INTRODUCTION. V
risaïsme conscient ou inconscient règne dans le monde moral et religieux, et que les malédictions lancées contre lui par Jésus-Christ doivent être méditées plus que jamais.
D'autre part, beaucoup d'esprits intelligents et distingués, entraînés soit par le pharisaïsme dont ils sont témoins, soit par leurs préjugés, tendent à s'éloigner tous les jours de plus en plus du catholicisme , laccusant de matérialiser la vérité, de rétrécir les choses divines, d'obscurcir la raison par une foi mal comprise, de fanatiser le cœur au lieu de l'améliorer, de protéger les violateurs de l'esprit pourvu qu'ils soient les défenseurs de la lettre, d'exploiter la naïveté des âmes simples, d'entraver le progrès des lumières, et, en définitive, de retenir à terre, dans une routine humiliante, les esprits et les cœurs qui voudraient monter vers le ciel et se rapprocher de l'infinie lumière et de l'éternel amour.
VI IXTnODUCTiON.
C'est dans l'espoir de corriger ce double iftal, de remédier à la faiblesse des uns et de dissiper les funestes préjugés des autres, que nous avons publié une première série d'études de Morale religieuse. Mais dans cette première série nous n'avons fait que tracer les grandes lignes à suivre et qu'indiquer d'une manière générale les principales conditions de la vie spirituelle. Il faut de plus entrer dans le détail des vertus chrétiennes. Or, parmi elles se trouve une hiérarchie de dignité et de mérite; car bien que tontes se rapportent à Dieu, elles peuvent avoir avec lui un rapport plus ou moins direct, et celles qui ont Dieu luimême pouf objet direct, occupent évidem-» ment la première place. C'est pourquoi nous traiterons avant tout de celles-ci, c'est-à-dire des trois vertus théologales : la foi, l'espérance, la charité. Et, à cause de rimportance du sujet dans les circonstances présentes, nous nous bornerons,
, mTBODUCTION. VU
dans cette deuxième série, à ne parler que de la foi,
11 est manifeste, au premier abord, que les trois vertus théologales peuvent être pratiquées ou selon la lettre ou selon Tesprit.
Pratiquées selon la lettre, elles devien* nent pour Tâme un poison d'autant plus subtil et plus pernicieux qu'elles sont alors la corruption de ce qu'il y a de plus excellent, et que rien n'est mortel comme la corruption du parfait, çorruptio optimi pesmna. Au contraire, pratiquées selon l'esprit, elles alimentent et fortifient d'autant plus la vie spirituelle, qu'elles tou* chent de plus près et plus directement h Celui qui en est la source même* 11 importe donc souverainement à ceux qui ont soif de cette vie, et qui veulent se désal*^ térer dans les divines eaux de la foi^ de l'espérance et de la charité, de bien comprendre en quoi consistent l'action
VIH lîîTRODrCTION.
délétère de la lettre et Taction vivifiante de . l'esprit dans la pratique des trois vertus théologales, et surtout de bien distinguer les moyens par lesquels on évite la première pour ne ressentir que la seconde.
La lettre, avons-nous dit\ matérialise et rétrécit Tesprit, comme l'esprit spiritualîse et universalise la lettre. De là ce double caractère de matérialisme et d*étroitesse, qui frappe l'observateur impartial . partout où la foi, l'espérance et la charité sont subordonnées à la lettre au détriment de Tesprit. De là aussi et par contre, ce double caractère de spiritualisme et d'universalisme, partout où ces mômes vertus sont comprises et pratiquées selon l'esprit. En effet, les croyants qui ne soumettent pas leur foi à l'esprit, mais qui placent les mots au-dessus des idées, qui ne consultent que la linguistique sans se préoccuper de la sagesse, qui acceptent la décision
* Première série, Introduction, p. ix.