CHAPITRE VllI
Les mjatères de la fol.
La foi, étant une lumière obscure, emporte avec elle la notion du mystère; et comme cette notion. est généralement mal comprise en matière de religion, il importe de Téclaircir.
Lorsqu'on lit la sainte Ecriture, on constate souvent que Dieu a pour le demi^jour une prédilection singulière. S'il entre en commerce sensible avec l'homme, c'est, en effet, pour se montrer à lui sous un voile qui le cache etî le révélant. Ainsi, lorsque les Hébreux traversent le désert. Dieu les conduit par une nuée, obscure le jour et lumineuse la nuit **
* Exode, ch. xiii. v, 21 .
i08 LES MYSTÈRES DE L\ POt.
Lorsque Moïse gravit le Sinaï, Dieu lui apparaît dans l'obscurité d'une nuée^jam nunc veniam ad te in caligine nubis '. Job ne l'entend que du sein d'un nuage semblable à un tourbillon ^ D'après saint Jean delà Croix, la conduite de Gédéon, ckns ta guerre qu'il fait aux Madianites» nous donne le même enseignement : car les lampes allumées qu'il renferme dans des vases de terre et qui ne manifestent leur lumière à ses soldats que lorsque les vÂses sont brisés, représentent Dieu , la vâtlté roètue* iâ himidre par eftieoee^ hiiâiôre qui osl cachée & Ms yeiix â«inè te Viise de la foi pm* dant le combat de noire vie teri^^tre» màs qui resplendira^ lorsqM ce vMe sacré sera, em»ttie notre corps, brieé par ta va&tïs M qoe.iKH» paintirotis face à ftkce detMt Dieu '. Ph» tard, lorsque 8alomon a termiiié le lediple ée ^^« salem, Dieu y descend àdsm an nuage (fak est comme sa gloire, et ce nuage reiB{^ tettemenf le lem[de que tes ministres de i'amri ne peuvent
' EJtode, tli XIX, V. 9.
' Job, cil. XXXVI, V. 1 ; cil. XL^ V. 1.
* Les Juges ^ cil, vir, v. tC.
LES MYSTKREâ DE L.V FOI. 199
y rester K De ces faits et de tant cV autres analogues qu'il est inutile d'énumérer ici, nous pouvons conclure que Dieu sûme à traiter avec nous dans robscurité.
QueUe que soit notre avidité de lumière et d*évîdence, gardons-nous de murmurer contre cette conduite de Dieu : tout ce que Dieu fait est bien fait* Ne repoussons pas Tobscurîté dont il s'ettvetoppe soît dans ses paroles soit dans ses actes î cav ^obscurité du côté de Dieu vaut bien la lutnière du côté des hommes. Ce qui est de riîmnme peut commencer datis la lumière, mais finit datis les ténèbres et le doute ; tandis que ce qui est de Dieu commence dans Tobscu- Hté et finit dans la ct^rtitude.
Pour nous en convaincre sérfeusement, voyons conmieni le mystère est rationna dans sa notion, utile et même charmant dans son obscu* rite.
L — D'abord) la no4io»da mystèieea géùétàî
* ///* Litre dct Rots, ch vjir, v. 10 et îl.
et du mystère religieux en particulier, est parfaitement rationnelle.
C'est un principe du sens commun, qu'il ne faut pas abandonner les vérités certaines et démontrées, à cause des obscurités qu'elles renferment, pas plus qu'il ne faut nier l'existence d'une chaîne dont on tient les deux anneaux extrêmes, sous prétexte qu'on ne voit pas les anneaux intermédiaires. Le câble qui relie l'ancien monde au nouveau est invisible à nos yeux, et cependant il existe, il parle : il en est de même de la foi, ce câble invisible qui relie la terre avec le ciel, par lequel Dieu parle à l'homme et l'homme à Dieu, quelque agités que soient les flots de nos passions.
Ce qui nous trompe, c'est la confusion que nous faisons des mots concevoir et comprendre. Concevoir une chose, c'est en avoir une idée suffisante pour la distinguer des autres choses. Comprendre une chose, c'est non-seulement la distinguer des autres, mais la pénétrer de part en part et en avoir une idée parfaite.
D'où il résulte qu'il y a des choses que* nous pouvons non-seulement concevoir, mais com-
LSa MYSTÈRES DE LA FOI. 201
prendre ; d'autres, que nous ne pouvons pas comprendre, mais seulement concevoir; d'autres enfin, que nous ne pouvons ni concevoir ni comprendre.
