‹ La foiChapitre 75 sur 88 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l<a nntare et i« grAcc.

Jusqu'à présent nous avpns essayé de décrire ce que nous pourrions appeler Téchelle ascensionnelle de Faîne, Nous avons vu, en effets comment Ton peut monter de Vamoiu* du vrai et de la sincérité de Vesprit à Tamour du bien et à la droiture de la volonté, puis de ce deui^téme degré à Famour du beau et à la noblesse du cœur, enfin de ces trois amours à celui qui les résume tous^ l'amour de Tinfini. Ce dernier degré est la cime même de l'âme*

Toutefois ce n'est là qu'une ascension naturelle, c estrà^dire, prq)ortionnôe à la nature de riiommie.

« Je monte à IMnfini sans vous atteindre encore, Sans toucher le milieu de votre immensité t

Enveloppé de vous, Seigneur, je vous ignore : A peine ai-je entrevu réternelle beauté *. »

Or, Dieu, par un effet de son incommensurable amour, a voulu que Thonime pût s'élever au-dessus de sa nature, et faire de la cime dont nous parlons un marchepied et un nouveau point d'appui pour s'élancer plus haut. La grâce met, pour ainsi dire, des ailes à l'homme; par la foi, Tespérance et la charité, dont elle est le principe, elle fait entrer l'homme dans des régions que sa nature seule ne saurait atteindre et qui, tout en étant voilées pour ses faibles regards, lui laissent cependant entrevoir le soleil de plus près.

1. — Qu'est-ce donc que cette grâce surnaturelle, surajoutée à la nature et placée sur le seuil même de la vie chrétienne ?

Un très-grand nombre d'esprits, même cultivés, confondent le surnaturel avec le merveilleux ; et entraînés par cette confusion déplorable,

* M. V. de Laprade, Psaume de combat.

les uns, en repoussant le merveilleux, repoussent également le surnaturel, et les autres, en admettant le surnaturel, réclament du même coup le miracle, le miracle à Fétat continu comme le surnaturel, et ne se croient en union surnaturelle avec Dieu qu'autant qu'il se passe en eux des choses prétendues merveilleuses et miraculeuses. Les uns et les autres se trompent : car le miracle, soit qu'on le définisse un acte créateur renouvelé, soit qu'on Tenvisage comme un acte divin en dehors de Tordre commun, est une suspension du cours habituel des choses et, par cela même, une dérogation aux lois ordinaires de la nature. Or, le surnaturel proprement dit se concilie parfaitement avec le cours habituel des choses et avec les lois ordinaires qui régissent la nature ; il n'exige aucune suspension de ce cours ni aucune dérogation à ces lois; il s'établit dans les âmes et les perfectionne , sans les soustraire à l'influence des énergies naturelles; il apporte le divin, sans mettre l'humain en contradiction avec luimême ; il fait le chrétien , sans détruire l'homme ;

ait LA NATURE ET LA ORACK.

il ajoute à la Providence natureUe et ordinaire^ mais ne lui dérobe rieti.

Le surnaturel proprement dit, c'eut Dieo' vivant dans T homme et Thomme vivant en Dieu.

Pour bien comprendre tout le sens de ce» paroles, il faut considérer Dieu comme créateur et comme père« Comme créateur, Dieu se corn* munique à l'bomme dans une certaine mesure, mesure sui&sante pour queThomme soitnatu* rellement une image de Dieu. Comme père, Dieu se communique à r homme dans une me« sure supérieure, assez considérable pour que l'homme soit non*seulement Vimage, mais le fils de Dieu. Dans l'ordre de la nature et de la création. Dieu vit en lui-même et Thomme éga-^ lement en lui-même. Dieu au-dessus de l'homme pour le gouverner, l'homme au-dessous de Dieu pour lui obéir et se conformer à sa volonté créatrice. Dans l'ordre de la grâce et de la sanctification, Dieu, tout en étant au-dessus de l'homme, est dans Thomme, et l'homme, tout en étant au-dessous de Dieu , est en Dieu ; Dieu, non content de vivre en lui-même, Taî^e dé-

h\ NATURE ET hK ORACE. 116

border m propre vie jusque àam r&me de rbomtoe» et T homme, ainsi vivifié de la vie m6me de Dieu, entre avec lui dans des relations toutes filiales. **« Gomme créateur, Dieu ne se manifeste qu'indirectement, par l'intermédiaire de ses œuvres; et l'homme, comme créature humaine, n'aperçoit Dieu que dans les rayons échappés de sa lumière infinie, c'est*a-dire, dans les idées univenseUes et les lois nécessaires que r^ète le miroir de la ci'éation. Comme père. Dieu se manifeste directement, sans inter** médiaîre, face à face, cœur à cœur ; et l'homme, comme fils engendré de Dieu par la grâce, le connaît tel qu'il est en lui-même dans sa divine essence, le possède comme par un contact substantiel, jouit non-seulement de ses dons, mais de lui-même, et participe à sa propre vie et à. sa propre félicité.

