss40 l'esprit de charité.

et déqaturéSt au lieu où il n'y aura jamais de miséricorde. Voua avez eu un cùaur de fer, Qt le ciel sera de fer sur votre tête ; jamais il ne fera distiller sur vous la moindre rosée de consolation. Riche cruel et impitoyable, vous demande-^ rez éternellement unô goutte d'eau qui vous sera éternellement refusée. Vous vous plaignez m vain de cette rigueur : elle est juste, elle esttrèS' juste, Jésus-Christ vous rend selon vos œuvres, et vous fait comme vous lui avez fait. II a langui dans les pauvres, il a cherché des consolateurs, et il n'en a pas trouvé ; et bien loin de le soulager dans ses maux extrêmes, vous avez imité le crime des Juifs : vous ne lui aveu donné que du vinaigre dans sa soif, c'est-à-dire des rebuts dans son indigence. Vous souflrirez à votre tour, et il rira de vos maux, et il verra d'un regard tranquille cette flamme qui vous dévore, ce désespoir furieux, ces pleurs éternels, cet horrible grincement de dents. 0 justice terrible!... »

Sachons donc d'abord faire l'aumône. Puis, sachons aussi visiter les pauvres jusque dans leur domicile. « Il faut, écrivait Ozanam, que ces jeunes seigneurs sachent ce qu'est la faim, la

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Hoif, le dénûment d'un grenier. Il faut qu'ils voient des misérables, des enfants malades, des enfants en pleurs. Il faut qu'ils les voient et qu'ils les aiment. Ou cette vue réveillera quelque battement dans leur cœur, ou cette générar tion est perdue *. » Oui, l'esprit de charité doit nous pousser jusque-là, nous rendre insensibles à nos grands chagrins pour consoler les petites peines d' autrui, nous faire oublier nos graves maladies pour soulager les indispositions de nqs frères, nous presser de les obliger aux dépens de notre propre satisfaction, et nous faire préférer à nos petits avantages le plaisir que nous aurons à en faire jouir ceux qui y tiennent autant que nous. Toutefois, comme nos ressources sont restreintes, appliquons-nous à ne faire l'aumône qu'à propos : donner à celui qui n'a à souffrir qu'une demi-pauvreté, c'est priver d'autant celui qui gémit dans une misère complète; accorder des secours à celui qui n'est pauvre que par paresse ou inconduite, c'est les refuser à celui qui l'est par infortune. Or, le grand moyen de faire l'aumône à propos, c'est de n'avoir

' OzaDam, Lettre du ^juillet 1853.

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aucun choix de parti pris et d'éviter Texclusivisme aveugle. Trop souvent on aime ^es pauvres, et Ton reste indifférent aux autres, quelle que soit la profondeur de leur misère. Ce n'est point là la charité chrétienne, cette charité qui nous enseigne que les pauvres à secourir ne sont pas seulement ceux qui nous plaisent, mais tous ceux qui souffrent vraiment.

Enfin, faisons l'aumône avec délicatesse. Ingénions-nous d'autant plus à deviner les nécessités d' autrui et les moyens d'y pourvoir habilement, que les pauvres sont beaucoup plus enclins que les riches à considérer la pauvreté comme une humiliation, et qu'ils peuvent d'autre part avoir une nature plus fière et plus susceptible. On l'a remarqué, une personne délicate et fière se résout difficilement à demander; attentive à prévenir les désirs des autres, elle veut qu'on devine les siens.

Telle est la charité chrétienne : issue du cœur de celui qui donne, elle veut aller jusqu'au cœur de celui qui reçoit; et l'or qu'elle répand, n'est pour elle qu'un moyen de se répandre elle-même.

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