REGAINS
Tel qu'on nous l'a laissé, le Divan est encore l'un des endroits les plus singuliers de Paris. La tradition semble devoir s'y conserver quelque temps. Il vit beaucoup de ses souvenirs , mais enfin il vit. C'est un vieux soldat qui raconte ses campagnes.
Un soir d'émeute, Gérard de Nerval tournait l'angle de la rue Rossini et se dirigeait vers la demi-tasse accoutumée.
Une sentinelle avait été placée aux environs des bureaux du National.
Gérard cheminait, rêveur et mélancolique. Il fut brusquement réveillé par le cri du fantassin :
— Qui vive ?
— Ami.
— Passez au large !
— Comme cet animal-là comprend l'amitié ! murmura Gérard.
Un autre jour on causait musique.
Il s'agissait de M. X..., chef d'orchestre d'un théâtre du boulevard dont on débinait les compositions.
— Il a au moins un grand talent d'accompagnateur, insinue un homme bienveillant.
— Accompagner ! la belle affaire ! s'écrie Beauvoir, les gendarmes aussi accompagnent !
Le baron de Gyvès essaye les lunettes de Busquet.
— Tiens! je vois trouble ce soir avec tes lunettes...
— Parbleu ! je suis gris.
Z..., membre de plusieurs tragédies savantes et animé de ce courage qui va frapper chez les commissaires de police, avait reçu un soufflet dans la chaleur d'une discussion.
— Eh bien ! s'est-on battu ? demanda Banville le lendemain.
— Non. L'affaire est arrangée.
— Et le soufflet?
— Z... le garde pour le mettre à sa boutonnière !
C'est encore un habitué du Divan et l'un de ses plus aimables causeurs, M. Lerminier, qui, à l'époque des inondations , demanda si l'on n'ouvrirait pas bientôt des souscriptions pour les gens à sec...