Saint Pierre, en effet, nous enseigne que par la grâce u nous sommes associés à la nature divine, utper hcec efftciamini divinœ cfmsorles naturœ^. »

1 //* EpUve de saint Pierre, ci>, i, v, ^,

Saint Jean nous dit expressément a que maintenant nous sommes les fils de Dieu, que nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est, nunc filn Dei sumus,.. simiks eierimus^ quoniam videbimus eum siciiti est^. »

Saint Paul écrit aux Corinthiens : « Celui qui adhère au Seigneur, est un même esprit avec lui 2... L'œil n'a jamais vu, l'oreille n'a jamais entendu, le cœur n'a jamais senti ce que Dieu prépare à ceux qui l'aiment'. Dieu sera tout en tous *. »

C'est en ce sens qu'il est dit dans la sainte Écriture que nous sommes des dieux ^ ; que si nous vivons selon la grâce, ce n'est pas nous qui vivons, mais Jésus*Christ en nous^; et que, participant à la vie du Christ, nous devons jusqu'à' la fin garder innolablement en nous le

« /'• Epître de saint Jean, ch. tu, v. 2. > /*• EpUre aux CorinthienSy ch. vi, v. 17.

* lbtd,y ch. II, V. 9.

* Ibid,y ch. XV, V. 88.

s Psaume lxxxi, v. 6.

« Epttre de saint Paul aux Galafes, ch. ii, v. 20.

commencement'de sa substance, c'est-à-dire, le germe substantiel de vie divine déposé par lui dans nos âmes *.

Les docteurs de l'Église ne sont pas moins explicites sur ce point fondamental de la vie chrétienne. — Selon saint Jean Chrysostome, nous sommes par la grâce « consubstantiés h Dieu, consubstanliati sumus*, » — « Heureux, dit Origène, celui qui est engendré continuellement de Dieu. Je ne dis pas que le juâte est engendré une seule fois de Dieu, car il est engendré constamment dai^s chaque bonne action... Si le Sauveur est continuellement engendré par son Père, de la même manière, si vous avez l'esprit d'adoption, Dieu vous engendre continuellement à lui, à chaque action, à chaque pensée Vôt' étant ainsi engendrés, vous êtes continuellem[ènt engendrés fils de Dieu, en Jésus- Ghrist*. »>

Résumons cet enseignement par ces paroles

^ Epitre de saint Paul aux Hébreux j ch. iir, v. 14.

i Saint Jean Chrys., In Epist, ad Hœbr,^ c. iw^Hom» vi.

3 Origène, HomeL ix in Jerem.^ n. 4.

iiS LA NATURE ET LA ORAGE.

de Mgr Landriot : «Nous sommes ici aux sources mêmes de la piété, là où les racines de la foi baignent dans la vie divine. Etre chrétien, c est recevoir tous les jours la vie du Christ, c'est s'animer de son souffle, c'est devenir une même chose avec lui, c'est vérifier tous les jours ea soi cette parole de saint Paulin : Le Christ naît, croit et se fortiûe dans nos âmes ^ Il y a plus, Tftme est fécondée par le Verbe» elle est unie au Verbe par les liens les plus doux., les plus profondsi les plus intimes qui se murmurent dans les langues humaines : elle a ses entrailles où elle reçoit la vertu de Dieu, elle contracte avec lui cette union mystérieuse qui l'atteint dans ses fibres les plus secrètes et qui fait la gloire et le bonheur de éa vie. Puis elle devient mère du Christ & son tour, lorsque sa parole engendre Dieu dans les ânieso. Comment comprendre une doctrine qui peut paraître étrange à certaines âmes, comment la comprendre, sinon en admettant avec saint Grégoire que le Christ ne fait qu'une personne avec son église, avec les

• s. Paulin tiol y Epist. xxi r, n. 2*

LA NATURS KT LA ORACK. ii9

âmes justes, unapersona est? Voyeii donc les admirables résultats de ces principes: quand vous pratiquez la vertu, c'est le Christ qui naît en vous, nascitur Christus / * »

Telle est donc la véritable notion de U grâce et du surnaturel : vivre dans sa nature non seulement de sa propre vie, mais de la vie même de Dieu à l'exemple de Jésus^Christ et en union avec son esprit*

II. •— Or, n'est-ce là que Tilluslon de cerveaux malades , illusion , ridicule selon les uns, charmante selon les autres, que le bon sens et l'impitoyable science battent en brèche tous les jours de plus en plus? Non, la vie chrétienne ainsi expliquée n'est point une illusion ni une attaque à la raison. Pour fortifier sur ce point si grave et si essentiel les ftmes ébranlées par les assertions des incroyants , démontrons qu'aux yeux de la raison purement humaine le surnaturel est à la fois pos-

^ Mgr Landriot, le Christ de la Tradition^ ix* conférence, t, U, p. 170.

sible, logique et même moralement nécessaire.

