‹ La foi laïqueChapitre 45 sur 111 · Voir ci-dessus p · texte numérisé non relu

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de l’assurer. Au besoin, l'État pourrait et, si les” circonstances l'exigeaient, il devrait l'assurer à lui seul. Il peut également par délégation autoriser à y parkciper, avec lui, des personnes présentant les garanties requises. Mais, dans tous les cas, il garde le droit et le devoir de protéger la personne de l'enfant contre un abus de pouvoir quelconque, soit de la famille, soit à plus forte raison de l’école. Or, de toutes les précautions qu'il doit prendre pour parer à ce danger, de toutes les conditions à requérir de quiconque veut enseigner, la première est d'être laïque. La loi doit consacrer ce que la logique commande : lincompatibilité entre les fonctions enseignantes et l'état de prêtre ou de moine, Trouverait-on naturel que le professeur, parce qu'il est docteur ou agrégé, prétendit monter dans la chaire du curé? Pourquoi linverse serait-il plus admissible?

En vérité, je crois bien que c'est là au fond tout ce que réclament la plupart des partisans du « monopole ». Au mot près, l’idée est juste. C'est le droit exclusif de la société laïque d’instruire ses enfants. Si l’on lent à cette absurde expression de « monopole », qui n'a pas de sens là où 1l ne s’agit pas de marchandises, 1} faudrait dire : l'enseignement est le monopole de Ia société laïque, de la nation, à l'exclusion des corps quelconques qui jusqu'ici prétendaient partager avec elle le gouvernement de la jeunesse.

Voilà l'un des deux « monopoles », qui n'est ni plus ni moins qu'une mauvaise manière de dire : la laïcité absolue de l’enseignement (au moins du primaire et du secondaire, puisque Albert Bayel lui-même demande expressément la liberté absolue

pour l’enseignement supérieur, pour les Universités catholiques, par exemple).

Quel est donc l’autre?

L'autre « monopole » c'est celui qui prétend « aller plus loin ».

Il faut dire, à son excuse, qu'il n'est qu'un mouvement de riposte à une nouvelle et dangereuse menace. On n'y aurait pas songé si l’on n'avait vu ou éru voir, au momert où nous nous flattions d'en avoir fini avec elles, les Congrégations obéir à un habile mot d'ordre, se disposer à tourner la loi, el entreprendre, sous une forme nouvelle, une nouvelle conquête de la France. Il n'y aura plus de Congrégations, soit, pour les badauds et pour les gendarmes. Les congréganistes des deux sexes seront habillés en civils. Il n'y aura plus de couvents, mais des pensions de famille jouissant de linviolabilité du domicile privé. Ne parlez plus du Père Coubé. Il n'existe plus. Demandez plutôt à M. l'abbé Coubé. Ce collège, ce beau pensionnat c'est celui des bons Pères? Nenni, c’est un établissement appartenant à une société civile qui, en sa qualité « d’employeur », emploie... les bons Pères? Non, certes, mais des abbés qui leur ressemblent. Même tactique plus facile encore pour les femmes : la religieuse d'hier, expulsée par la police de M. Combes, met une robe el un chapeau, et elle rentre en triomphe dans son école.

C'est à celle reprise de la France par les Congrégalions sécularisées que les plus ardents de nos amis veulent mettre obslacle, en interdisant l'en-

seignement aux ci-devant congréganistes, où pour ne pas dire la chose sous cette forme un peu crue, en interdisant l’enseignement à tout autre qu'aux maîtres et maîtresses nommés et payés par l'État.

Laissez-moi avouer d'abord que, si le danger élait réel, d'une part, et si de l'autre, il n’y avait pas d'autre moyen de le conjurer, je préférerais le règne brutal du monopole au règne perfide du Jésuitisme, parce qu'il faut choisir le moindre mal. Oui, s'il, était avéré que la loi Falloux ait assez pénétré les moelles de la bourgeoisie française pour qu’il soit aujourd'hui impossible d'empêcher l'organisalion en grand d'une vaste tricherie universelle, dont la jeunesse française serait témoin el complice, il y aurait encore moins de douleur et moins de honte à priver du droit d'enseigner quelques milliers de laïques utiles au pays, qu'à voir d'un bout du territoire à l’autre, nos enfants savamment ‘faconnés à la ruse et à la dissimulation, exercés à se moquer des lois, initiés à la manière de tromper l'inspecteur, associés aux pieux subterfuges qui déjouent la vigilance de César, accoutumés avec l'absolution du confessionnal à mentir et à entendre mentir tous les jours de leur scolarité, pour la gloire de Dieu.

Mais en sommes-nous là?

La peur des Congrégations est une disposition salutaire, mais à condition de ne pas dégénérer en panique : la panique est la pire des conseillères.

J'essaierai de démontrer, la prochaine fois que l'Action me donnera l'hospitalité, deux choses :

La première que le danger qui affole quelquesuns de nos amis n'existe pas, à l’élat, du moins, de danger grave;

La seconde, qu'il en existe un, réel et grave, celui-là, qui gît précisément dans le remède proposé.

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