IT. — RÉPONSE A M. BRUNETIÈRE
Paris, le 19 septembre.
Monsieur le Directeur,
En traversant Paris, je viens de lire les intéressantes « questions » que M. Brunetière me fait l'honneur de m'adresser.
M. Brunelière fait, ditl, « une supposition », et il commence ainsi : « Nous sommes la Compagnie de Jésus, les Dominicains ou les Eudistes, Avec notre argent... nous achelons... nous aménageons...elc. » — Pardon. Il n'est pas besoin d'aller plus loin. C'est votre premier mot que je conteste. « Nous sommes! » Non, vous n'êles pas. Vous n'avez pas le droit d'être et de dire : nous. Ce nous est tout le sophisme. Ce que vous êtes ou du moins ce que vous seriez, si lon vous laissait faire, c'est
une congrégation non autorisée, c'est-à-dire une réunion illicite de personnes en révolte ouverte contre les lois de votre pays, contre celle de 1901 et contre toutes celles qui l'ont précédée. Or, il s’est trouvé un Parlement et un gouvernement qui, à Lort ou à raison, prétendent les faire respecter, ces lois si longtemps et si impunément violées. Vous vous récriez contre celte indignité. Mais la plupart des Français ont encore la simplicité de croire que la loi est la loi et que tout legmonde doit s'y soumettre, de gré ou de force.
Ainsi, dans le cas que M. Brunetière a choisi et non sans doute au hasard, on ne se trouve pas en face d’une de ces collectivités en formation dont il me demande de déterminer les droits collectifs comparés aux droils individuels de ses membres. Il s'agit d’une collectivité que l'État a le pouvoir et le devoir de dissoudre.
Les trois questions de M. Brunelière ne se posent pas, attendu qu'il s'en pose une qui les supprime toutes : Est-il licite à un groupe quelconque de citoyens de se mettre au-dessus de la loi?
M. Brunelière voudra-t-il bien condescendre à remarquer celte différence entre une congrégation non autorisée et une associalion régulière, quoiqu'il ne voie là que de « la métaphysique politique »? Peut-être consentira-t-1l à modifier les termes de sa « supposition », de manière à ne plus exiger que son contradicteur commence par lui accorder, comme la chose du monde la plus naturelle et la plus légale, l'existence illégale d’une corporation telle que la Compagnie de Jésus? S'il veut bien s’y prêter et nous mettre en présence d’un cas où ses trois questions se posent sans emporter la
reconnaissance du « droit supérieur » des Jésuites, je me ferai un devoir d'essayer de lui répondre.
Veuillez agréer, Monsieur le directeur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.
F. Buisson.