D'abord, le surnaturel est possible. En eflfet, la création, étant une œuvre essentiellement limitée, n'implique de la part de Dieu qu'un amour limité; de sorte que, si l'on refuse à Dieu la possibilité de témoigner à l'homme un amour supérieur à celui qui éclate dans laci*éation, on nie par cela même l'amour infini de Dieu. Or, nier l'amour infini de Dieu, n'esirce pas nier son infinité elle-même? Et nier l'infinité de Dieu, n'est-ce pas nier son existence ? Évidemment. D'où il résulte que déclarer impossible le surnaturel, c'est affirmer logiquement; l'athéisme. ■

Ensuite, rien n*est plus logique et plus raisonnable que le surnaturel. Si le surnaturel contredisait le naturel, si la grâce attaquait la nature, si la vie divine en se communiquant à l'homme violentait sa vie humaine, on comprendrait que la raison repoussât le surnaturel. Mais le surnaturel, loin de contredire les lois de la nature, supplée à leur insuffisance. Loin de retrancher quoi que ce soit à l'âme humaine, il lui communique une nouvelle vi-

gueur et comme une nouvelle force de projection. Quiconque comprend la simple notion de l'addition, doit comprendre la notion du surnaturel. Si l'homme peut ajouter à la force naturelle de son œil matériel et par de simples verres prolonger sa vue physique jusque dans des espaces d'une immensité à peine calculable, pourquoi Dieu ne prolongerait-il pas également notre vue intellectuelle? Serait-ce parce que notre œil intellectuel serait moins avide que notre œil corporel, ou parce que Dieu serait dans l'ordre spirituel moins habile que nous dans Tordre matériel? Admettre de telles suppositions serait en diême temps blasphémer Dieu et outrager l'homme.

Eh quoil Dieu peut ajouter à l'activité du minéral cette autre activité qui s'appelle la vie végétative, et faire ainsi la plante ; Dieu peut ajouter à l'activité de la plante cette autre activité qui s'appelle la vie sensitive, et faire ainsi l'animal ; Dieu peut ajouter à l'activité de l'animal cette autre activité qui s'appelle la vie rationnelle, et faire ainsi l'homme; et Dieu ne pourrait pas ajouter à l'activité de Thomme

une vie plus haute ! Sevtùirce parce que la nature de rhomme est complète par elle-même et possède la plénitude de l'être? Assurément Doa Serait-ce parce que, tout en étant limitée, elle est un récipient fermé à tout ce qui lui est supérieur? Loin de là. Car plus un être s'tiÀve, plus il s'élargit par en haut, et sa capacité de recevoir s'augmente avec sa grandeur. Le 'minéral, à cause de son ioCériorité, n*est apte à recevoir que la vie la plus inférieure ; le végétal, plus élevé que le minéral, peut participer à la vie animale, mais son aptitude ne va pas plus loin; Tanimai, au contraire, ayant une capacité d'autant plus grande qu'il s'élève davantage au-dessus du végétal, devient dans l'homme lé récipient de la vie rationnelle. Donc, par la force des choses, en vertu de la loi progressive des êtres, l'âme de l'homme, à son tour, est capable de recevoir un principe de vie supérieure à la vie purement rationnelle, et elle aspire à ce principe de vie de toute l'énergie de sa grandeur et de sa dignité. C'est ainsi que la loi du progrès, cette loi que les demi^philosophes et les demi*savants invoquent contre le

surnatarel, l'appelle, l'explique et le jâstifieé Si les choses purement matérielles peuvent contenir en elles des choses purement spirituelles, n'est-il pas logique, raisonnable, conforme à la grandeur de la création, que ce9 choses spirituelles, telles que Fintelligence et 1a volonté, contiennent à leur tciur, suivant leur capacité, une lumière et un amour d'un ordre supérieur, la lumière et Famour de ÏMeu? ft Vous connaissez et goâte^ les art», dît Mgr Darboy $ par delà le» lignes savantes de lu sculpture, sous la magie du dessin et du coloris, à travers les mélodies les mieux inspirées* vous savez découvrir je ne sais quoi de grand et d'indéfini qui vous émeut et vous subjogue. C'est l'idéal qui vous apparaît et votm entraîne après lui; vous le poursuivez sans Jamais l'atteindre; mais il vous laisse voir, en fti^Mt, quelque vestige de sa gloire et comme on rayonnement de sa beauté, et telle est la vérité et la force de ce qu'il vous révèle, que sî vous en faites passer seulement un éclair dans vos œuvres, Thumanité les nomme sublimes et les salue par un frémissement d*adnrfratio«< Bti

i^U LA NATURE ET LA GRACE.

bien, d'une manière analogue, mais dans un ordre de choses bien plus élevé, c'est ainsi que le surnaturel nous parle et que la grâce nous visite et nous appelle. Tous, nous avons entendu quelquefois ce langage plein de mystère et de puissance, par exemple au jour de notre première communion, au milieu des revers et des larmes, à certaines heures que Dieu lui-même a choisies et rendues salutaires. Oui, il y a partout, dans les fêtes de la religion et dans les événements de ce monde, dans la nature matérielle et dans la conscience chrétienne, il nous arrive de partout aussi, d'en haut et d'en bas, du ciel et de la terre, une voix étrange qui parle de repos et de bonheur sur un mode plaintif et désolé, une voix douce et triste qui se mêle au bruit des ruines de cette vie et qui chante les espérances de notre immortel avenir ^ lointain écho de la patrie céleste, où nos aïeux nous ont devancés et nous attendent I victorieuse et sainte impression de la grâce rouvrant dans nos cœurs la blessure qu'y a faite la perte du paradis, et y réveillant cette faim et cette soif de la félicité et ces inconsolables sentiments de l'in-

