‹ La foiChapitre 83 sur 88 · L\ POI HUMBLE · texte numérisé non relu

L\ POI HUMBLE

Si noufi ouvrons la sainte Ecriture» que lisonsnous? — « Increpasti superbos. Dieu gourmande les superbes ^ » — « Deus super bis resistïlj humilibus autem dat gratiam^ Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne sa grâce aux humbles*. » — ^Intellectum dat parvulis^ c'est aux petits qu'il donne Tintelligence *. »

Si nous contemplons la sainte Vierge, ne voyons-nous pas qu'elle a conçu Jésus-Christ, parce qu'elle fut humble, qtm respexit humiUtntem ancilla* siiœ *? Et dès lors, qui pourrait concevoir Jésus-Christ dans son esprit, sans être humble dans son cœur?

Si nous considérons les actes de Jésus-Christ lui-même, c'est encore le même enseignement qui nous est donné. — Un jour, en effet, Jésus- Christ, appelant un petit enfant, le plaça au milieu des disciples et dit : « Je vous le dis en vérité, si vous ne changez et ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le

^ psaume cxviii, v. 21 .

2 /" Épître de saint Pierre, ch. v, v. 5 .

5 Psaume cxviii, v. 130 .

* Evangile selon saint Luc^ ch. i, v. 4*5 .

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royaume des deux ^ » Un autre jour, comme on lui présentait des petits enfants pour quil les touchât, et comme ses disciples repoussaient ceux qui les présentaient, Jésus se courrouça et leur dit : « Laissez ces petits enfants venir à moi, et ne les en empêchez point, car. c'est à ceux qui leur ressemblent qu'appartient le royaume de Dieu. En vérité, je vous le dis, quiconque ne reçoit pas comme un enfant, le royaume de Dieu, n'y entrera point, n Et les embrassant, et imposant les mains sur eux, il les bénissait*. Qu est-ce que ces petits enfants, sinon les symboles de T humilité dans toute sa simplicité, sa franchise, sa naïve spontanéité? Qu'est-ce que ces bénédictions et ces baisers déposés sur leurs fronts, sinon le tendre amour que Jésus a au cœur pour cette belle vertu? Si donc nous voulons sincèrement être pressés dans les bras de Jésus-Christ et recevoir dans nos intelligences les baisers de la sienne, dépouillons cette fausse grandeur qui nous abaisse, et grandissons-nous véritablement jusqu'à de-»

* Évangile selon saint Mathieu, ch. xviit, t. 3.

* Évangile selon saint Marc^ cht x, v. 13-17.

'ÀOk LA FUI HL'MULK

venir aux pieds de Jésus-Christ de petits enfants : car, en vérité, si nous ne plaçons pas rkùmilité dans notre âme, jamais nous n'entreroos dans le royaume des deux, c'est-à-dire dans les régions du divin Soleil et de l'étemelle lumière. Un autre jour, Jésus dit aussi ! « Je vous rends grâces. Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux petits. Qu'il soit ainsi, Père, puisqu'il vous a plu ainsi... Venez à moi, vous tous qui ployez sous le travail et je vous ranimerai. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos à vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau léger *. »

Lofôque Jésus, après avoir prononcé son admirable discoui^ sur la montagne, entra dans Capharnaûm, un centurion s'approcha de lui, le priant, et disant : Seigneur, mon serviteur qui est pai*alytique est là gisant dans ma maison, et ses souffrances sont grandes. Jésus lui

' Évanffile selon saint Mathieu, lIi. xr, ?. 25-30.

