LES FOLIES URBAINES
Parmi les médecins occupés spécialement de l'étude des maladies cérébrales, il n'en est guère, certainement, auxquels n'ait été adressée cette question fort nette : « Y a-t-il plus de fous aujourd'hui qu'autrefois? » Par ce temps d'énorme et bruyante publicité donnée aux plus petits événements de la rue, comme aussi, malheureusement aux plus lamentables drames, de famille, qui, le plus souvent, auraient pu rester le secret des parents douloureusement frappés, l'esprit est porté à grossir encore le mal. On ne voit plus autour de soi que catas-
Paui- Garnier. I
trophes cérébrales : on est amené à croire, en un mot, que la folie multiplie le nombre de ses victimes dans d'effroyables proportions, et l'on peut avancer que l'interrogation ci-dessus est presque toujours posée avec un sentiment déjà tout formé et la prévision d'une réponse affirmative.
Mais s'il y a, dans les circonstances que j'indique, des motifs de nature à engendrer de fortes exagérations, il faut reconnaître que, dans le fond, l'opinion publique est d'accord avec la vérité des faits, puisqu'elle a pour elle la sanction des chiffres.
Oui, la folie augmente de fréquence. Mais où, pourquoi, et comment?
Dans les statistiques relatives à la mortalité, on ne se préoccupe pas uniquement de savoir si celle-ci s'accroît, reste stationnaire ou diminue. On prend aussi soin de rechercher les causes d'où naissent les variations que l'on peut constater, et de relever la proportion fournie par chaque contingent morbide à l'ensemble de la léthalité.
Qu'il s'agisse de la perte de la raison, au lieu de la perte de la vie, les procédés d'enquête restent les mêmes; il est indispensable d'aller au delà d'une notion synthétique et de s'informer, en matière de folie, des conditions plus