KT LES ORGUEILLEUX
core s'imposer silence à soi-même pour entendre Dieu, et entrer dans la nuée, c est-ù-dire dans la sainte obscurité de ThumUité. Ce n'est qu'à ce prix que Dieu se révélera à nous : car, s'il est si fort au-dessus de nous, n'est-il pas naturel qu'il ne pense pas comme nous et qu'il y ait une différence entre sa parole infinie et nos bégaiements enfantins? <( Mes pensées, nous ditil en Isaïe, ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voies ; car autant que le ciel est élevé par-dessus la terre, autant sont élevées mes voies au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées * » . Et, ajoute Bossuet, il ne faut pas ici distinguer les grossiers d'avec les subtils, car la plus haute subtilité de l'esprit humain, qu'est-ce autre chose devant Dieu qu'une misérable ignorance? Il anéantit ceux qui se mêlçnt de pénétrer ses secrets, et réduit à rien les pensées de ceux qui entreprennent de juger de toutes choses. C'est ainsi que Dieu se plaît à tout tirer du néant.
Mais, si Dieu est créateur, l'homme est créa-
* Isaïe, ch. i.x, v. 8 et 9
Uire ; et ce liu-e, si ooUe et » misérable en même temps, nous est une nouvelle preuve de la nécessité de l'humilité pour l'acquisition de la foi. Qu'est-ce qu'une créature, sinon un être qui n'a rien par lui-même, qui, pour exister, a besoin d'être perpétuellemast uni à son prin^ cipe, et qui jusque dans son activité la plus spontanée et la plus libre n'est qu'une cause seconde? D'autre part, qu'est-ce qu'une cause seconde détachée de la cause première, sinon une cause annihilée? Le ruisseau le plus abmidant n'esti'il pas à sec, dès qu'il est séparé de sa source? Donc la raison de notre être et de notre perfection, c'est notre union avec Dieu, cause des causes. En sorte que, si nous voulons, que notre esprit devienne plus lumineux, plus fort, plus étendu, nous devons l'unir davantage à Dieu, la source première de toute vérité ; et si nous voulons qu'il devienne divin par la foi, unis8ons«*le plus profondément encore, jusqu'à ce que la lumière substantielle même de Dieu soit devenue notre lumière vivificatrice. Or, qui ne voit qu'une telle union est absolument impossible avec l'orgueil ?
ET LIvS ORJiUEILLlCrX, 511
« Nemo ascendît in cœbmit nisi qui descendit de cœio, filius hominis qui est in cœlo^ personne ne monte dans le ciel, sinon celui qui descend du ciel, le fils de Thomme qui est dans le ciel *• » Bien que ces paroles s'entendent d'abord de Jésus-Christ, le Fils de Thoïnme par excellente, ne peuvent-elles pas s'entendre aussi de ses frères les chrétiens? Oui, qui que nous soyons, si nous voulons nous élever dans le ciel de la foi, dans ce ciel divin et incréé qui n'est autre que le sein même de Dieu, descendons auparavant de ce ciel trop humain, ttop terrestm et trop au niveau des fantaisies de notre égoïsmé, que nous nous sommes fait à nous-mêmes avec la vanité de nos pensées et ^e nos ambitlonsi Descendre ainsi n'est point s'abaiRser, mais prendre un élan pour remonter plus haut et entrer dans un ciel meilleur.
« Nox nocti indicat scientiam^ la Huit révèle la science à la nuit *. u De même que les étoiles, si petites qu'elles paraissent, sont cependant des mondes immenses, peuplés peut-être d'une
* Evangile selon saint Jean, ch. in, v. 13, 2 Psauma xviir, v, 3.
*ùi^2 L\ FOI IIUMISLE
maltitude de créatures dont nous ne pouvons ici-bas concevoir la nature, ainsi les dogmes, les vérités révélées par Dieu, quelque infime que soit leur apparence à nos faibles yeux, sont des globes immenses de lumière, remplis d*une Infinité de vérités que nous ne saurions concevoir dans notre existence imparfaite sur la terre. Or, plus la nuit est obscure, plus les étoiles scintillent avec irradiation. De môme, plus r humilité est profonde dans le firmament de notre âme, plus la foi y est lumineuse, parce que les vérités divines, ces étoiles du monde surnaturel, n'y brillent qu'avec un éclat plus vif. a C'est la nuit de la volonté, c'est-à-dire l'humilité, qui révèle la science à la nuit de l'esprit, c'est-à-dire à l'ignorance. »
III. — Qu'est-ce donc que l'humilité considérée dans ses rapports avec la foi ?
Les personnes qui croient que l'humilité extériem*e consiste à déprimer son maintien et à fermer ses yeux, sont naturellement enclines à penser que l'humilité intérieure consiste à déprimer sa raison et à fermer son intelligence.
