‹ La folie a ParisChapitre 32 sur 68 · IVRESSE DÉLIRANTE. I I · texte numérisé non relu

IVRESSE DÉLIRANTE. I I

cité d'une cause occasionnelle, — la stimulation alcoolique par exemple — et disparaissant avec la même rapidité.

Je ne pense pas, je le répète, qu'on puisse ranger cette observation parmi les cas de délire alcoolique proprement dit. Elle s'en éloigne par la marche du trouble mental et par la nature des symptômes.

X... se laissait, de temps à autre, entraîner à des libations copieuses ; il ne s'alcoolisait pas d'une façon régulière et la perturbation mentale qui s'est développée à deux reprises chez lui, s'estaccompagnée de conceptions délirantes, a duré, la première fois, un jour et demi, et la seconde fois, trois jours, a coïncidé, d'une façon immédiate, avec l'abus de boissons spiritueuses où l'absinthe figurait en première ligne. Elle est née comme naît l'excitation ébrieuse. Agissant sur un cerveau aux facultés Imaginatives très saillantes, l'alcool a suscité un processus d'idéation morbide, comme il aurait pu provoquer, chez tel autre, différemment organisé, une décharge motrice, une fureur aveugle, une ivresse maniaque ou convulsive. L'absence de signes physiques (tremblement des extrémités, secousses fébrillaires des muscles de la langue, agitation avec recrudescence nocturne) est ici à noter. Il est

Il6 ÉTUDE CLINIQUE.

vrai que dans le délire alcoolique d'origine absinthique, les troubles intellectuels n'attendent pas toujours pour se produire, l'imprégnation de l'organisme que révèle la trémulation musculaire. MM. Motet (i) et Magnan (2) ont, avec un grand sens clinique, fait remarquer que l'action perturbatrice de l'absinthe sur les facultés intellectuelles pouvait se manifester avant que les troubles moteurs aient eu le temps de se développer. Mais en pareil cas, le délire obéit néanmoins aux lois générales de la folie alcoolique : il en a l'extrême mobilité, en rapport avec la multiplicité et la Variété des hallucinations qui donnent au fou alcoolique une allure si spéciale; il présente aussi cette aggravation nocturne essentielle-

(1) Motet, Consid. gén, sur l'alcoolisme et les effets produits par la liqueur d'absinthe, thèse de Paris, iS5g. Les hallucinations^ dit M. Motet, parlant du délire alcoolique (absinthique) ne laissant aucun moment de I-épit au malade toujours inquiet, toujours en lutte avec les idées qui l'obsèdentj il éprouve un certain be^ soin d'agir. Il marche sous l'impulsion irrésistible de voix accusatrices ; les yeux soht injectés ; la face est rouge, la peau de tout le corps tuisselle de sueur, le pouls, est fréquent, l'incertitude des mouvements est telle qu'à chaque instant une chute est imminente... la parole est brève et saccadée, les mots entrecoupés se succèdent exprimant les terreurs auxquelles le malade est en proie, »

(2) Magnan, De l'Alcoolisme^ Paris, 1874.

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