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LA CONFIANCE EN DIEU ET L'ESPAIT DE JOIE

se demandent comment les champs peuvent fleurir, quand les âmes sont si tristes. Si on leur parle de cette existence terrestre, elles ne savent que la maudire, et avec tant d'amertume, qu'on pourrait croire qu elles l'ont trop aimée et qu'elles lui en veulent de ne leur avoir pas donné ce qu'elles en espéraient.

Loin de nous, assurément, la pensée d'oi'ner les choses de ce monde au point de les dénaturer, de manquer au vrai en voulant faire resplendir le beau, et de condamner absolument la tristesse et les larmes. 11 suflit d'être homme pour savoir que la douleur n'est pas seulement un mot ; et l'Évangile nous apprend qu'il y a une sainte tristesse, la tristesse des enfants de Dieu, et qu'il y a de saintes larmes, les larmes qui ont mouillé les paupières de Jésus-Christ, les larmes du patriotisme et de l'amitié, larçnes pleines de douceur et de charmes, qui rafraîchissent les âmes qui les versent et les âmes sur lesquelles elles tombent, comme la rosée rafraîchit les plantes. Qu'ils les répandent donc ceux qui sont dans l'aflliction et le malheur, et s'ils n'ont pas auprès d'eux quelque main amie pour

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les essuyer, les anges du ciel sauront bien les recueillir dans leur» coupes invisibles et les porter devant le Dieu qui sait tout bénir.

Cependant, toujours est-il que ceux qui ne reconnaissent que la douleur sont dans Terreur autant que ceux qui ne reconnaissent que la joie. Ce sont là deux exagérations. La vérité n'est point dans les extrêmes, mais dans le milieu. Il faut, pour être exact, combiner ensemble la tristesse et la joie, et de ce mélange résultera ce qu'on appelle le sérieux. Le sérieux : tel est le caractère véritable de la physionomie du chrétien.

Mais si l'un de ces deux éléments devait do^ miner sur l'autre, il faut avouer que ce serait la joie et non la tristesse.

Et en voici quelques raisons :

frabord, c'est l'enseignement chrétien.

Les Livres Saints, en effet, ne nous disent-ils pas que le cœur de l'homme de bien est dans une fête perpétuelle, et que les justes doivent tressaillir de joie *?

» Psaume LXVII. v. h

ET l'esphit de joie. 341

Uofiice divin de l'iî,glise ne s'ouvre-t-il pas par ces paroles : « Venue, exultemus Domino, jubilemiis Deo salutari nostroy venei, glorifions le Seigneur avec allégresse, et que notre joie s'élève vers Dieu notre sauveur » ?

Écoutons saint Paul dans son Epltre aux Romains î « Pax et gaudium in Spiritu SanctOy que la paix et la joie soient avec vous dans l'Esprit-Saint * ; — dans son Epître aux Pbilippiens î (t Gaudete in Domino semper, itemm dicOi gaudete^ réjouissez-vous dans le Seigneur toujours, je le répète, réjouissez-vous • $ — et dans sa deuxième Epltre aux Corinthiens : *5mperabundo gaudio in omni tribulatione magna, que me font toutes mes tribulations, quelles qu*elles soient? Au milieu d* elles je surabonde de joie •. Quasi morientes, et ecce vivimus, nous semblons mourir, mais noua sommes pleins de vie ; iit castigati et non mortificati, on dirait qu on nous fVappe, mais nous ne sommes nullement mortifiés ; qUasi tristes, semper autem

* Cil. XIV, V. 17.

« Ch, IV, V. &.

* Cb. VII, V. 4. ^

gaudmtes, nous paraissons tristes, mais nous sommes toujours dans la joie *. n

Saint Jacques n'est pas moins expressif: « 0/nne gaudium exisHmate, fratres mei, cum in tcntatioîies varias incideritis, mes frères, dit-il, lorsque vous serez éprouvés par des tentations diverses , considérez tout comme une joie '. »

Et si, après avoir entendu l'Église et les Apôtres, nous interrogeons Jésus-Christ, qa*apprenons-nous? « Hœc locutus sum vobis ut gaudium meum sit ùi vobis et gaudium vestrum impleatur, je vous ai dit ces choses, pour que ma joie soit en vous et que votre joie à vous soit pleine '• Tristitia vestra vertetur in gaudium, tout, même votre tristesse, devra se changer en joie *. » — Et ses actes étaient conformes à ses paroles. L'Évangile, en effet, nous le montre assistant à une noce, à Cana, avec sa mère et ses disciples. Sa simple présence à cette noce, la bienveillance qu'il témoigne à toute la

■^ Ch. VI, V. 9, 10.

» Ch. I, V. 2.

* Evangile selon saint Jean, r)\ sv, v. U. .

^ /6tV., ch. XVI, Y. 20.

ET l'esprit de joie. 343

réunion, le changement qu'il fait deFeau en un vin de beaucoup supérieur à celui qui avait jusque-là alimenté le festin, en un mot tout cet ensemble de circonstances fort peu assombrissantes ne nous manifeste-t-il pdiB avec évidence que toutes les paroles précédentes ne doivent pas s'entendre dans un sens purement spéculatif, mais dans un sens qui comprend l'homme tout entier, avec son corps et avec son âme? Pourquoi vouloir enfouir dans Toubli cette page sacrée? Ne fait-elle pas partie de l'Évangile au même titre que les autres, et môme n'a-t-elle pas ce privilège d*être le récit du premier miracle de Jésus-Christ, hocfecit initium stgnarum Jésus * ?

Après des levons aussi claires, il est facile de concevoir comment les Sairfts les plus parfaits âe sont eftbrcés, au milieu des tristesses les plus amères, des déceptions ïes plus inattendues et même des persécutions les plus cruelles, de garder dans leur âme cette confiance en Dieu que rien ne pouvait ébranler, et sur leurs lèvres ce sourire tranquille et joyeux que nulle larme

* Évangile selon saint Jean, ch. n, v. H.

ne savait éteindre. Ces hommes intrépides comprenaient que sentir la douleur au point de ne plus sentir la joie, c'est devenir l'esclave de soimême et perdre la liberté que nous a conquise Jésus-Christ ; et tous s'en allaient traversant la vie avec allégresse et liberté.

(c L'allégresse et la liberté de l'âme, dit Mgr Landriot, senties deux grands ressorts de la vie intérieure. La joie, c'est l'expansion de la vie, quand elle s'épanouit librement et avec les transports de l'être heureux ; et la liberté, c'est le développement sans entraves de l'être divinisé, c'est le vol en Dieu, aussi libre que celui de l'oiseau, quand il plane d^ns une tranquille sécurité sous un ciel serein. »

C'est aussi la pensée de saint Thomas : « L'homme, dit-il, ne peut pas supporter longtemps ce qui est triste, et la joie est une des oonditions de la vertu *. »

La vertu, en effet, n'a point par elle-même cet air fâcheux et maussade que lui ont prêté les gens de mauvaise humeur. Pour la trouver,

* In JSp, ad Cor,, c. xiii, lect. 3; Ethiq,, 1. ii Itct. 13, 1. vin, lect. 6.

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