LA NATURK ET LA ORAGK. l'^5

fini qui nous charment et nous tourmentent ^ » Quant aux hommes qui nient le monde surnaturel, sous prétexte qu ils ne le voient pas et que ne le voyant pas ils ne sauraient en admettre la possibilité, ne ressemblent-ils pas à ces enfants qui ne sont jamais sortis de leur hameau, qui n'ont jainais franchi le versant de leurs montagnes, et qui, au récit des voyageurs, se prennent à sourire de doute et de mépris, et soutiennent opiniâtrement qu'au-delà de leur horizon il n'y a plus que du vide? L'homme est ainsi fait, que ce qui lui est insaisissable lui semble vide. Celui qui par son intelligence élevée vit dans les réalités supérieures, ne saisit pas toujours les réalités inférieures, et les régions de la matière lui paraissent plus ou moins vides ; de même, celui qui par son intelligence abaissée ne vit que dans les réalités inférieures ou même dans les régions moyennes, ne saisit pas les réalités de Tordre supérieur, et il déclare vides et creuses toutes ces choses spirituelles et divines dont on lui raconte l'incom-

* Mgv Daiboy, Mandement peur h mréme f/c J805.

126 LA NA'i'UttE ET LA ORAi'.E.

préhensible beauté. C'est ce que dit saint Paul dans sa première Epître aux Corinthiens : K L'homme animal ne perçoit pas les choses qui sont de l'esprit de Dieu; c'est une folie pour lui et il n'y peut rien entendre, parce que c'est spirituellemenf qu'on les examine. Mais l'homme spirituel juge tout, et n'est 'lui-même jugé par personne'.»

Enfin, on se convaincra que le surnaturel est

rion-seulemeiit possible et conforme à la raison,

msis même moralement' 7iécessav'e, si l'on ré*

fléchit sérieusement sur cette îîidiscutaHe vé-^

rite, à savoir, que les êtres raisonnables ne

sauraient avoir d'autre fin derhïère que leui*

propre principe. En effet, tandis que l'animal

voit les phénomènes extérieurs au milieu des-

'qùéià ïl se meut ^t que les ayant vus îï passe

'outre, rhomrae, au contraire, les fixe, cherche

'à lés cohl'prendre; et ne s'arrête que loi;sque sa

raîs'ôh, de déductions en déductions, est arrivée

a saisir là causé qui les ià produits* C'est ce ti'à-

vaîl, cette pouréiiite de lA Cause daliâ ses'eflfets'i

» Cb. if,v. lû otl5.

La natûrk et La graciî: 127

qtii c<>n8titue la dignité de la raison' humaine. Mais si Ton réfléchit de liouveau sur toutes les causes que Ton a pu découvrir, on s'aperçoit bientôt qu'elles ne sont elles-mêmes que des effets i et de nouveau le besoin de creuser audessous d'dles, de chercher le principe sur lequel elles reposent, s'empare de nous, et nous li'avons de repos dans notre esprit que lorsque ce principe nous est à son tour apparu. Or, le principe des principes, la- cause des causes, la raison première de toutes les forces répandues flans la création, Fêtre qui n'a d'atitfe principe que lûi-mème et duquel dépendent tous les autres êtres, c'est Dieu. Voîlâ pourquoi notre nature réclame Dieu, et pourquoi nous' voulmis, sous peine de n'être pas satisfaits même dans nos exigeances pui*ement naturelles et purement humaines, vwr Dieu lui-même, Keu dans sa sagesse, Dieu dans son amour» Dieu dans sa puissance. Dieu dans sa vie, eh un mot. Dieu e nlui-mêmé et par conséquent Dieii dans sa nature et dans son essence. Mais iquî' ne voit que, pour atteindre l*infini en lui-même, et noiî pas seulement dans ses vestiges et ses

ombres, toute nature finie est par elle-même insuffisante? Donc pour satisfaire les plus nobles et conséquemment les plus impérieuses exigeances de notre nature, il nous faut dans notre nature quelque chose de plus grand qu elle, je ne sais quelle force surnaturelle et divine qui soit en proportion avec l'infini, qui nous le fasse atteindre et nous mette réellement face à face avec lui, sinon complètement sur la terre, du moins dans le ciel.

