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UN MOT DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Il semblait qu'il n’y eût plus rien à dire. M. Fallières, en effet, n'ajouta qu'un mot à cette page immortelle. Mais qu'il était significatif!

Il nous demanda de ne pas oublier que ce « fils vénéré de la démocralie, ce grand homme de bien, resta jusqu'au bout un des te nobles apôtres de la science et de la libre pensée ! »

On ne l'avait pas dit. Sans doute, on ne pouvait pas tout dire. C’est pourtant un des traits lout à fait caractéristiques de la vie de Berthelot et, en particulier, de ses dernières années, d’avoir consenti avec un admirable empressement à donner son nom, sa parole, sa présence, son concours, non seulement à la science, mais à la libre pensée militante et populaire.

Il avait accepté d'être le président d'honneur et, à vrai dire, le fondateur de l'Association nationale des libres penseurs.

À Rome, lors du premier Congrès international de la libre pensée, ce fut une lettre de Berthelot qui servit en quelque sorte de manifeste commun aux libres penseurs de Loutes les nations. « Ce que nous voulons, disait-1l, ce que nous avons le droit et le devoir de faire, c'est d'enlever à l'esprit clérical Ta direction officielle des États et, surtout, la direction obligatoire des consciences, celle de léducalion Les celle des œuvres de solidarité sociale. »

Faut-il l'avouer? Me souvenant de ces paroles de Berthelot et de tous les actes par lesquels il souvent, seul parmi les savants, collaboré publiquement à nos efforts, j'ai été remué jusqu'au fond du cœur en entendant le Président de la République rappeler ce litre de plus qu'avait Berthelot à la reconnaissance publique.

C'est, je le crois bien, la première fois dans les deux hémisphères, qu'un chef d'État prononce en public le mot de libre pensée.

L'avoir dit tout haut, avec cette simplicité, sans détours et sans phrases, c'est de la part du premier magistrat de la République quelque chose de plus qu'un trait de haute probité intellectuelle et une marque de délicate fidélité à une grande mémoire. C'est aussi le signe du progrès des idées, qui se traduit par celui des mots.

La voilà donc entrée, de par M. Fallières, dans le protocole républicain, cette « libre pensée », dont le seul nom suffisait naguère à discréditer un homme ou un park! EL, puisque c'est au nom du gouvernement que parlait le chef de l'État, n'avons-nous pas le droit de croire que, désormais, il sera permis à un fonctionnaire, à un employé de L'État, — à un instituteur, par exemple — d'essayer dans sa modeste sphère d'être, lui aussi, « apôtre de la science et de la libre pensée »?

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