L'Action, 6 et {1 juin
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Viviani, au premier moment, ma fail trembler. Sa thèse semblait faire revivre les plus beaux jours de l’université impériale, car, comme dit M. Lavisse, ! « qu'y a-l-1l de plus impérial que l'Université? » Viviani, transcrivant presque Fontanes, écrivait : * « L'État à non pas le droit, mais le pouvoir d'enseigner. L'enseignement est un pouvoir comme celui de dire la loi, celui de battre monnaie, de recruter des troupes. Cela est si vrai que, même les Congrégalions disparaissant, nous ne voudrions pas que l'État abandonnät la liberté d’enseignement à des groupes laïques, fussent-ils animés de notre esprit. Nous ne le voudrions pas plus que nous ne souffririons qu'ils battissent monnaie... »
Voilà bien le monopole absolu, au sens littéral, celui que Lamennais appelait « la gabelle des connaissances ». La formule de Viviani estimpitoyable : pas plus de diversité possible, pas plus d'indulgence pour les opinions particulières, pas plus de nuances et de, souplesse dans l’enseignement que dans la frappe des monnaies où dans le code militaire, Quelle perspective!
Heureusement, presque aussitôt l’auteur ajoute : « Cerles on peut envisager sous diverses formes le monopole. L'État n'est pas obligé d'enseigner luimême. 11 peut déléguer son droit... à qui lui agrée. Mais déléguer c’est affirmer son droit, ce n’est pas l'aliéner. »
Arrivé là, j'ai respiré. J'ai compris. Viviani — je ne sais pourquoi, c’est assurément ma faute — s'est imaginé que « je me ralliais » — c'est son expres-
sion —— « à la loi de 1850 » (juste ciel! a-t-il pu le croire?) « ou du moins au faux principe de la libérté d'enseignement » considéré comme un droit naturel qui ferait échec à celui de FÉtat. Et c'est là contre qu'il a lancé tout d'une haleine cette émouvante apostrophe, où il évoque contre l'œuvre de Montalembert et de Dupanloup, toute la lignée des défenseurs du droit de l'État, depuis Guizot, de Broglie et Thiers (première manière) jusqu'à Jules Favre et Victor Hugo.
Rassurez-vous, dirais-je volontiers à notre éloquent ami. Je n'ai jamais éprouvé à cel égard ni doute ni hésitation.
L'ancien régime disail : Omnis polestas a Deo, le nôtre dirait s'il parlait lalin : Omnis polestas a populo, ce que la Déclaration des Droits de l'homme exprime en ces Lermes : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation : nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément ». (Art, 3.) Nous appliquons ce texte à l'autorité enseignante aussi bien qu'à toute autre. Barthélemy Saint-Hilaire a parfaitement dit : « Le droit naturel d'enseigner? ce droit n'existe pas. Il ne peut exister qu'un droit : celui pour des personnes capables, remplissant les conditions dont l'État seul est juge, d'être autorisées à instruire la Jeunesse. »
C'est cette formule même que, pour ma part, j'ai défendue, soil comme président, soil comme rapporteur, aux deux congrès de Lyon !.
Dans une démocralie l’enseignement intéresse directement la nation : il appartient donc à l'État