CHAPITRE III
l/amoar du beaa et la noblesse d« ecovr.
I. — Tout se fait pour le bon et pour le beau, (lit saint François de Sales ; toutes choses regardent vers luy, sont ineues et contenues par luy et pour Tamour de luy ; le bon et le beau est désirable, aymable et cherlssable à tous ; pour luy toutes choses font et veulent tout ce qu elles opèrent et veulent. Et quant au beau, parce qu'il attire et rappelle à soy toutes choses, les Grecs l'appellent d'un nom qui est tiré d'une parole qui veutdire appeler^. »
Pourquoi le beau attire-t-il ainsi à lui toutes choses? Parce qu'il est un attrait formé de deux au.tres attraits puissants. Le beau, en effet, est
* Saint François de Sales, De l'amour de Dieu, 1. VII, ch. V.
l'amour du beau et la noblesse du cgeur. 73
la résultante du vrai et du bien. Quand Je vrai illuminé Tintelligence et produit la science, quand le bien échauffe la volonté et engendre la vertu, il se dégage de cette lumière intellectuelle et de cette chaleur morale combinées ensemble un rayonnement, un reflet, une splendeur, qui contient à la fois l'esthétique de la vérité et l'esthétique de la vertu, et qui se nomme le beau.
Le beau peut donc se définir la splendeur du vrai et du bien. Sans le vrai, le beau ne saurait exister. Si le néant, en effet, ne peut pas donner l'être. Terreur, qui, comme erreur, est une négation et par conséquent tient du néant, ne peut pas davantage refléter la beauté. Le néant qui produirait l'être, ne serait pas le néant, mais un être réel quoique invisible : de même, l'erreur de laquelle rayonnerait la beauté, ne serait pas une erreur, mais une vérité certaine quoique latente. Le mensonge peut séduire, tant qu'il porte le masque de la vérité; mais dès que le masque tombe, la beauté disparaît. Pareillement, le beau exige et présuppose le bien; car il en est du vice comme.de l'erreur,
lU L^MOUR DU BEAU
et de la vei-tu comme de la vérité : les lois de la morale ne sauraient contredire les lois de la science, et si celle-ci déclare le beau inséparable du vrai et de la lumière, celles-là le dé* datant nécessairement connexe au bien et à Tordre.
Les principes générateurs du beau sont donc le vrai et le bien, la lumière et Tordre, la splendeur et r harmonie. Cette vérité est élémentaire dans Tordre intellectuel et même dans Tordre purement physique, h plus forte raison se cens* tate-t-elle dans Tordre moral et religieux.
Dès lors il est facile d'analyser les éléments qui constituent la beauté morale* L'amour du vrai et la ràncérité de Tesprit, Tamour du bien et la loyauté de la volonté, en sont les deux principes; de leur union féconde résulte la noblesse du cœur* qui est comme leur prolongation et leur resplendissementé Mais comment définir, à son tour, cette noblesse du coeur ^ cet élan qui pousse Tâme tout entière en haut-, cette délicatesse qui d^age Tesprit des idées étroites, basses^ toutes matérialisées par nn verbalisme aveugle et idiot ; cette générosité de