ET LKS ORGUEILLEUX. 313
C'est une erreur profonde. L'hommage de notre •foi, comme celui de notre culte, doit être «raisonnable, » dit saint Paul. Par conséquent, ne jamais raisonner, c'est faire preuve d'insanité et non d'humilité.
Mais, d'autres personnes se jettent dans l'excès contraire. A rencontre de celles qui ne veulent raisonner jamais, elles veulent raisonner toujours, alignant les hommes sur leur plan comme elles alignent des chiffres dans un calcul, et traitant les affaires morales et religieuses comme elles traitent les questions de géométrie et d'algèbre. Ces personnes manquent généralement de sens pratique. Au lieu de se plier à la vérité, elles plient la vérité à l'exagération systématique de leur esprit. De là toutes les erreurs dans lesquelles elles tombent inévitablement.
C'est entre la souplesse sans consistance. et la raideur sans souplesse, que se tient la véritable humilité. Sachant que fermer les, yeux ou les ouvrir violemment sont deux manières de ne
pas voir clair, elles les ouvre simplement selon leur dimension et leur force, disposée d'avance
MU I^^ >*0I Hl'MBLE
il voir ce qui. est et à le voir tel qu'il est. Sans parti pris, elle aime le vrai pour lui*mèaie. Au* tant les esprits à idées préconçues mettent d'exaltation à chercher ce qu ils désirent, autant elle déploie de courage à poursuivre ce qui est. Le bonheur des premiers consiste à trouver ce qu'ils aiment ; son ivresse, à elle, c'est d'ai« mer ce qu'elle trouve.
Donc, être toujours raisonnable sans être per« pétuellement raisonneur, repousser l'esprit de parti et de système, être sincère avec soi-même et avec les auteurs que l'on étudie, mettre l'exactitude de la pensée au-dessus du brillant de l'expi^ession, être rigoureux dans son raisonnement sans être entêté et obstiné dans son jugement, faire cesser toutes .questions d'intérêt ou d'amour*propre dès qu'il s'agit de la vérité à servir et à glorifier, se souvenir de la grandeur de l'intelligence humaine sans oublia la iaiblesse de la raison, ne croire à l'infaillibilité ni de son contradicteur ni de soi-même, être plein de respect pour la pensée d'autrui sans toutefois outrager la sienne, et, en toutes circonstances, ê^ loyale(itçn( dispp^ ^ exo^vi^s^v
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là Vérité dès qu elle nous sera certamemônt manifestée, quelque peu sympathique que soit celui qui nous la fasse connaître, et quelque pénibles que nous paraissent les conséquences qui en découlent: telle est Thumilité que nous commande la foi.
On le voit, si la libei'té repousse l'oppression, Thumilité ne repousse pas moins la dépression. Loin de violer les droits deTesprit humain, elle enseigne avec saint Thomas que « T homme tombe dans le dérèglement et Ja témérité, toutes les fois qu il juge certainement sur un signe faillible^. » iMais elle enseigne aussi avec Lamennais que « la foi commence où finit l'orgueil ; » et, tout en maintenant les droits de l'esprit, elle en maintient avec la même impartialité les devoirs. Ne voulant pas mentir en niant la dignité de la raison, elle ne veut pas non plus meniir en en niant l'insuffisance; et si elle approuve le fidèle qui cherche à démontrer tout ce qui est en deçà des limites de son intelligence, elle ne saurait approuver l'infidèle qui
1 Saint Thomas, In IV Sent. Dist. XLI. art. V. — FépelQH, Qucitriçm^ i'ristri^ction pastQrqk^ t. }^II, p. ^77»
prétend comprendre tout ce qui est au-delà de ces mêmes limites. Dans la foi comme dans les antres vertus, rbumilitë, c'est la vé« rite.