PRÉFACE. IX
bataille, une des posilions les plus en vue, il avait
naturellement essuyé le feu le plus nourri de l’ennemi,
et ni les injures, ni les calomnies ne lui avaient élé
. épargnées. Les cléricaux n'avaient vu dans ce libre philosophe qu'un fanatique el un sectaire, et ils avaient presque réussi à lui donner celle figure de convention devant un Dore nombre de catholiques de bonne foi.
Plus tard, son œuvre achevée, M. Buisson trouva
en Sorbonne un poste moins périlleux et des fonctions plus sereines. Il n'aurait dépendu que de lui de terminer ses jours dans le culte paisible de la science el des lettres. Mais il avait visiblement le remords de . n'être plus au milieu du parti républicain, pendant que la poudre partait encore, et il saisit avec empressement la première occasion de rentrer dans la mélée. Élu député de Paris, il ne chercha point à se prévaloir de son passé pour s'imposer à ses collèques; 1l essaya de rester dans le rang, el il fallut forcer: sa . modestie pour le délerminer à accepler la présidence de la commission de l’enseignement.
Dans cetle situation nouvelle, M. Ferdinand Buisson est demeuré scrupuleusement fidèle aux opinions de toute sa vie. Lorsqu'il y a près de dix ans, dans une controverse courloise, Brunetière el
lui discutaient sur la liberté des congrégations el sur la liberté de l’enseignement, M. Buisson s’efforçail de démontrer qu'il y avait sophisme à confondre les
deux termes; el, autant il se déclarail hostile à lu
liberté des congrégations, autant il s'engageail défendre contre tous la liberté de l’enseignement. Et
déposait les armes.
. Aujourd'hui, c’est contre des amis, partisa monopole universitaire, c’est contre d’autres arr détracteurs imprévus de la neutralité scolaire,
M. Ferdinand Buisson est forcé de dépenser éloquence el d'uliliser sa dialectique; el voici que d républicains, trop oublieux de ses grands service l’accusent presque de tiédeur et de défaillance. livre leur prouvera, comme il prouvera à tout
Sa conceplion de l’enseignement primaire el l'instruction morale, son respect de la conscien enfantine, sont reslés les mêmes en 1912 qu'en 1880 el 1882. La passion politique n'a jamais obscurci en 2 lui la pensée, claire el calme, du philosophe et- -de va l’élucateur. Il ne veut pas que l’école primaire, fré- : quentée par des élèves de moins de douze ans, soil une lice ouverte au conflit des idées religieuses et des syslèmes mélaphysiques; mieux que personne, 4 comprend que, porter alleinte à la neutralité, ce serait ruiner tout l'édifice scolaire : il a le droit d’opposer à la lémérilé un peu aveugle des novateurs … son amour de l’école, son expérience et les leçons des lulles anciennes. Puisse sa voix élre écoulée! C'est. celle de la raison el de la liberté.