‹ La foi laïqueChapitre 32 sur 111 · Î[. — RÉPONSE A M. BUISSON · texte numérisé non relu

Î[. — RÉPONSE A M. BUISSON

Au Directeur du Journal des Débats.

Dinard, 18 septembre.

Mon cher Directeur,

Il a paru dans le Temps d'hier, mercredi 17 septembre, une longue lettre de M. Ferdinand Buisson grandis epistola, Lrès propre à embrouiller la question de la liberté d'enseignement ou du droit d'enseigner, el à laquelle, pour cette raison, je vous serais reconnaissant de vouloir bien accueillir ces deux mots de réponse.

L'argumentation de M. F. Buisson se fonde tout

entière sur une distinction, dont je crois qu'il est l'inventeur, entre le droit du congréganiste et le droit de la congrégation en matière d'enseignement. Sans m'embarrasser pour le moment de cette métaphysique politique, — et quand je dis : « pour le moment », je veux dire que je me réserve toute

1. Journal des Débats, n° du 19, 21, 23 et 25 septembre 1902.

liberté d'y. revenir, S'il y'a lieu, — je me contenterai de soumettre à M. F. Buisson lui-même, et à l'opinion publique, la supposition que voiei :

Nous sommes la Compagnie de Jésus, les Dominicains ou les Eudistes. Avec notre argent, dont la loi n’a pas à rechercher l'origine, et dont nous sommes prêts, au surplus, à justifier la possession, nous achetons un immeuble en France. Nous ne demandons aucun privilège, aucune exception ou ‘aucune faveur, el nous n'invoquons d’autres droits que ceux qui garantissent en France, non seulement à tout Français, mais à Lout étranger, la propriélé de ses biens. Nous aménageons cet immeuble à notre convenance et nous y installons une école. Nos professeurs el, si l’on le veut, nos maitres surveillants ne se sont dérobés à aucune des charges qui sont celles de tous les Français, y compris le service militaire. Us sont d’ailleurs munis de tous les Litres ou diplômes, brevets de capacité, baccalauréats, licences, agrégations, exigés par la loi de quiconque prélend enseigner. En outre, notre élablissement demeure ouvert aux inspecteurs de linstruction publique. Et enfin nous ne décernons point de grades; mais tous les exämens auxquels nous préparons sont de ceux que lon ne subitque devant des jurys d'État.

Je demande à M. F. Buisson :

41°: Ce qu il voit, dans la succession de ces opérations, qui lèse «le droit de P État » ou qui contrarie « la Déclaration des Droits de l'homme »;

20 Où il place, à quel moment de la succession de ces opérations, sa disünelion entre les droils du congréganisle el les droits de la congrégation;

3° Celle de ces opérations qu'il se croit en droit

de m'interdire, et au nom de quel principe qui ne soit pas une violation de quelque liberté, ou la mise à l'index de quelque catégorie de citoyens?

Dès que M. F. Buisson nous aura netlement répondu sur ces trois points, c'est alors, mais alors seulement, qu'il sera temps de discuter l'idée, ou plutôt l'idole, qu'il se fait de l'État, et notamment quand il l'investit du droit non seulement de légaliser, où de légilimer, mais proprement de créer, ce que sa mission n’est que de proléger, d'assurer et de garantir.

Recevez, mon cher directeur, elec.

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