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dit : el'irai et le guérirai. Et le centurion lui répondit : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit ; mais dites seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. Jésus, entendant ces paroles, en fut surpris, et dit à cei|x qui le suivaient : En vérité, je n'ai pas trouvé une si vive foi dans Israël ; et je vous dis que plusieurs viendront de FOrient et de l'Occident et s'asseoiront avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux ; tandis que les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures *. — Que ceux qui se plaignent d'avoir dans l'ordre surnaturel une intelligence paralysée, sans conceptions et sans idées véritablement vitales, soient donc humbles comme le centurion. Cette humilité est déjà la foi, et une foi si vive, qu'elle surpasse celle d'Israël. 0 Israël, tremble sur ta destinée : familiarisé avec la parole de Dieu, tu as laissé ta raison s'alourdir et ta foi se matérialiser dans des foimules verbales ; grossièrement fidèle à la lettre, tu es devenu infidèle à l'esprit. Aussi, toi, le fils du

* Évangile selon saint Mathieu , cli. viii, v. 5-1 a.

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royaume, le peuple privilégié, seras-tu néanmoins jeté dans les ténèbres; tandis que ces étrangers que tu anatbémalises dans ton orgueil, mais qui croient humblement dans la bonté et la puissance de Dieu, entreront et s'asseoiront dans le royaume des cieux !

Lue autre fois, Jésus vit, en passant, uo homme civeugle de naissance, et, voulant lui rendre la vue, il cracha à teiTe, fit de la boue avec sa salive, enduisit de cette boue les yeui de Taveugle, et lui dit : Allez, lavez-vous dans la piscine de Siloê. Il s'en alla donc, et se lava, et revint voyant, et aux Phaiisiens qui lui demandaient le secret de sa guérison il répondait : il m'a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois*. — Or, qu'est-ce que cette obâssance parfaite de l'aveugle, sinon une parfaite humilité? Qu'est-ce que cette salive et cette poussière, sinon encore l'humilité? Y a-til, en eflet, quelque chose déplus bas que cette |X>QSsière et c^te salive? Cependant, c'est là ce que Jésus, la lumière du monde^ emploie pour

t £% fS^j^i/r <vvia«i A?r.iir iMir, cfa. tx, f. 1*16.

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rendre la vue à cet aveugle. N'est-ce pas nous apprendre combien il aime à trouver dans les âmes cette obéissance et cette sincérité qui sont les deux caractères de la véritable humilité?

U. — • Pourquoi donc la vérité, soit naturelle, soit surnaturelle, fuit-elle l'orgueil et recherchet-'elle l'humilité?

C'est que Dieu, la vérité même, est créateur, et que l'homme est créature.

D'abord Dieu est créateur. Lorsque l'homme agit en dehors de lui, il trouve partout des substances pour exercer son activité ; et toute son action, si puissante qu'elle soit, se borne à les modifier de telle et telle manière. Donc ce qui caractérise l'action de Dieu et ce qui la différencie de Taction de l'homme, c'est qu elle est une action créatrice* Dieu, par cela même qu'il est infini et infiniment un, n'opère, pour produire en dehors de lui les êtres si multiples de 1^ univers, qu un seul acte^ lequel est assez ipar* fait pour s'étendre dariB son unité à tous les eBets qui en résultent; et cet acte est l'acte créateur. Dieu n'agit pas autretnent vis-à«vis

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des êtres qui sont en dehors de lui ; alofô même qu'il ne semble que leur conserver l'existence, il la leur donne, car la conservation de la créature n'est que sa création continuée. Telle est la puissance de Dieu, telle est aussi sa gloire.

Si donc nous voulons que Dieu agisse en nous surnaturellement et qu'il nous donne la foi comme il nous a donné la raison, disposons notre âme de manière qu'il y trouve le néant, non pas ce néant physique qui serait la négation de notre saine nature, ni ce néant idiot qui serait l'absence de la vie rationnelle, mais ce néant moral qui est la destruction de notre orgueiL Oui, il faut, au nom de la raison autant qu'au nom de la foi, que devant l'infinie personnalité de Dieu la nôtre anéantisse toute vanité et que nous soyons à ses yeux comme si nous n'étions pas. Pareille à la lumière matérielle que Dieu au commencement du monde a faite de rien, la lumière de la foi ne jaillira dans notre esprit que du fond de notre anéantissement volontaire. Ce n'est pas assez de nous élever «avec Moïse sur la montagne, c'est-à-dire dans la plus haute région de l'âme; il faut en-

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