Premièrement, les choses que nous pouvons non-seulement concevoir, mais comprendre, sont celles qui sont pour nous évidentes, c'est-àdire, celles qui ne sont ni contre notre intelligence ni au-dessus d'elle, mais qui lui sont égales et qui en réalité sont saisies par elle.
Deuxièmement, celles que nous pouvons seulement concevoir, sans pouvoir les comprendre, sont celles dont nous pouvons nous faire une notion, mais une notion incomplète. Elles ne sont pas contraires à notre raison, puisque nous pouvons les concevoir et nous en faire une notion ; mais elles ne sont pas non plus simplement égales à notre intelligence, puisque notre intelligence ne peut pas les égaler ou les comprendre. Elles sont donc au-dessus de notre intelligence : ce sont des vérités réelles, mais obscures.
Troisièmement enfin , celles que nous ne pouvons ni comprendie ni même concevoir, sont
celles dont nous ne pouvons nous faire absolument aucune notion , et qui répugnent tout à fait à notre bon sens.
Les premières se nomment vérités évidenies;
Les deuxièmes, vérités obscures ou ntjfsières ;
Les troisièmes, contradicliam et absurdiiés*
(le qu'on est convenu d'appeler mystère, en tout ordre de choses, diffère donc essmtiellement de la contradiction , puisque la conti-adictien est contre la raison , tandis que le inysière n'est (\\x aii-dessm de la raison. La contradiction est une erreur» et ne saurait être un mystèi*e% Le mystère est une vérité, non une vérité évi^ dente à nos faibles yeux, mais une véi'ité réelle : c'est un soleil qui existe, mais qui n'est pas en* core levé à notre horizon.
Même dans l'ordre scientifique, dans l'ordre des choses créées et finies, les vérités évidentes sont rares, tandis que les vérités obacui'es ou mystérieuses fondent. Qu'est-ce que cesastres qui scintillent sur nos tètes? cette mer avec le monde qu'elle recèle, ce bizarre élément où le règne animal fleurit et où le règne végétal ne fleurit pas? celle terre, cet amas de grains de
sable, que nous foulans aux pieds? Qa*est*efi que nousrmêmesi oe corps, cette ûme, oette pensée, cet amour» cette vie? Qu'est-ce que toutes eea eboaca? Nous les eoacevonB« mais nous ne les comprenons pas.
« Le dernier mot do la science, a^t^'On dit , Gsn le mystère S n-^ « l^ea espriti^ philosophiques savent que derriète les découvertes les mieux étaUUosi tea plus iolide«âe la «eieiH^ç, m dresse encore Tinconnu. Le demi^savant montre orgueilleusement le trésor de $ea observations ; le vrai savait se trouve toujorns pauvre au milieu de toutes ses richesses* Newton, qui formula la loi de rattraction universelle, laissait planer un doute sur rattraction^ Quand on arrive sur les sommets les plus élevés de la science, on découvre de nouveaux et tot^ours plus vastes hori* 2ons, dont on ne peut pénéti*cr les lointaines profondeurs#«. La science pose des équations où il reste toujours une inconnue h » Oui , au fond.
' Speiicen
* M. Lftttgi'l, Bévue des Deux-Mondes, Î5 février 18C/i, p. OM, 9AC.
tout est mystère en nous et autour de nous. Quiconque le nie est un aveugle ou un homme qui ferme volontairement les yeux.
Or, si le créé, si le fini est rempli de mystères pour nous, comment Tlncréé, Tlnfini n'en serait-il pas rempli? Il suffit d'avoir le sens commun pour avouer que nous ne voyons Dieu quà demi sur la terre, que nous passons devant lui comme la terre devant le soleil , et que, pendant qu'il éclaire une face de notre âme, l'autre moitié reste dans l'obscurité.