Sans cette force surnaturelle qu'on appelle la grâce, nous sommes condamnés à ne vivre que parmi les phénomènes contingents et les causes, secondes, à emprisonner notre raison dans le cercle étroit des êtres remplis de non-être, à faire taire notre cœur, lorsque, ému des bienfaits dont Dieu Ta comblé, il demande à voir véritablement et à posséder réellement ce Dieu si bon et si miséricordieux. Oui, sans cette force surnaturelle, nous languissons semblables à Philoctète, atteints d'une flèche empoisonnée, et souffrants d'une blessure toujours saignante; nous sentons en nous le besoin de l'infini et de l'éternel, et nous ne trouvons autour de nous.

que le fini et le transitoire. Qu est-ce que cette vie qui passe comme lo vent? Qu'est-ce que cette existence bornée par deux tombeaux, qui, à peifle commencée dans le sein de notre mère, s'en va finir dans le sein de la terre? Tout n'est-il pas vanité en ce monde, depuis cette gloire mensongère qui trahit le lendemain ceux qu'elle a couronnés la veille jusqu'à cette puissance toujours impuissante à réaliser nos désirs? Toute chose créée est superficielle et éphémère, et cela suffit pour miner toutes les idées d'infinité et de stabilité qui forment le fonds même de notre nature.

Que voyons-nous dans les choses finies? Des ressemblances de Dieu plus inexactes qu'exactes, mais nullement Dieu lui-même. Elles nous le cachent plus encore qu elles ne nous le révèlent; elles ne sont pas sa face, mais son masque. Ne pouvons-nous donc chercher Dieu que dans ce qui n'est pas lui, et ne se donne-til à nous que dans ce qui ne peut pas nous le donner ? Eh quoi ! tout nous le promet, et tout nous le refuse. Partout des formes fugitives et changeantes qui ne contiennent que sa décevante

idO h\ NATURE ET LA GRACE.

image : mais lui, lui« ou eAt-il? Héiaâ ! daus la nature créée, nous ne nous promenons que parmi de vaines a|>parence8 de Dieu ; vide de luit elle n'est pleine que de ses fantèmes. Et noos» moine heureux que les créatures déraisonnables qui Q*ont pas le sentiment de leur infériorité, nous serions éteiDellement séparés de Celui que, nous nô pouvons nous empêcher de toujours poursuivre I En vérité, s'il en était ainm« que seraient sa sagesse, sa puissance, et surtout Bon amour ? Les âmes les plus ensevelies dans la matière le comprennent ellesmêmes, et avec leur poëte elles font cette prière :

« Brise cette voûte profonde Qui couvre la création ; Soulève les voiles du monde Et montre- toi, Dieu juste et bon ^ »

m. — DlB ce qui précède découlent plusieurs conséquences très-graves dans la vie pratique.

1 A . de Musftot, l'Exfmr en Dieu,

tA NATURE KT L\ GRACR, 131

D* abord, il est manifeste que tout homme qui repousse le surnaturel blesse en même temps la raison, condamne la nature humaine à demeurer incomplète et l'âme à vivre froidement loin de Dieu. «Qu'est-ce que Dieu, dit Mgr Darboy, pour le monde qui n'écoute que k nature viciée et non soutenue par la grâce? Ce monde ignore, oublie ou méconnaît Dieu. •Ce n'est pas un athéisme positif, ni un sys** tëme réfléchi; non, c^est un état purement négatif des esprits qui n'ont pas le loisir de songer au Créateur, tant ils sont occupés de la créa-* ture. Au milieu des sciences, des théories et des sollicitudes terrestres qui les envahissent et les absorbent, la notion de Dieu s'éclipse comme un soleil voilé par des nuages, et ils tiennent pour absent des affaires humaines ce que leur œil ne sait plus y apercevoir. Parcourez la plupart des sphères où s'exerce leur activité, la philosophie, la littérature, les arts, l'industrie, la vie domestique et sociale ; vous serez étonnés de la place insignifiante qu'ils y font à

Dieu.

« Les uns l'amènent au bout .de leur philoso-

133 LA ^ATTBE ET L.\ GKACC.

phie comoie une nécessité métaphysique qui lui sert de cooroonooDent el de décoration, mais non comme on être vivant et personnel qui nous a créés, qui nous gouverne et nous jugera. D'autres le font intervenir dans leurs œuvres littéraires et artistiques comme un motif grandiose et solennel, vague expression d'une puissance incommensurable, d'une majesté qui impose à l'âme et d'un mystère qui porte à rêver. Combien sont différentes les pensées que l'Évangile inspire aux chrétiens touchés de la grâce ! Pour eux Dieu n'est pas une force reléguée au fond d'une soU taire et silencieuse éteroité, ni un créateur dédaignant de gouverner cet univers qu'il n'a pas dédaigné de produire; oh! non, c'est un père, le meilleur des pères, qui veille tendrement sur ses fils et ne reste étranger à rien de ce qui leur importe. Aussi est-il sans cesse présent à leur esprit et surtout à leur cœur; ils le reconnaissent et l'adorent dans tous les événements : au milieu des prospérités privées et publiques, ils s'inclinent avec amour et gratitude sous la douceur de ses bienfaits ; si, au contraire, il les frappe et fait couler leurs

larmes, ils se retournent pour baiser d*unelëvre soumise sa main paternelle, qui guérit quand elle blesse et qui sauve en corrigeant. Tel est le chrétien dirigé et soutenu par la grâce *. »

£n face de cette école du naturalisme exclusif, se tient, à l'extrémité opposée, Técole non moins erronée et non moins dangereuse du surnaturalisme exagéré, qui nie pratiquement la nature comme la première nie spécnlativement , la grâce.

