T LA NOBLESSE DU COEUR
nous devons d'autant plus nous attacher qu elle est le fond de toute vraie beauté, de la beauté intellectuelle comme de la beauté physique ellemême. En effet, « considérez la figure de r homme en repos, dit Cousin, elle est plus belle que celle de Tanimal, et la figure de l'animal est plus belle que la forme de tout objet inanimé. C'est que la figure humaine, même en l'absence de la vertu et du génie, réfléchit toujours une nature intelligente et morale ; c'est que la figure de l'animal réfléchit au moins le sentiment, et déjà quelque chose de l'âme, sinon l'âme tout entière. Si de l'homme et de l'animal on descend à la nature purement physique, on y trouvera encore de la beauté, tant qu'on y trouvera quelque ombre d'intelligence, je ne sais quoi qui du moins éveille en nous quelque pensée, quelque sentiment. Arrive-t-on à quelque morceau de matière qui n'exprime rien , qui ne signifie rien, l'idée du beau ne s'y applique plus. Mais tout ce qui existe est animé. La matière est mue et pénétrée par des forces qui ne sont pas matérielles, et elle suit des lois qui attestent une intelligence partout pré-
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sente. L'aoaljrse chimkpie la plus soblile ne parvient point à one nature morte et inene« mais i nne natore organisée à sa manière, et qni n*est dépourvue ni de forces ni $le lois. Dans les profiNideorsde l'aMme comme dans les haatenrs des cten, dans an grain de sable comme dans une montagne gigantesqae, nn eq[Mrit immortel rayonne à travers les enveloppes les pins grossières. Contemplons la natore avec les yeux de Tâme aussi bien qu'avec les yeux du corps : partout une expression morale nous frappera, et la forme nous saî«ra comme un svmbole de la pensée* Nous avons dit que chez rhomme et chez ranimai même la figure est belle par l'expression. Mais, quand vous êtes sur les hauteurs des Alpes ou en face de Timmense Océan ^ quand vous assistez au lever ou au coucher du soleil, à la naissance de la lumière ou à celle de la nuit, ces imposants tableaux ne produisent 4I0 pas sur vous un effet moral ? Tous ces grands spectacles ne n 3 us semblent-iis pas comme des manifestations d'une puissance, d^une intdligence et d'une sagesse admirables; et, pour ainsi parier, la face de la nature n^esi-elle pas
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expressive comme celle de F homme? La forme ne peut être nne forme toate seule, elle doit être la forme de quelque chose. La beauté physique est donc le signe d'une beauté intérieure qui est la beauté spirituelle et morale, et c'est là qu'est le fond, le principe, l'unité du beau ^ n
IL -^ Il est manifestei d'après tout ce qui précède, que le beau est la splendeur du vrai et du bien, et que la noblesse du cœur repose sur la sincérité de l'esprit et la loyauté de la volonté.
Or, de cette vérité découlent deux conséquences, dont il importe de se pénétrer.
La première, c'est que sans idées sérieuses et sans morale solide il peut se rencontrer des apparences spécieuses, un certain brillant qui éblouit, cette espèce de joli qui est déjà le premier degré de la laideur, mais nullement cette i^lendeur indéfectible du beau qui est toujours nouvelle, alors mèmequ' elle est ancienne, et toujours ancienne, alors même qu'elle est nouvelle.
Par conséquent, c'est une règle prudente de prendre en défiance la beauté qui ne repose que
^ CoMiêy du Vrai^ du Beau et du Bten^ septième leçoo.
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sur les caprices et les fantaisies de l'imagination. L'imagination, quand elle est séparée de la raison, ressemble à un feu de bengale : au lieu de répandre une lumière qui éclaire, elle jette des lueurs artificielles qui ne dissipent pas
les ténèbres. Les chimères qu elle enfante ont un vague et une indécision de formes, qui émeuvent, il est vrai, beaucoup plus la masse des hommes que la netteté et la simplicité des perceptions de la raison, mais qui ne laissent après elles aucun sentiment durable. Autant les grands principes du sens commun sont admirés des esprits profonds et négligés des esprits superficiels, autant la beauté calme qui émane des vérités simples, charme les âmes élevées et laisse froides les âmes vulgaires : celles-ci admirent d'autant plus, que l'objet de leur admiration est plus compassé et plus chargé d'ornements étrangers ; celles-là s'attachent d'autant plus à la vérité, qu'elle est plus simple et que l'absence de parures empruntées fait ressortir davantage sa beauté naturelle.
« Nous n'apercevons les grâces, dit Montaigne, que poinctues, bouffies, et enflées d'ar-
ET LA N0BLBS6E DU GGEUR. Si
tifice : celles qui coulent sous la naïfveté et la simplicité, eschappent ayseeiuent h une veue grossière comme est la nostre ; elles- ont une beauté délicate et cachée ; il fault la veue nette, et bien purgée, pour descouvrir cette secrette ' lumière. Est pas la naïfveté, selon nous, germaine à la sottise, et qualité de reproche? Socrate fait mouvoir son âme d'un mouvement naturel et commun ; ainsi dict un païsan, ainsi dict une femme : il n*a iamais en la bouche, que cochers, menuisiers, savetiers et massons : ce sont inductions' et similitudes tirées des plus vulgaires et cogneues actions des hommes; chascun l'entend. Soubs une si vile forme, nous n'eussions iamais Choisi la noblesse et splendeur de ses conceptions admirables, nous qui estimons plates et basses toutes celles que la doctrine ne r'esleve, qui n'appercevons la richesse qu'en montre et en pompe. Nostre monde n'est formé qu'à. l'ostentation : les hommes ne s'enflent que de vent, et se manient à bonds, comme les balons *. »
Egalement, défions-nous de cette beauté fac-
1 Montaigne, Emaù^ 1. m, ch. xii.
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tice, qui, au lieu d'émaner d'une morale saine, basée sur l'amour du bien, la soumission des passions, la pratique de la justice et de la cha* rllé, a pour principe celte morale fardée qui consiste à briller par l'apparence, à cacher les vices de l'âme sous une couche de fausses ver-* tus, à poser d'autant plus en héros qu'on ne saurait garder la simple attitude de Thonnëte homme, à viser au mieux et môme au parfait en manquant au bien, à suppléer aux intentions défectueuses par des actes extérieurement corrects, et à s'abandonner au sentimentalisme aux dépens de la sagesse. Autant les fantômes de rimagination diffèrent de la vérité, autant les caprices du sentiment diffèrent de la vertu ; et par conséquent la beauté qui semble résulter des uns et des autres n'est qu'un faux éclat et une lueur éphémère,
La seconde conséquence dont nous voulons parler, c'est l'harmonie, la congélation, et, pour ainsi dire, l'équation, qui existe entre le vrai, le beau et le bien. Si, en effet, un soleil plus éclatant produit des rayons plus lumineux, et si des rayons j^s lumineux présuppo-