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CHAPITRE XII

La fol hamble et les orgnelUeiix.

I. — La foi ne contredit ni la raison ni la liberté; trop grande et trop divine pour être jalouse, elle laisse ces deux facultés, qui sont les meilleures gloires de la nature humaine, exercer sur la vie piivée et sur la vie publique leur légitime activité et leur bienfaisante influence. Mais cette activité n'est légitime et irréprochable, cette influence n'est bienfaisante, que lorsque la raison et la liberté travaillent dans l'humilité.

L'humilité est une des conditions de la vie intellectuelle autant que de la vie morale, nonseulement dans Tordre surnaturel, mais même dans Fordre naturel.

Sans doute, il y a des savants qui sont très*

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orgueilleux, comme il y a des gens humbles qui sont très-ignorants. iVJais ce ne sont que des savants incomplets, dont la science n*a forcément qu'une demi-irradiation. Les savants do premier ordre, les hommes de génie, sont tous d'une simplicité, d'une modestie, d'une humilité, qui, loin de les amoindrir, les rehaussent encore davantage.

Au fond, l'homme orgueilleux ne cherche pas la vérité, parce que la vérité le blesserait et qu'il ne veut pas être blessé. Ce qu'il cherche, c'est la satisfaction de son esprit et la glorification de ses petites idées. Aussi, lorsqu'un importun démontre une vérité qui dérange son système et combat ses scientifiques fantaisies, entre-t-il en fureur et traite-t-il d'ignorant quiconque ne pense pas comme lui.

Dès lors, rien n'est plus naturel qu'un tel esprit ne rencontre pas la vérité, ou que, s'il la rencontre, il ne la reconnaisse pas. L'orgueil va même plus loin. Non-seulement il fait dévier le regard et trompe l'œil, mais encore, à mesure qu'il devient de plus en plus infatué de luimême, il étouffe toute sincérité. On commence

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par être trompé, on finît par être trompeur; et Ton ne recule devant aucune falsification pour soutenir ses pi'étentions ambitieuses. L'orgueil ment aussi facilement que la lâcheté.

Dans Tordre surnaturel cette vérité est plus manifeste encore. En eifet, qui sont ceux qui ouvrent leur esprit à la doctrine de Jésus-Christ? Les humbles, et les humbles seulement : car ni les Pharisiens superbes, ni les orgueilleux docteurs de la loi, ni les Sadducéens, ni les prêtres eux-mêmes, bien que dépositaires de la croyance au Messie, ne consentent à accueillir Jésus- Christ. Les unâ ne voient en lui que Jean- Baptiste, d'autres Élie, d'autres Jérémie ou un des prophètes*. Un jour ces orgueilleux viennent le questionner et le prier de faire un signe dans le ciel; mais leurs volontés aveuglées, qui plus tard n'ont pas su comprendre le signe de Jonas, n'auraient pas davantage compris celui qu'elle^ demandaient; et Jésus, sans donner même une réponse, les laissa là et partit, et relictis ittis abiit^. L'orgueil chasse Jésus.

* Evangile selon saint Mathieu, ch. xvi, v. 14. 2 IhiiL, y it.

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