ALLOCUTION
© A-kon jamais vu, dans d’autres administrations, appeler en une sorte d’assemblée représentative les employés les plus distingués, les plus honorables; convoquer, par exemple, un congrès des employés des postes et des télégraphes, des chemins de fer, de l'industrie ou du commerce?
Pourquoi done tentons-nous une épreuve semblable dans un des domaines où il est le plus difficile de s'entendre, dans celui qui comprend peutêtre les problèmes les plus graves, les questions les plus délicates? Et comment n'est-ce pas aux chefs de l’armée que nous faisons appel, mais aux simples soldats”?
Nous avons pu agir ainsi, Messieurs, parce que la profession d'instituteur se distingue par un point essentiel de la plupart des autres fonctions.
C'est que dans toutes les professions chacun a son devoir tout tracé, sa tâche indiquée d'avance : et chacun n’a qu'à suivre consciencieusement les ordres donnés pour bien mériter de l'administration dont il relève.
Mais, dans l'instruction publique, la direction peut bien venir d'en haut, l'inspiration vient toujours d'en bas. À chaque instant du jour l'instituteur doit puiser dans son propre fonds : il n'y a d'impulsion sûre, efficace et durable que celle qui lui vient de lui-même.
C'est dans votre cœur, dans votre esprit, dans votre conscience, Messieurs, que vous prenez votre point d'appui le plus solide, le seul sur lequel vous puissiez Loujours compter. C’est là qu'est la source de tout dévouement individuel; el sans dévouement individuel, il n’y a ni instituteur, ni éducation.
Il n'en est pas de l'instruction comme de ces
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industries où l'intervention des machines supprime presque complètement le travail de l'homme : non!
L'instituteur ne trouvera jamais un perfectionnement de son outillage qui lui ôte la peine de penser :
et d'agir par lui-même, de donner à ses élèves le meilleur de son être, et d’en faire des hommes à force de se dépenser, corps et âme, pour eux.
Dans le mécanisme scolaire, le moteur par excellence, ce sera toujours l'âme de Pinstituteur. Rien ne remplacera jamais cette force-là. Et quand nous parlons de perfectionner les méthodes, les procédés, les appareils d'enseignement, nous nous entendons bien, n'est-ce pas? Cela ne veut pas dire que nous comptions sur tous ces moyens secondaires pour les substituer à la force principale et ut à la volonté vivante, à la volonté aimante, à cette inilialive morale el intellectuelle qui fait l’instiltuteur.
L'instituteur, sans doute, comme le soldat, doit savoir obéir; mais s'il ne sait qu'obéir, 11 ne sait pas son métier, ce n'est pas un instituteur.
Voilà pourquoi il ne nous a pas semblé extraordinaire de réunir de simples instituteurs primaires pour délibérer ensemble des choses de leur profession, pour se stimuler, s'exhorter et s'éclairer les uns les autres : car leurs écoles vaudront ce qu'ils vaudront eux-mêmes.
Voilà pourquoi nous venons avec une joie particulière, vous souhaiter la bienvenue, instituteurs et inslitutrices de France, non pas seulement comme à une assemblée de citoyens qui viennent discuter leurs intérêts, mais comme à une assemblée d'éducaleurs qui viennent discuter les plus chers intérêts de l'enfance et de la jeunesse françaises.