Le surnaturalisme exagéré est dangereux, parce qu'il mène précisément à la destruction du surnaturel, u Nous sommes tous, dit le P. Faber, eri danger de perdre le surnaturel, en nous en servant tout d'abord pour détruire le naturel*. » Rien n'est plus vrai, parce que les extrêmes se touchent et que les erreurs s'appellent. D'après l'expérience de tous les jours, nier la nature ou la traiter comme si elle n'existait pas, c'est rendre la grâce illusoire, se livrer à une piété factice et parer son âme de vertus

* Mgr Darboj', Mandement pour ie carême de I8G5,

2 Le P. Faber. Conférences^ p. 02. .

qui ne aoDt que des fleurs artiflcieUes. Mépriser l'œuvre du Créateur n'est point honorer celle du Aédempteur; le Dieu qui nous a rachetés est celui-là même qui nous a créés ; et comment recevoir avec respect la grâce qu'il nous donne d'une main, lorsqu'on repousse, sinon avec dédain, du moins avec indifférence, la nature qu'il ilous donne de l'autre ? u Tout manquement au vrai, au juste, à l'honnête, écrivait saint Jérôme, est une attaque au Christ, une négation, une trahison du Christ »

Aussi Mgr Landriot a^^t-U dit avec une parfaite justesse : « Le vrai christianisme est rare. Il est facile de prendre les choses à la superficie, de se charger de quelques pratiques extérieures, de prendre des airs tout confits en piété, et de laisser échapper de ces paroles qui semblent dénoter une grande ardeur de dévotion ; mais le difficile , c'est la pratique de la vertu sérieuse, constante, journaliéi*e ; c'est le respect de toutes les. vertus de l'ordre naturel, de la justice, de la probité, de la délicatesse, de la loyauté, de la vérité ; c'est la réforme de son être tout entier d'après la magnifique figure du

Christ*.» Chose étrange, en effet I le^ personnes qui, sous prétexte de glorifier laigcâce^ méprisent la nature et en violent les droijiSvâont «ouvent celles qui en vident aussi lé plus fiicUer ment les devoirs.

Fuyons donc avec le plus grand soin ces cxar gérations dangereuses, et, îpour nous y aider, persuadons-nous dans le plus profond de notre esprit que la grâce ne détruit pas la nature, que Dieu n'a nullement besoin de nous dépouiller pour nous enrichir, et que la sanctification vé-^ ritable n'est point une mutilation, mais une addition de la vie divine à la vie humaine.

Non, la grâce ne détruit pas la nature. Si dans la plante la vie végétative, loin de détruire l'activité physique et chimique de la substance matérielle, . la présuppose; si dans l'animal la vie sensitive, loin de détruire soit la vie végétative soit l'activité physique et chimique, les présuppose; si dans l'homme la vie rationnelle ne détruit ni la vie sensitive, ni la vie végétative, ni Vactivité purement moléculaire, mais

1 MgrLandriot, Le Christ de la tradition^ vii« conférence.

présuppose et exige toutes ces énergies, pourquoi dans le chrétien la grâce, qui est une participation plus parfaite du Dieu qui a créé les atomes, les plantes, les animaux et les hommes, détruirait-elle les forces de la nature soit spirituelle soit corporelle? Pourquoi toutes les analogies et toutes les harmonies qui forment la beauté des ordres naturels, disparaltraient-elles et cesseraient-elles d'être vraies, dès quil s'agit de la grâce? Non, la grâce ne détruit pas la na* ture, mais elle la présuppose et la perfectionne.

Tel est l'enseignement de saint Thomas, et cet enseignement repose sur celui de Jésus- Christ et des apôtres.

« Tout est pur*, dit saint Paul. — Tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu*. — Tout m'est permis, quoique tout ne soit pas expédient*. — L'homme spirituel juge tout*. —

* Epitre aux Romains^ ch. xiv, v. 20.

a Ibid.t ch, viir, v. 28.

^ /'• Épîtrê aux CoHnthîen^y cîi. vi, v. 1?. 4 Ihid.^ cil. ir, v. 15.

Tout est à vous; vous êtes au Christ, et le Christ à Dieu*. — Je me suis fait tout à tous^ — Faites tout pour la gloire de Dieu, quoi que vous fassiez'. — C'est un seul et même esprit qui opère tout *. — Voilà que tout est devenu nouveau *. — Mettez tout à l'épreuve^. — Dieu s'est proposé de restaurer dans le Christ tout ce qui est au ciel et sur la terre ''. — Tout est pur pour ceux qui sont purs ®. — Tout est placé sous ses pieds. C'est pour lui et par lui que tout a été fait *. — Voilà, dit Dieu à saint Jean, que je renouvelle tout *<^. »

Ces textes montrent suffisamment que dans le christianisme vrai il n'y a point d'exclusivisme; que rien n'y est retranché, mais tout

1 y* Epitre de saint Paul aux C'trinthienSj cb. in, v. 22.