Donc, dès que nous entrons dans la sphère religieuse, dès que nous nous mettons en rapport avec Dieu , il est naturel que nous trouvions plus qu'aiileurs le mystère. Eh quoi I nous n'avons en nous qu'une infime participation de la raison, et nous voudrions tout comprendre, comme si nous étions la raison même ! a Dieu , a dit un philosophe, nous est à la fois une énigme impénétrable et le mot le plus clair encore que nous puisions trouver à toutes les énigmes. Êtres bornés que nous sommes, nous ne comprenons rien à ce qui est sans limites , et nous ne pouvons rien expliquer sans cela même qui est sans
limites.. Par l'être que nous possédons , nous avons quelque idée de Têtre infini de Dieu ; par le néant qui est en nous , nous nous perdons dans Têtre de Dieu; et ainsi toujours forcés de recourir à lui pour expliquer quelque chose, et toujours rejetés en nous-mêines sous le poids de son infinitude, nous éprouvons en même temps pour ce Dieu qui nous élève et qui nous accable un sentiment d'attrait irrésistible et de terreur insurmontable *. >»
Mais, si le mystère augmente, dès que nous approchons Dieu, il doit augmenter d'autant plus que nous cherchons à l'approcher de plus près dans les conditions nécessairement ingrates de cette vie terrestre, de ' même que nos yeux sont d'autant plus éblouis qu'ils fixent plus directement et plus immédiatement le foyer de la lumière. — Voilà pourquoi la religion naturelle, qui ne peut logiquement considérer Dieu que comme créateur et comme gouverneur, mais non réellement comme Père, et qui par conséquent se tient à une distance incommensurable
^ Coupla t du Vrai, du Beau, du Bien /^piiiime leçon.
de Dieu, contient beaucoup moins de mystères que la religion surnaturelle, laquelle, en considérant vraiment Dieu comme Père, se tient à une distance beaucoup moins considéraUc, Mais si la religion naturelle contient moins de mystères, elle ne contient pas* pour cela, plus de vérités ; tandis que, si la religion sumaturelle contient plus de mystères, elle contient aussi plus de vérités, — Voilà également p(Hirqtt<H il y avait moins de mystères dans la i^eligion judaïque qu'il n'y en a dans la rdigion chrétienne : celle-là était dans le loiatain; celle-ci, en spiritualisant et en universalisant ceUe*là, s'est rapprochée du Père céleste.
Le nombre et la profondeur des mystères du cbristianismet loin de combattre ccmtre lui, combattent, au contraire, pour lui, puisque ce sont des témoignages certains de sa proximité avec Dieu.
Dès lors, quiconque voudrait, en les ixîjeUint, faire acte de bon sens, devrait, non pas s'appuyer sur leur nombre ou sur leur obscurité, mais prouver que ce sont des contradictions iormelles, des propositions qui ne sont pas seu-
LES MYSTÈnES DE LA FOf. 207
lement incompréhensibles , mais inconcevables, el qui, loin d*6tre simplement au-dessus de hi raison» sont manifestement contre la raisont
Or, nous cbréUens, noua prétendons que^ si plusieurs des explkaUons théologiques données par certaines écoles semblent répugner à la raison, aucune des vérités réellement contenues dans le dépôt de la révélation divine n'est contraire ni h la saine philosophie ni à k science la plus exacte» De fait» tout ce que les incroyants ont renversé n'est que l'explication d^ hommes^ mais non la vraie parole de Dieu, Or^ qui a te droit de confondre les fausses explications de la foi avec la foi elle-même, et de faire partager à, celle-ci le sort de celles-là?
Sans entrer ici dans l'examen détaillé de tous les mystères du christianisme, qu il nous suflise de constater combien leur acceptation est rationnelle*
Tout incroyant, avant d*incliner sa raison et de faire un acte de foi cbrétienl;^f a le droit d'exiger, d'abord, la démonsU'ation que Dieu a réellement fait une révélation, ensuite, la démonstration que les vérités proposées à sa foi
font réellement partie de cette révélation divine. 11 peut être exigeant à son gré sur cette double démonstration ; mais,* dès qu elle est établie, ne fait-il pas acte de haute raison en croyant ces vérités, alors même qu'il ne les comprend pas ? et, au contraire, ne ferait-il pas acte de haute déraison, en les rejetant ?
Que diiait-on d'un homme qui, sous prétexte que son œil est une chambre obscure, soutiendrait que cet œil ne saurait lui dépeindre les objets et que par conséquent il le trompe? Or, n'en est-il pas de même de celui qui soutient que la foi, par cela même qu'elle est obscure, est erronée et trompeuse?
Que dirait-on d'un homme qui s'obstinerait à croire que les étoiles du firmament ne sont que ce qu'elles nous apparaissent, des points à peine perceptibles? Or, n'en est-il pas de même de celui qui s'obstine à penser que les dogmes, ces étoiles immenses, ces mondes à peine allumés, ne son^ en eux-mêmes que ce qu'ils nous apparaissent présentement?
