‹ La folie a ParisChapitre 4 sur 68 · LES FOLIES URBAINES · texte numérisé non relu

LES FOLIES URBAINES

particulièrement nocives qui agissent sur le développement des troubles intellectuels, sur la prédominance de telle ou telle variété morbide, dans des circonstances et des milieux déterminés.

Au fur et à mesure que le mouvement d'attraction vers les grands centres s'accentue et ajoute sans cesse à des agglomérations déjà énormes de vies humaines, il semble qu'il y ait, de plus en plus, lieu d'ouvrir un chapitre spécial à ce que l'on pourrait appeler les folies uî^baines, par allusion aux éléments de causalité qui s'y trouvent réunis et accumulés.

Il paraît établi que l'augmentation du bienêtre, les progrès de l'hygiène morale et physique, progrès qui ont pénétré dans des provinces restées longtemps extrêmement pauvres et se répandent au sein de populations rurales très arriérées, ont déjà affaibli, dans ces contrées, le nombre autrefois considérable des agénésies intellectuelles congénitales. Une meilleure alimentation, une habitation moins insalubre, la vulgarisation de l'instruction élevant le ton moral de l'individu et l'affranchissant des plus grossières superstitions, c'étaient là autant de raisons pour diminuer les causes de dégénérescence physique, intellectuelle et morale.

Nous sommes donc disposé à reconnaître,

avec le regretté D"" Lunier (i), que le nombre des idiots tend à décroître dans ces milieux ruraux.

Mais l'examen de ce qui se passe dans les grandes villes est loin de nous conduire à des constatations aussi rassurantes.

C'est là que la folie suit un mouvement ascensionnel véritablement inquiétant. Il est à cela des causes multiples, au premier rang desquelles il convient de ranger Valcoolisme sans cesse grandissant, et aussi cette suractivité fonctionnelle, ce surmenage de l'organisation intellectuelle et physique, cette tension exagérée de toutes les forces vives qu'engendre l'ardeur de la httte pour V existence.

Ce sont là choses assurément bien connues, mais il ne peut pas sembler inutile, en présence des graves intérêts qui sont en jeu, de multiplier les exemples et de faire ressortir l'importance, dans le développement de la folie, au sein d'une ville comme Paris, de ces deux facteurs, d'ailleurs souvent associés dans leur action nocive : Valcool et le surmenage.

(i) Lunier, Mouvement de l'aliénation mentale en France {An. méd-.psych., 18841.

MOUVEMENT DE l'aLIÉNATION.

MOUVEMENT DE l'aLIÉNATION MENTALE A PAPIS.

En dressant, récemment, les relevés statistiques du service de l'Infirmerie spéciale, j'ai noté diverses particularités qui m'ont paru intéressantes et dignes d'être mises en relief.

Chargé depuis trois ans (i) de la direction de ce service, j'ai cru devoir faire un tableau à part pour cette période triennale, afin d'en étudier de plus près les chiffres et d'en analyser la composition, me réservant de les rapprocher, pour une utile comparaison, des chiffres antérieurs.

Dans ces trois dernières années, le nombre des individus envoyés à l'Infirmerie spéciale, aux fins d'examen, a été de 8,889, ^'-^^^ lesquels

(i) L'intérêt de la présente statistique portant principalement sur cette dernière période triennale, la question d'une variation possible dans le chiffre de la population parisienne, en ces trois années, devait être négligée. Ce n'est évidemment pas dans une augmentation proportionnelle des habitants de la capitale qu'il faut chercher l'explication de la progression si rapide de la folie. Dans cet intervalle on n'a pas, davantage, à signaler l'intervention de conditions perturbatrices extraordinaires, mais transitoires, comme celles, par exemple, qui ont fait monter, tout à coup, en mai 1871, le chiffre des alcoolisés admis à Sainte-Anne à la proportion énorme de 48 p. 100, ainsi que cela résulte des recherches de MM. Magnan et Bouchereau.

8,1 39 ont été reconnus aliénés. C'est ce mouvement qu'indique le tableau I.

Tableal' I. — Mouvement triennal, 1880-1888, de l'aliénation mK7itale à l'Infirmerie spéciale.

HRCOXMS ILIÉNÉS.

so.\ RECoxscs iuim.

lOTlL ItES nitiviiiis

EXAMOÉS.

14S lh5

Totaux. . . .

Ne retenant pour l'instant que ce total triennal de 8,139 malades, placés d'office et transférés de l'Infirmerie spéciale, par les soins de la Préfecture de police, à Sainte-Anne pour la presque totalité et, pour un très petit nombre, à la Maison nationale de Charenton ou dans différents asiles privés, nous aurons une première remarque à faire au sujet de la prédominance marquée du sexe masculin sur le sexe féminin : 4,83 1 hommes et 3,3o8 femmes, soit H. 59,35 p. 100, F. 40,64 p. 100, ou le rapport 3:2.

Cette prédominance de l'élément masculin est là exceptionnellement accentuée et dépasse

MOUVEMENT DE l'aLIÉNATION. 7

celle qui est accusée par la statistique générale des aliénés du département de la Seine (placements d'office et placements volontaires réunis) de ces dix-sept dernières années, ainsi qu'on peut s'en assurer par les résultats du tableau II.

Tableau II. — Statistique générale de la préfecture de police. Placements d'office et placements volontaires (1872-1878).

ANNÉES

HOMMES

FEMMES

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