2 Ibtd ,ch. IX, V. 22.

5 Ibid , ch. X, V. 31.

A Mirf., ch. XII, V. 11 •

» //* Epitre aux Corinthiens, ch, v, v. 17.

c /" Epitre aux Thessaloniciens, ch. v, v . 2 1

' Epitre aux Ephésiens, ch. i, v. 10.

8 Epitre à Tite, ch. i, v. 13.

^ Epitre aux Hébreux^ ch. ii, v. 8, 10.

i« Apocalypse^ ch. xxi, v 5.

transformé et sanctifié; par conséquent, que pour les véritables disciples de Jésus -Christ rien n'est profane de ce qui est naturel, s'ils savent le sanctifier par l'amour de Dieu. Dès lors ce n'est point comprendre le christianisme que de faire deux portions dans sa vie et de les opposer l'une à l'autre : l'une sainte et l'autre mondaine, le temps réservé à Dieu et le teoips réservé au monde, l'argent consacré à Dieu et l'argent consacré au monde, les prières et les affaires, la dévotion et les plaisirs. La vie chrétienne est une, et elle est sainte dans son unité : « C'est un seul et même esprit qui opère tout, i» dit saint Paul.

Cependant les contempteurs de Tordre naturel prétendent s'appuyer sur saint Paul, lors • qu'il a dit : « Je ne veux savoir au milieu de vous que Jésus et Jésus crucifié *. »

La meilleure réponse qu'on puisse leur faire est celle de Mgr Landriot : « 11 est, dit-il, un texte de saint Paul dont on a prodigieusement abusé et qu'on a pris souvent dans un véritable

* /" Epfb'e nux Corinthiens^ ch. ir, y. 2 .

LA NATURE ET LA ailAGR. 139

çontre-seiis, pour lui faire signifier presque le conUaire de la vérité. On dirait que là encore 5* est vérifiéç la prophétie de saint Pierre, annonçant qu'on abuserait des paroles de Y ApOtr^ des gentils* Combien d'auteurs, de prédica^ teurs peut-être, se sont servis de ce texte pour établir un enseignement de choses obscures, petites « grossières, puériles, insensées, sous prétexte de ne prêcher que Jésus crucifié; ceis expressions ne sont pas de moi; je traduis l'Ange de l'école : Rudia^ superficialia^ pueri-lia^ inutilm et stulta *. Or, c'est précisément le contraire qui résulte de la pensée de saint Paul. Pourquoi l'Apôtre ne voulait-il savoir parmi les Corinthiens que Jésus, et Jésus crucifié*? C'est parce qu'ils étaient des enfants et qu'ils ne pouvaient supporter que du lait pour nourriture; et n'est-ce pas le reproche que leur fait saint Paul quelques lignes plus bas : « Je n'ai pu vous parler comme à des personnes spirituelles,

* s. Thom.d*AquiD, in Epist, I ad Cor.,c. xiv, lect. iv.

* Voir d'autres raisons expliquées dans notre InstrucUon pastorale sur là Folie de la Croix, 1. 1 de nos Œuvres.

140 LA XATURE ET LA GR-VGE.

mais plutôt comme à des personnes charnelles. Je vous ai donné du lait comme à de petits enfants, et non pas de ]a nourriture. Vous n'auriez pu la porter : vous ne le pourriez pas encore , car vous êtes encore charnels *. » Ainsi Ton a parfois présenté comme type de la prédication et comme modèle de l'enseignement ce que l'Apôtre considérait comme une concession faite à des infirmes, et nécessitée par un état d'enfance qui, dans TEpître aux Hébreux, excitait son indignation, observa Paulum indignantem. d L'erreur d'interprétation que nous combattons en ce moment étant assez répandue, il est nécessaire d'appuyer notre commentaire sur de graves et nombreuses autorités. « Comme l'Apôtre, dit saint Augustin, s'adressait à des hommes charnels, grossiers, plongés dans l'enfance, camalibtis^ animalibtis^ parvulis^ il ne parle pas du Verbe en tant qu'égal à son Père, mais seulement des humaines faiblesses du Verbe incarné; aussi il s'écrie : o Je n'ai voulu savoir au milieu de vous que Jésus, et Jésus

* /" Epifrp aux Corinihims, cli. iir, v. 1-2.

crucifié... » Et, plus bas : « Je n'ai pu vous parler comme à des personnes spirituelles, car vous êtes encore charnels*... » — u A ceux qu'il savait incapables de s'élever, dit Origène, l'Apôtre écrivait : Je ne veux savoir au milieu de vous que Jésus, et Jésus crucifié. A ces esprits grossiers il ne prêchait pas le Christ comme sagesse de Dieu , car ils n'auraient pu comprendre la doctrine ainsi expliquée; ils n'entendaient que la doctrine de la croix. Mais aux parfliits l'Apôtre prêchait le Christ, comme Sagesse éternelle du Père*. » — « Considérons, dit saint Grégoire le Grand, le vol sublime de cet aigle élevé jusqu'au troisième ciel, et qui se plaint de ne découvrir les choses qu'à travers un miroir. Cependant il ne pouvait, à cause de leur faiblesse, verser dans l'âme de ses auditeurs ce qu'il voyait en énigme... Ces mystères sont élevés même pour le docteur, mais inintelligibles au vulgaire des auditeurs. Et, quand

* s. Aiig. , c?e J/'m^Y. , lib. I, n. 3.

