‹ La foiChapitre 45 sur 88 · ET L^ ESPRIT DE JOIE · texte numérisé non relu

ET L^ ESPRIT DE JOIE

il n'est point nécessaire de grimper sur quelque rocher désert ou de s'enfoncer dans un tronc d'arbre : il suffit d'avoir un cœur pur et une conscience tranquille. La vertu est l'amour pratique de la sagesse. Or, d'après les Livres Saints, la sagesse, loin de fuir les hommes, cherche dans le monde entier des âmes dignes d'elle, et, quand elle les a trouvées, elle les prévient dans leurs désirs et se montre à elles avec un visage riant ; et ses voies sont belles, et tous ses sentiers sont pacifiques *. »

« La nature et la vie, dit le P. Faber, tendent toujours vers la joie. La joie est leur développement légitime, leur perfection propre, et en réalité la loi même de leur existence; car l'acte pur et simple d'exister est en soi une joie inestimable. Rien ne glorifie Dieu autant que la joie. Voyez comme le parfum tarde à s'éloigner de la fleur fanée : c'est l'ange de la joie qui ne peut se résoudre «à quitter la terre pour reprendre son essor vers le ciel, lors même que sa tâche est accomplie *. »

> Sagesse^ cb. vi, v. 17; Proverbes, ch. iir, v. 17. 2 Bethléem^ t.l, p. 26/S)-2G5.

Ainsi donc, renseignement chrétien nous rassure complètement contre la tendance que nous pourrions avoir à nous laisser aller à la tristesse immodérée, au découragement ou au désespoir.

II. — Du reste, si nous voulons réfléchir sérieusement et avec impartialité sur les choses de ce monde, nous nous persuaderons aisément qu en définitive il n'y a rien sur la terre qui doive nous assombrir outre mesure. Sans doute notre âme ici-bas pourra et même devra être souvent affligée, mais ce ne sera là qu'une affliction de surface ; et, encore une fois, rien ne saurait la dépouiller de sa sérénité intime*

Qu'est-ce, en effet, qui serait logiquement capable, dans l'état actuel des choses, de tarir* en nous la source de la joie?

Serait-ce la haine dont la personne de Jésils- Ghrist est parfois l'objet?

Certes, si quelque chose en était capable, ce serait ce malheur. Mais Jésus-Christ actuellement est inaccessible à toute attaque, non-seulement dans sa divinité, mais eticore dans son humanité : car actuellement soii humanité est

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tout entière immortelle, glorieuse et impassible; elle jouit d'une félicité qui serait nulle, si elle était en quelque façon altérable; elle ne saurait donc subir en elle-même aucune des douleurs que notre piété se plaît quelquefois à lui supposer. »

Seraientrce les attaques dirigées contre l'Église ?

Ah ! sans doute, il est douloureux pour un fils de voir sa mère outragée : car, bien que la plupart des ennemis de F Église attaquent moins la véritable Église de Jésus-Christ que je ne sais quel faux portrait de l'Église qu'ils se font eux-mêmes dans leur imagination aigrie, cependant il en est qui outragent réellement l'Église elle-même. Mais pour un chrétien qui a une foi vivante, est-ce que l'Église de Jésus- Christ n'a point les promesses de la vie éternelle ? Est-ce que ses ennemis, soit par leurs efforts matériels, soit par leurs sourdes menées et par les exagérations que nul esprit de parti ne sait éviter, soit surtout par les altérations doctrinales qu'ils cherchent à introduire dans son dogme et dans sa morale, est-ce que ses enne-

mis, dis-je, peuvent jamais prévaloir contre elle? N'avons-nous pas dans le ciel notre Dieu qui se rit de leurs complots et de leurs manœuvres? Portœ inferinon prœvalebunt adversus eam, les portes de Tenfer se briseront contre cette Église et contre la pierre qui lui sert de fondement ; car, qu'ils le sachent, cette pierre, dit saint Augustin, c'est Jésus-Christ lui-même, le fils du Dieu vivant.

Serait-ce enfin le monde lui-même, à cause de ses perturbations matérielles, de ses souffrances physiques, de sa pervei^ité morale, des haines qu'il recèle contre nous dans son sein, et des humiliations qu'il trouve toujours moyen de nous faire subir ?

