‹ La folie a ParisChapitre 31 sur 68 · IVRESSE DÉLIRANTE. I I I · texte numérisé non relu

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qui s'était également constitué prisonnier dans une localité des environs de Paris. Celui-là aussi donnait les détails assez complets, mais moins précis cependant, sur les circonstances du crime. Mis en présence l'un de l'autre, X... et J... se renvoyèrent réciproquement des regards de pitié et de dédain. Rien n'était plus étrange que ces deux hallucinés se disputant la propriété du crime. Chacun d'eux avait de l'autre, bien visiblement, cette idée : « Mais cet homme est fou! « J... était un délirant alcoolique vulgaire dont les conceptions imaginaires étaient autrement plus mobiles et plus vagues que celles de X.... Interrogé parce dernier qui continuait à revendiquer hautement pour lui, l'assassinat de Marie Aguétant, J... ne put défendre son opinion avec la même Ibrce queX.... Il battit quelque peu en retraite, sollicité d'ailleurs par d'autres courants d'idées ■morbides et d'autres troubles sensoriels relevant d'un accès de délire alcoolique. X... sembla sortir triomphant de cette épreuve et pourtant, son roman n'allait pas tarder à s'évanouir complètement. Si la première nuit avait été insomne, la seconde fut marquée par un sommeil profond.

Au réveil, X... n'est plus le même homme. Il se souvient, en partie, de ses allégations fan-

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taisistes. Il a repris presque complètement possession de lui-même. Il raconte que la veille du jour où il s'est présenté au poste de police, pour se constituer prisonnier, il s'était, selon son expression, gi^isé affreusement. Comment en est-il venu à penser qu'il était l'assassin de Marie Aguétant qu'il n'avait, d'ailleurs, jamais vue. Il ne se l'explique pas. Est-ce parce qu'il suivait passionnément les comptes rendus de l'affaire et les incidents de la Cour d'assises, au point d'en rêj^ev et de transporter ce rêre dans la réalité?

« C'est probable, dit-il, car ce procès tenait une grande place dans mon esprit, en raison des doutes auxquels il prêtait.

« J'ai toujours eu, ajoute-t-il, beaucoup d'imagination; c'est mon côté brillant, et, à peu près le seul, je dois le reconnaître. Autrefois, j'étais un peu poète, et j'ai fait des vers dont on a dit quelque bien. Je m'identifie aisément avec les personnages de roman, et je m'explique que, travaillé par l'excitation de l'ivresse, mon cerveau ait enfanté cette ridicule histoire que je vous ai contée. J'ai commencé à réfléchir sur l'absurdité de tout cela, hier, après votre visite. D'abord, je vous avais reconnu et ce fait seul devait changer un peu l'orientation de mes idées. A dater de ce mo-

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ment, des perplexités m'envahirent; des objections naissaient, nombreuses et pressantes, dans mon esprit, alors que vingt-quatre heures auparavant, tout me semblait si net, si certain ! Maintenant, pourquoi et comment ai-fe eu la surprise de constater, à un moment donné, que les marques de sang s'étaient effacées sous l'action d'un lavage prolongé ? J'ai cru tout d'abord que, sur votre prescription, l'un de vos internes avait introduit une substance chimique dans l'eau qui servait à ce nettoyage et je dois dire que, pendant quelques minutes, j'eus des alternatives de doute et de conviction^ Puis, je dois vous avouer que certaines cir-' constances firent grande impression sur moi* Vos bontés personnelles pour moi, le souvenir de votre main tendue vers moi, mouvement qui provoqua une grande secousse dans tout mon individu, l'aménité de vos surveillants, tout cela suscita des réflexions salutaires chez moi. Ce n'est pas ainsi, me disais-je, que l'on traite un homme s'accusant d'un pareil forfait. Puis, je tombai tout à coup dans une sorte dd prostration, je dormis d'un sommeil bienfaisant et le lendemain, je renaissais à la vie ordinaire, après trois jours d'un désordre complet de mes facultés. »

Je crus devoir garder Ferdinand X... encore

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quelques heures, ù l'Infirmerie] spéciale, afin de m'assurer que son esprit s'était définitivement affranchi de l'idée délirante qui l'avait occupé pendant près de trois jours. Son calme ne se démentit pas. Observé très attentivement pendant la nuit, il eut un sommeil ininterrompu.

Lorsqu'il quitta le Dépôt, le lendemain, pour reprendre son existence ordinaire, il avait complètement mis de côté ses allégations fantaisistes. A aucun moment, il n'avait présenté cette agitation nocturne, cette mobilité de troubles sensoriels, qui caractérisent essentiellement le délire alcoolique, même la forme apyrétique à laquelle s'applique V alcoolisme siibaigu si bien décrit par mon regretté maître Lasègue.

C'est en notant les différences qui séparent X... du délirant alcoolique aigu ordinaire que j'avais été conduit à surseoir à toute décision. La prévision d'un très rapide effacement du délire commande, en pareil cas, l'ajournement de toute mesure. Il est contre-indiqué de diriger sur un asile d'aliénés un homme qui, délirant aujourd'hui, sera vraisemblablement raisonnable demain, par le fait de cette évolution brusque qui est la loi de certains délires, apparaissant tout a coup, sur le terrain de la dégénérescence mentale, à la faveur de la compli-

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