* In Exod.^ hom. xn, n. h ; t. Il, p. 380. — Saint Amhroise donne le môme seiis (m Psalm. XLVff, n- 2i et 25, p. 115-1 106).

1Û2 LA NATURE ET LA OftACE.

les prédicateurs voient que les âmes qui les écoutent ne comprennent pas les discours sur la Divinité, ils se bornent à expliquer les mystèi'es de l'Incarnation. L'aigle se nourrit avec la contemplation de la nature divine ; mais les auditeurs, ne pouvant saisir ces mystères profonds, s'abreuvent du sang qui coule des plaies du Sauveur ^t vénèrent ses glorieuses infirmités. Aussi l'Apôtre, qui avait été élevé au troisième ciel, disait : Je ne veux savoir au milieu de vous que Jésus crucifié ; comme si cet aigle leur disait : Ma nourriture, c*est la vision de lapuissance divine que je contemple de loin ; mais à vous, qui êtes de petits enfants, je donne seulement à boii*e le sang précieux de son humanité sainte *. » « L'Apôtre, dit Corneille de la Pierre, donne la raison pour laquelle il ne prêche pas la Sagesse parmi les Corinthiens ; il s'en justifie, il en rejette la faute sur eux : c'est qu'ils étaient charnels et enfants, et qu'on ne pouvait les nourrir qu'avec du lait, c'est-à-dire, avec la facile et simple doctrine de l'humanité du Christ. H ap-

* Moral, 1. XXXI, c. li-lh.

pelle, au contraire, nourriture solide la doctrine forte et parfaite sur les mystères élevés, sur la nature divine*. »

v ((.Nous ne croyons pas qu'après des paroles aussi formellesi aussi décisives» il puisse y avoir ^rit doute raisonnable sur le sens de saiot Paul* Nous tenons à Téclaircir, parce que cette rectification a une importance souvemine pour la doctrine que nous dévdoppons \ »

Gela posé, nous pouvons donc conclure que GOépriser la nature et mépriser la grâce sont deux erreurs antichrétiennes ; que la nature et la grâce, loin de se combattre, s'appellent et s'harmonisent, la nature en préparant la grâce et la grâce en divinisant la nature. Sans doute cette divinisation de la nature par la grâce ne SB fait sur la terre que d'une manière initiale et à peine consciente ; mais le fruit le plus savoureux, là fleur la plus éclatante, ne sont-ils pas tout d'abord un germe obscur qu'il faut enfouir dans la terre? Hommes de peu de foi, affermis-

* In Ep. I ad Cor., c. m, v. 1.

2 Mgr Landriot, Le Christ de la tradition, vu* conférence, § 5.

ihU LA XATL'RE ET LA GRACE.

sons donc nos espérances : nous germons aujourd'hui dans le sillon, demain nous fleurirons dans le ciel.

Regardons le charbon de terre : oublions les étranges analogies de sa substance avec celle du diamant; considérons*le seulement dans son état inférieur. Qu'est-ce donc que cette pierre noire et sale? C'est la force même du solelL c'est sa chaleur, sa puissance accumulée dans une matière infime, pour nous éclairer, nous donner des forces mille fois plus grandes que celles de tous les hommes, et nous aider à transformer le globe. N'est-ce pas là l'image du chrétien sur la terre? Ces dons merveilleux du soleil, comme le remarque le P. Gratry, ne sont-ils pas le symbole des dons surnaturels de Dieu, des forces divines de foi, de lumière, de mouvement, de liberté, d'élan, que l'éternel soleil de Dieu . dépose au fond des âmes et surajoute aux faibles forces de la nature hu*maine * ?

Regardons encore le fer, ce métal sans éclat

* Le p. Gratry. Crise de ta fui^ V* conférence, p. 33-S3.

quij lorsqu'il est pénétré par le feu, devient ardent et brûlant comme lui, sans cependant perdre sa nature : n est-ce pas là encore l'image de notre âme, qui, lorsqu'elle sera toute péné trée de Dieu et toute embrasée de sa substance, brillera de la lumière même de Dieu, brûlera de son amour et vivra de sa vie, sans cesser pour cela d'être elle-même et sans rien perdi*e de sa personnalité ?

« Vivo autem^jam no)i ego^ vivit vero in me Christus^ quod autem nunc vivo in carne^ in fide vivo Filii Dei^ qui dilexit me et tradidit semetipsum pro me* Je vis, ou plutôt ce n'est pas moi, c'est le Christ qui vit en moi; c'est-àdire que, tout en vivant maintenant dans la chair, je vis aussi dans la foi du Fils de Dieu, qui m'a aimé et s'est livré pour moi *. »

' Epitre de saint Paul aux Gafafcs, cli. ii, v. ro.

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