‹ La foi laïqueChapitre 34 sur 111 · III. — DEUXIÈME RÉPONSE À M. BUISSON · texte numérisé non relu

III. — DEUXIÈME RÉPONSE À M. BUISSON

Au Birecteur du Journal des Débats.

Paris, le 22,septembre.

Mon cher Directeur,

Est-ce que j'ai parlé l'autre jour d'un « droit supérieur » des Jésuites ou des Dominicains? Il faut donc alors que ce soit sans m'en a percevoir?

On ne revendique en effet pour eux que le « droit égal », ou le « droit commun », de tous les Francais; el on estime, au contraire de M. F, Buisson, que ce droit comporte où enveloppe « le droit d’enseigner » au même litre, sinon tout à fait dans les mêmes condilions que le « droit de parler » ou que «le droit d'écrire ». M. F, Buisson a-t4l la prétention d'empêcher quelque jour les Jésuites ou les Dominicains, comme tels, de fonder des journaux ou de tenir des réunions? C'est encore ce qu'on aimerait savoir, el j'en fais, dès maintenant, l'objet d'une quatrième question.

Si d'ailleurs, on les a choisis, « ebk non certainement au hasard », pour poser à leur occasion les trois questions auxquelles M. F. Buisson refuse pour le moment de répondre, c'est qu'en fait ils existent, et c'est d'eux ou de leurs frères qu'il s'agit

présentement, non d'une congrégation idéale ou quelconque, ni d’une « collectivité en formation ».

Mais, après cela, puisque M. F. Buisson ne me demande que de « modifier les termes de ma supposition », Je n'y vois pas d'inconvénient, el je puis lui donner celte satisfaction.

Nous sommes donc une société civile, et, dans un immeuble acquis de nos deniers, il nous a plu d’installer une école dont À nous plaît également, et au nom de la « liberté de penser », que les maitres, munis au surplus de tous les titres, brevets el diplômes nécessaires, soient catholiques et même prêtres.

Je demande itérativement à M. F. Buisson :

1° Ce qu'il voit là qui contrarie « la Déclaration des droits de l’homme », ou qui lèse le droit de l'État?

2° À quel moment de l'opération il insinue sa distinction entre le « droit de la Congrégation » et celui du « congréganisle », ou, s'il l'aime mieux, entre le droit de l'employeur et celui de l'employé?

3° Et au nom de quel principe, qui ne soit pas la violation de quelque liberté ou la mise à l'index de quelque catégorie de citoyens, il me conteste le droit d'enseigner?

A la vérité, sur ce dernier point, quelques lecteurs * trouveront peut-être qu’en refusant de merépondre, M. F. Buisson ne m'a déjà que trop éloquemment répondu.

Sa lettre est une preuve qu'il ne s'embarrasse guère de « mettre à l'index » quelques milliers de Français, ou de « violer quelque liberté ». Mais je voudrais le lui entendre dire d’une manière et en des termes plus explicites encore. Je voudrais Int

entendre dire que, si j'ai des idées qui ne soient pas les siennes, je n’ai pas le droit de les répandre, ni même, personnellement, le « droit d'être ».

« Non, vous n'êtes pas! Vous n'avez pas le droit d’être! » Et je voudrais lui entendre dire, parce qu’alors on le saurait, que la loi, dont il fait tant d'état quand il l’approuve el si peu quand elle le gène, n’a pas du tout pour objet de réaliser un peu de justice et d'égalité parmi les hommes, mais d'asservir, « de gré ou de force, » les malheureux «errants » à la domination de ceux qui détiennent la vérité. C'était aussi opinion de ceux qui ont révoqué l'Édit de Nantes.

Veuillez agréer, mon cher directeur, etc.

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