IVRESSE DÉLIRANTE. IO
d'une coordination psychique. II pousse quelques soupirs et murmure : « Gomme c'est étrange!... Il me semble bien en effet.... » Il n'achève pas.... Une sorte de torpeur l'envahit, et afin d'éviter de le fatiguer, l'examen est suspendu.
Dans les heures qui suivirent, il se montra engourdi, absorbé. La première nuit fut mauvaise. X... restait assis sur son lit, sans la moindre agitation. Sur l'invitation des surveillants, il consentait à se coucher, mais pour reprendre bientôt sa position assise et son attitude réfléchie.... Se résignant passivement à ce qu'on demandait de lui, au sujet de son alimentation, il consentit à prendre du bouillon et du lait.
Le lendemain, il est à peu près dans le même état que la veille, bien que ses convictions délirantes s'affirment moins catégoriquement. « Où suis-je ici? demande-t-il? Est-ce le Dépôt des condamnés? Est-ce tout simplement l'Infirmerie spéciale? Vous en êtes le médecin, n'est-ce pas? Il me semble que je me trouve dans un endroit connu et que je me rappelle vous avoir vu ici-même. Est-ce vrai? Ou bien, mon cerveau est-il le jouet d'une illusion ? Mais, si cela est, c'est donc qu'on me juge atteint de troubles cérébraux et l'on met sur
I I o ÉTUDE CLINIQUE.
le compte d'une hallucination le crime que j'ai commis? Alors, je pourrais être déclaré irresponsable et acquitté, ce qui sauverait mes enfants de la honte. Oui, mais en ce cas, si je suis pris pour aliéné, je vais être interné comme tel et soigné spécialement à cet effet. C'est d'autant plus affreux que cela ne m'ôtera nullement de devant les yeux l'horrible et revivant spectacle de mon forfait. Cette perpétuelle vision ensanglantée m'obsède continuellement. Et ce sang que je ne puis faire disparaître, ce sang qui souille mes mains, qui me brûle à l'endroit de cette tache que vous voyez là et que rien ne peut effacer! Si cela doit persévérer, j'en mourrai certainement. »
X... demande, fréquemment, de l'eau pour se laver les mains; il exerce d'actifs frottements sur la tache de sang- : sa physionomie a, pendant cette opération, une grimace d'horreur et de dégoût, et il tressaille en disant : « C'est mdélébile! » Après de vives instances, X... consent, ce jour-là, à se nommer. Bien qu'il se considère toujours comme l'assassin de Marie Aguétant il est moins triste, moins absorbé et cause plus volontiers.
Par l'un de ces hasards que réalise la clinique, on amena précisément, ce jour-là, un autre assassin de Marie Aguétant. C'était un sieur J...