Que dirait-on d'un homme qui, n'ayant jamais vu que des ovaires, nierait qu'il y eût des fleurs
et des fruits, sous prétexte que dans les ovaires il n'y a ni les brillantes couleurs ni les douces saveurs dont on lui parle? Or, n'en est-il pas de même de celui (jui nie les beautés et les délices de la foi, sous prétexte qu'elle n'est ici-bas qu'un germe obscur et qu'un commencement de substance, initium subslaniiœ ejus?
Que dirait-on d'un homme qui se laisserait mourir de faim, parce qu'il n'a pas encore résolu le problème de la digestion? Or, n'en est-il pas de même de celui qui . refuse à son âme le pain de la vérité surnaturelle, parce que la foi qui nous assimile ce pain lui paraît incompréhensible?
Un jour Jésus fit monter ses disciples dans une barque pour qu'ils le précédassent sur l'autre bofd, tandis qu'il renverrait le peuple. Et ayant renvoyé le peuple, il monta seul sur la montagne pour prier; et, le soir étant venu, il était là, seul. Cependant la barque était agitée par les flots au milieu de la mer ; car le vent était contraire. Et à la quatrième veille de la nuit, il vint à eux marchant sur la mer. Et le voyant marcher sur la mer, ils se troublèrent et dirent :
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C'est un fantôme ; et ils poussèrent des cxis de frayeur* Jésus ausaUût leur paila» disant : Avec confiance, c'est moi, ne craignez point S — Tels sont les mystères enseignés pai* Jésus : comme lui, ils nous semblent des fantômes, errant dans la nuit sur les flots de ce monde ; maôs ayons confiance, ce sont des réalités, la réalité même de Jésus.
II* «-* Le mystère chrétien n'est pas seule* ment rationnel dans sa notion, il est encore utile et môme charmant dans scm ^seurité.
L'homme, étant essentieltement faible aoki dans son corps soit dans son âme, ne |)eut ri«in supporter d'excessif. U souffm autant du trop que du trop peu t ti'op de ii*oid le paralyse, tr(q> de chaleur TamoUit, irc^ de lumière Téblotiit, trop de joie V^toufle, trop de douleur Fabat, trop d*émotion l'use, trop d'insenstblliié le dénature.
Il nous faut donc quelque chose de tempéré, aussi bien pour la vie Intellectuelle que pour la
* Evan^iie selon saint MaOneu, cb. xiv, î 22*28.
vie sensUlv^ et pour la vie végétaiive. De même que les yeux de noire corps ont besoin de la nuit pour se reposer des fatigues que leur a imposées Téclat du jour; ainsi les yeux de notre âme ont besoin d'une alternative de jour et de nuit, d'une lumière diurne plus vive et d'une lumière nocturne plus adoucie. La premièrei c'est-à*dire la raison, empêche l'âme par son évidence de s'en* dcNTmir dans la torpeur au milieu du cJair-obscur de la seconde, c'est-à-dire de la foi ; et la foi, à son touri par sa lumière tempérée d'obscurité, empêche l'âme de se fatiguer et de s'aveugler dans les éblouissementa d'une 'raison trop élancée.
0 La lumière sidémie des nuits I Qui peut sa* voir, dit le P. Gmtiy, les. vertus secrètes de cette lumière si humble, mais venant de l'iav mensité? L'étincelante lumière du jour, c'est le ' rayon d'un seul soleil ; la lumière sidérale, c'est une essence composée des rayons de plusieurs milliards de soleils* — La lumière nocturne de Tâme 1... Dans les deux premières pages de l'Évangile (selon saint Mathieu) il est dit jusqu'à quatre fois que les sages qui cherchent le Christ
et le juste qui le porte en ses bras, sont divinement éclairés par Dieu ou par les auges dans leur sommeil. Le jour, ils parlent à Hérode, aux Scribes, aux Pha.risiens. La nuit. Dieu et les anges leur parlent. Le jour, Joseph ignore et doute, et pense à repousspr la mère de Dieu ; la nuit, Dieu lui révèle le plus grand clés mystères et lui déclare sa volonté*. »
D'autre part, si le mystère est quelquefois cruel, il faut avouer que, lorsqu'il est- accom* pagné de certitude, il n'est pas dépourvu de douceur.
