‹ La foire aux artistesChapitre 7 sur 85 · LE TRIOMPHE DE LA TENUE · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DE LA TENUE

Tu vas voir ça. Voilà comme je fais les affaires, moi. Tu es mon meilleur ami! viens avec moi.

(Ils sortent du café.)

roger de Beauvoir. — Tiens ! je n'ai plus de cigares, allons en chercher.

trousseminard. — Ça va retarder la pièce...

roger de Beauvoir. — Ne crains rien. Nous rattraperons facilement ces quelques minutes. As- tu entendu parler de l'aventure d'André de Goy? DeGoy étant allé hier chez son agent pour y toucher quelques fonds, sortit de la maison avec un billet de banque plié en huit qu'il tenait du bout des dents. Pendant qu'il cherchait son porte-monnaie, il lui prit une quinte et il avala le billet.

trousseminard. — Ah! le malheureux !

roger de beauvoir. — Siraudin et Choler arrivent sur ces entrefaites. « Mes amis , leur dit de Goy, voilà de ces choses qui n'arrivent qu'à moi : je viens d'avaler un billet de mille francs. » Siraudin conseille l'émétique, Choler des coups de poing dans le dos. On entre chez un pharmacien. Le moyen de Siraudin réussit, et on trouve un billet... de cent francs. De là le proverbe : Sachons nous faire honneur des maux qui nous arrivent !

trousseminard. — Cette histoire ressemble à celle de Cléopâtre.

roger de beauvoir. — Moins le dénouement. Quelle heure est-il?

trousseminard. — Une heure un quart.

roger de beauvoir. — Allons au Théâtre Français. Nous irons chez Cogniard en revenant. Connais-tu Empis ?

trousseminard. — Non, m'sieu.

roger de beauvoir. — Notre pièce pourrait très-bien lui aller. Seulement, ne va pas faire de bêtises, ne te marie pas dans la maison de Molière.

trousseminard. — On dit que ça porte bonheur.

roger de beauvoir. — Au jeu seulement.

trousseminard. — Cependant, Molière a fait des pièces qui ont réussi.

roger de beauvoir. — J'ai improvisé une chanson làdessus, à un dîner chez le prince Filassopoff. En voici quatre vers :

Molière, époux de la Béjart, Eut beaucoup de talent naguère.

Madeleine épousant Uchard En a fait un second Molière.

— Comment la trouves-tu ?

trousseminard. — Très-encourageante.

(Passe M. Henri Delaage.)

henri delaage. — Que je suis heureux de vous voir ! Laissez-moi vous serrer la main... Encore! encore!

roger de beauvoir. — J'ai causé de vous toute la soirée d'hier.

henri delaage. — Et moi, toute la semaine.

roger de beauvoir. — Permettez-moi de vous présenter un de mes bons amis, M. Jules Trousseminard.

henri delaage. — Ah ! monsieur, que je suis heureux de vous voir ! Laissez-moi vous serrer la main... Encore ! encore !

trousseminard, ému. — Monsieur, vous en êtes un autre.

henri delaage. — J'ai lu de vous une nouvelle, dans La Casquette de Loutre, qui est une merveille d'observation. C'est aussi beau que Le Magicien d'Alphonse Esquiros.

trousseminard, à part. — Si papa entendait tout ça !...

iienri delaage. — La comtesse du Potin, à qui j'ai porté votre histoire, en a été ravie. Je n'aime pas à faire des compliments, mais vous pouvez seul prendre la place d'Alexandre Dumas.

roger de beauvoir. — C'est ce que je dis à tout le monde. Ainsi, mon cher Trousseminard, voilà qui est convenu , j'irai vous prendre demain , car il est un peu tard pour aller aujourd'hui chez Empis...

trousseminard, avec regret. — Vraiment ? voici mon adresse alors : rue Véron, à Montmartre.

roger de beauvoir. — J'y serai à six heures du matin. Bonjour.

Roger de Beauvoir prend le bras de M. Henri Delaage. Tous deux tirent de leur poche un petit encensoir en ferblanc et continuent leur promenade en l'agitant de droite et de gauche.

Trousseminard, rentré chez lui, saisit fébrilement sa plume et écrit :

A monsieur Trousseminard père, greffier,

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