Sans doute, les bouleversements matériels, les fléaux, les maladies de toutes sortes dont le monde est le théâtre et l'homme la victime, ne sauraient provoquer ni notre admiration ni notre allégresse. Mais ils ne doivent pas davantage étouffer en nous cette joie intime et calme qui est le propre des enfants de Dieu, et qui est d'autant plus vraie qu'elle est le résultat direct de notre inébranlable confiance en Dieu. Et, en

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vérité» qu'est-ce que toutes les choses qui ne sont que matière, sinon une ombre d'un jour qui disparaîtra dans la lumière du lendemain ? Si tout cela est inexplicable quand on ne con sidère que l'homme et la vie présente, en est-il de môme quand on lève son regard jusqu'à Dieu et à la vie future ? 0 hommes de peu de foi, quand serez- vous plus touchés du bien moral qui découle du mal physique, que du mal physique qui produit le bien moral ? Et quand comprendrez-vous avec votre cœur la vérité de ce mot de Bossuet : « Les châtiments mêmes de Dieu sont des caresses cachées ?

D'autre part, qu'est-ce que toutes les défectuosités morales que nous rencontrons à chaque pas dans le monde, sinon des défectuosités humaines? Or, les défectuosités humaines devraient-elles nour, étonner, si nous prêtions une attention réfléchie à la nature de l'homme ? Et ce qui ne doit pas nous étonner, devrait^l nous enlever l'espérance et la joie? L'homme, en effet, a une nature faible : ses yeux ne savent pas toujours regai'der en lace le soleil, et ses pas sont chancelants, quand on le fait marcher

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sur un terrain qui n'a que la simple largeur de la ligne droite. C'est pourquoi Dieu permet sou» vent qu'il arrive à la vérité par Terreur, au juste parTabsurde et au bien par le mal. Dieu, si Ton peut parler de la sorte, a une géographie qui n'est point celle de tout le monde, et les chemins par lesquels il marche nous sont impénétrables. Nous le croyons au couchant; il est au levant.

Nos illusions sur ce point viennent de ce que nous jugeons les voies de chacun, sans connaître le terme spécial auquel chacun est appelé. Attendons la fin : c'est la fin qui jette la meilleure lumière sur le commencement. Toutefois, cette manière de raisonner n*est point de tous les goûts. « Un jour, objecte-t-on, un homme s'était jeté par la fenêtre du cinquième étage, Quand il fut à la hauteur du troisième, un de ses amis lui cria : Eh bien ! Comment cela va-til? Cela va bien, réf>ondit l'homme,... jusqu'à présent, » Et l'on conclut de cette histoire que la fin est simplement le suicide. On aurait raison, s'il en était des chutes morales comme des chutes physiques. Heureusement la différence

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est fort grande. Dans les chutes physiques on peut perdre la vie, mais dans les chutes morales on conserve la liberté, qui reste au fond de Tâme la plus dégradée, comme un germe de résurrection que la miséricorde de Dieu peut toujours féconder de sa grâce.

Du reste, il est impossible qu'en définitive Dieu soit vaincu. Le nier serait nier sa puissance et sa sagesse infinies. Or, si en ce monde la somme de la souffrance devait être plus considérable que la somme du bonheur, si le plateau du mal devait l'emporter sur celui du bien, est-ce que Dieu, le bien parfait et la bonté suprême, ne serait pas vaincu? Il est donc impossible que le monde, considéré dans son ensemble, avec la juste pondération de ses défauts et de ses qualités donne raison aux âmps désespérées.

. Quant aux inimitiés dont il surabonde et qu'il déchaîne de temps en temps contre nous, pourquoi nous en attrister? C'est faire preuve de peu de christianisme et même de peu de philosophie, que de se tourmenter des choses inévitables. Par cela même qu'elles sont inévi-

tables, le vrai bon sens consiste à s'en accommoder et non à les prendre de travers. Or qui pourrait se flatter de plaire à toute l'espèce humaine? Et dès lors, est-ce bien la peine de nous mettre au noir, parce que telles personnes que peut-être nous trouvons stupides, nous trouvent ridicules, ou parce que telles autres qui ragent en secret contre elles-mêmes, ragent tout haut contre nous?

Pourquoi leur en vouloir? Nous devrions plutôt leur en être reconnaissants : car d'abord par leurs attaques elles nous mettent en relief; n'a pas des ennemis qui veut. Ensuite, c'est quelquefois un honneur d'être critiqué, blâmé, honni, conspué par certaines gens. Ces certaines gens ne s'en doutent pas, il est vrai ; mais c'est précisément ce genre tout particulier d'innocence, qui donne du charme et du piquant à leur verve, aux yeux de ceux qui s'en doutent. Et puis, si nos ennemis se trouvent plus heureux, plus déchargés quand ils ont vomi contre nous ce qui leur pesait dans le cœur, n'est-ce pas une véritable consolation de savoir que nous leur avons servi de remède, et d'espérer

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