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réussi à passer sous silence. EL c'est une belle gageure qu'il a gagnée.
S'il ne lient qu'à lui, ses lecteurs ne se douteront pas qu'il y a des milliers d'instituteurs jeunes et vieux qui, à l'heure même où la Revue les traite de si haut, sont parvenus, à force de patience et de droiture, de défiance d'eux-mêmes et de confiance en la vérité, à être, de l'aveu de tous ceux qui les voient à l'œuvre, d'excellents, d'admirables maîtres de morale; que, privés au début de tout secours (car Rome a mis à l'index les premiers manuels faits pour eux par Paul Bert, Steeg, Compayré), ils n'ont pas renoncé à la lutte, ils se sont passés de livres, ils ont créé eux-mêmes pièce à pièce, leçon par leçon, exemple après exemple, leur enseignement familier de la morale aux petits enfants; qu'ils se sont fait peu à peu de petits carnets de morale, simples cahiers écrits au jour le jour, et d'où sont sortis, à la longue, de nouveaux et nombreux manuels, sans prétention littéraire et philosophique, mais riches d'enseignements pratiques, pleins de sève, marqués au coin du bon sens et néanmoins d'une véritable élévation morale, nourris en somme du plus pur de la tradition française.
Ainsi est née toute une humble « littérature » que M. Brunelière et son lieutenant ne daignent pas connaitre, el avec l’aide de ces petits volumes, des milliers de lecons sont obscurément et fidèlement données chaque jour dans de pauvres classes rurales par des hommes qui ne se douteront jamais d'avoir été si ridicules et qui seraient bien surpris d'apprendre par la Revue des Deux Mondes où par la Croix que « l'enfance française attend toujours la morale promise ».
Que cet immense et pieux effort de tout un peuple de braves gens se produise d'un bout à l’autre de notre terre de France el qu’une telle poussée de bonnes volontés touchantes ne touche pas les âmes qui professent tant d'amour pour la Patrie française, c'est ce qu'un jour l'histoire aura peine à comprendre ou à excuser.
Il y a là un phénomène psychologique que la fin de l'article met singulièrement en lumière.
L'auteur n'a pas voulu conclure son « étude » sans parler du grand fait qui depuis quelques années a prouvé d’une manière inattendue la vita- Hité de lPécole. Et se mettant en face de ces œuvres poslscolaires (patronages, mutualités, associations d'anciens élèves) il ne peut résister à un mouvement d'émotion que nous enregistrons à son éloge.
« Îlya eu là, dit-il, des miracles de générosité intellectuelle... On aimerait à s'arrêter longuement devant l'optimisme presque héroïque dont s'inspirent quelques-uns des coopéraleurs de ce mouvement. » [ei, c'est l'homme qui parle.
Tournez la page, l’homme de parti s'est ressaisi. Il se ressouvient « que les œuvres postscolaires laïques sont généralement fondées à l'encontre des patronages confessionnels, « dont M. Max Turmann publiail récemment une excellente monographie »; il élablit par d’amples citations que la Ligue de l'Enseignement a pris la tête du mouvement, l’encourage et est elle-même ouvertement encouragée par le Ministère, témoin, le dernier discours de M. Bayet. C’en est assez. Il prévoit que ces œuvres
laïques vont « demeurer des œuvres de lutte » (en effet et c'est là tout leur crime, elles ne songent pas à s’elfacer devant les œuvres confessionnelles), « qu’elles perpétueront donc la scission de la France, qui survit, tenace, aux maximes de tolérance parfois affirmées à la tribune du Parlement ». Et il a la charité d'avertir les instituteurs qu'ils feraient bien d'y renoncer.
& Il vaudrait mieux, leur dit-il, renoncer aux feintes. » Que l’instituteur parle hardiment « comme champion du radicalisme et bientôt du collectivisme », s'il ne veut que plaire à la Ligue de l'Enseignement. « Mais s'il prétend exercer une action morale par ces œuvres postscolaires, & faut qu'il les arrache, avec une loyale violence, au joug des groupements qui souvent les ont fondées el qui presque toujours les confisquent. »
Quant à ces autres « groupements » qui ont « fondé » et non moins souvent « confisqué » les patronages des cercles catholiques, il n'est pas question de leur appliquer cette « loyale violence ».
Au fond, l’auteur n'espère pas beaucoup voir son conseil suivi et les instituteurs se séparant, en masse, des « groupements » républicains. Aussi s'adresse-t-1l à d’autres, el voici son dernier mot; on ne se plaindra pas qu'il manque de netteté :
« Entreprises sous de pareils auspices (ceux de la Ligue de l'Enseignement), les œuvres poslscolaires sont un instrument de conquête radicale; le socialisme les guette. EL lorsque le souci de l’éducalion morale du peuple détermine les membres modérés du Parlement à voler, sans nulle réserve, des subvenlions en faveur de ces œuvres, ils travaillenten fail à la diffusion d'une éducation politique
dont ils seront les premières victimes. Le Parlement perd notre argent et les instiluteurs perdent leur temps... »
À la bonne heure! Il ne nous déplait pas de voir un si habile, si brillant el si souple adversaire obligé de finir comme un autre, sans ambages, par l'appel à la peur. « Après l'école comme à l’école », il le dit excellemment, l’enseignement moral qui prétend se passer de l'Église « se transforme en un engin de guerre ».
Nous ne le démentirons pas; c'est même le meilleur « engin » que la République ait trouvé jusqu'ici contre tous ses ennemis et contre quelques-uns de ses « amis ».