Môme dans Tordre purement physique, n'estil pas vrai que la lumière voilée du demi-jour a quelque chose qui lious charme en nous reposant? N'est- il pas vrai que le soir, à cette heure mystérieuse où l'on ne sait si c'est déjà la fin du jour ou le commencement de la nuit, lorsque les objets n'ont plus à nos yeux que des formes ' effacées et des contoui^ incertains, n'est-il pas vrai que l'univers, ainsi aperçu dans des détnils
1 Le P. Grairy, Commentaire sur V Évangile de saint Matthieu, !•• partie.
qui se confondent avec Teasemble, ressemble davantage à Finfini, et que, sous les voiles qui recouvrent alors toutes choses, nous nous plaisons à imaginer un monde meilleur et des charmes secrets qui nous rendent mille fois plus heureux que la réalité?
Or, c'est surtout dans le monde moral qu'il en est ainsi. Le cœur est un lieu caché, plein de myistèi^s, semblable à ce jardin fermé et à cette souice scellée dont il est parlé dans le Cantique des cantiques-. Et c'est là ce qui en fait la beauté: car il n'y a pas de beauté sans mystères; là où l'inconnu ne se mêle point, il y a bientôt désenchantement, ennui, lassitude. Pourquoi donc n'en serait- il pas de même de l'intelligence? N'y a-t-il pas des idées mystérieuses comme il y a des sentiments mystérieux, des idées qui perdraient leur beauté si elles étaient à jour, des idées qui sont d'autant mieux exprimées qu'elles ne sont qu'entrevues, et qu'il faut savoir ne dire qu à demi pour les dire tout entières? Plus de mystères, cela signifie plus d'in-
1 Çh. IV, V. J2. -
coaDUt {dos d'idéaU phis de poésie, ptud d'infini, plus de ciel sur nos têtes, ou bien, un ciel désert, uoe terra glacée, une vie sans espérauee et sans enchantement.
N'attaquons donc pas le mystère» Essayons de le reculer pat* la diffusion de lumière toujoui^ de plus OA plus vives : il en restera toujours asses* Mais le mystère qui triompbem de nm eiSQrts,aâmiroQs*«leetaîmons^}ç, D*abordt admirons^e ; lorsqu'on admire oe que Dieu m(»itre, on n*a plus le temps de sovffni* de ce qu'il cache. Puis, aimonap4e comme un don de Dieu : notre pensée, en effet, s'y bercera à Taûie avec une liberté que le plein jour ne nous aurait peut-être pas donnée.
Trop souvent, hélas ! nous oublions que la terre n*est pas le lieu où l'absolu se montre èk découvert \ et découragés de ne pouvoir y désaltérer cette soif de l'absolu qui nous oansume, nous demandons aux choses relatives et contingentes le bonheur qu'elles ne sauraient nous donner. Au lieu de nous contenter de ce que nous avons, nous nous tourmentons de ce que nous n'avons pas. Au lieu d'exercer ses forces à
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jouir de ce qui est en son pouyoir, mira oœtir s'use àcbercher ce qui ueat point en fe monde ; fasciné par rimmenské qui lui écbftppei il oublie que le peu quil possède serait iimiiwse, s'il savait eu eontompler tous les détails et en savourer tous les parfums. Et ce que fait notre cœur, notre esprit, également faible, le fait aussi : au lieu de s'attacher aux lumières incomplètes qui sont en lui, il s'épuise en vain à poursuivre la vision béatifiqiie qu'il ne trouvera qu'au cieK
Sachons donc rester, par la raison comme par le cœur, dans les limites que Dieu nous a tracées. Au lieu de pousser des gémissements inutiles et presque égoïstes, chantons la sagesse et la délicate tendresse de Dieu pour nous. Bénis* sons sa main, toujours paternelle, aussi bien lorsqu'elle nous tient un bandeau sur les yeux que lorsqu'elle nous découvrira les splendeurs éternelles. Pensons au ciel, mais rappelons-nous que nous sommes sur la terre, et résignons-nous à l'exil dans l'espoir de la pairie. Étudions en cette vie les infiniment petits, quelque mystérieux qu'ils soient; dans l'autre, nous contem-
2i6 LES MYSTÈRE DE L.\ ^01.
plerons riofiniment Grand. Plus nous emploierons ]y)tre raison à éclairer et à faire respecter les mystères de l'ordre naturel et de Tordre surnaturel , plus à leur tour ces mêmes mystères éclaireront et feront respecter notre raison.