‹ La folie a ParisChapitre 29 sur 68 · IVRESSE DÉLIRANTE · texte numérisé non relu

IVRESSE DÉLIRANTE

pardonneront peut-être. Est-ce que des enfants si tendrement chéris peuvent maudire leur père !

« Et puis, enfin ! Est-ce que cette femme, elle aussi, n'était pas une grande coupable? ne méritait- elle pas un châtiment? Pourquoi; hélas! la fatalité m'a-t-elle désigné pour être le justicier !

(( C'est, je crois, dans le mois de mai 1886 que j'ai suivie, chez elle, Marie Aguétant, pour lui faire une scène de jalousie, car je l'avais surprise aux Folies-Bergère, avec celui pour lequel elle me trompait, moi qui me suis ruiné pour elle 1

« Emporté par la colère, je devins d'une violence inouïe. Elle me brava. Sous le coup d'une insulte plus grave que tout ce qu'elle m'avait dit jusque là, je bondis sur elle et, la renversant en arrière, en la tirant par les cheveux, je lui coupai la gorge avec un rasoir que je saisis sur la cheminée et qui était une preuve irrécusable de sa liaison avec un autre.

« Je m'enfuis aussitôt; mais j'étais inondé de sang. Que de sang! les taches en sont encore visibles sur mes maiils. J'ai beau les laver, les frotter, rien n'y fait.

« Depuis quelque temps, je revois le fantôme de cette malheureuse toujours couvert de

sang... ce sang qui coule toujours, tout chaud, sur mes mains, que je sens comme attachées à son cou. Cette vue et ce toucher sont horribles et insupportables à ce point que, souvent, je préfère mourir. Comme cela du moins, ma mort ne serait pas infamante; et, de fait, ce qui me tourmente le plus, c'est le déshonneur qui peut demeurer attaché à mon nom jusqu'ici porté honorablement. Aussi, je ne veux pas qu'on puisse le jeter à la face de mes filles comme une suprême injure, et c'est pourquoi je le tairai résolument. Il faut que mes enfants, innocents du crime commis par leur malheureux père puissent passer partout la tète haute. Je me dois sacrifier entièrement dans ce but, et, maintenant, à la grâce de Dieu !

« Si je ne dois plus revoir mes enfants, je passerai tout le temps qui me reste à vivre, avec leur souvenir. »

A cette remarque qui lui est faite : « Mais ce n'est pas la première fois que vous venez ici... Je vous reconnais et tout à l'heure, je saurai votre nom.... Il est donc inutile que vous le taisiez plus longtemps. » X... se trouble. Il semble sortir, à demi, d'un rêve profond. Il promène ses regards autour de lui, examine le visage des personnes qui l'environnent, pendant que sur sa ph3^sionomic se traduit l'effort

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