‹ La folie a ParisChapitre 34 sur 68 · IVRESSE DÉLIRANTE. IK · texte numérisé non relu

IVRESSE DÉLIRANTE. IK

liqueur. Il ne s'explique pas ce qui a pu l'amener à déclarer qu'il s'était fait l'assassin de sa sœur. Toutefois, il convient qu'ils ont eu quelques querelles ensemble. Il n'a pas beaucoup de raisons de l'aimer, assure-t-il, mais de là à vouloir la tuer, il y a loin.

Louis L... d'après les renseignements qui nous sont fournis sur son compte, est le fils d'un alcoolique qui a eu un court accès de folie. Dans sa famille, on l'a toujours considéré comme une tète brûlée; mobile, instable dans ses goûts, il n'a jamais travaillé régulièrement. Il a commis, à différentes reprises, de petites escroqueries qui lui ont valu quelques condamnations. Il supporte très mal l'alcool, et lorsqu'il boit de l'absinthe, // est comme fou. On ne signale aucun signe pouvant faire supposer l'existence de l'épilepsie. Il y a deux ans, il a déjà eu une crise analogue, après avoir bu plusieurs verres de cette boisson. A3^ant lu dans les journaux que l'autorité militaire recherchait un sieur X... sergent-fourrier, déserteur, il se rend à l'état-major de la place. Là, il dit se nommer X.... il est le sous-officier déserteur, il vient se constituer prisonnier. On le croit sur parole et on l'enferme pour instruire son affaire.

Le lendemain Louis L... reprend possession

de lui-même; il est tout étonné de se voir au cachot. Il sollicite des explications. Il proteste.... On ne l'écoute guère tout d'abord.... On lui répond qu'on attend les pièces... Enfin, le troisième jour son identité ayant été vérifiée, il fut élargi.

Une des particularités intéressantes du délire ébriçux, sorte de rêve toxique, consiste dans les emprunts nombreux que ce délire fait aux idées et aux sentiments qui occupent l'individu à l'état normal, j'allais dire à l'état de veille.

On remarque là quelque chose d'analogue à ce que je me suis appliqué à mettre en lumière, à propos du vertige épileptique (i). Toutes les fois, en effet, qu'un homme est surpris assez brusquement, par une rupture de la vie consciente et se trouve transporté dans une existence imaginaire, il tend à apporter dans le monde nouveau où il se meut, la suite des pensées ou des sentiments qui hantaient préalablement son cerveau.

De plus, affranchi tout à coup, par cette éclipse du moi conscient, du frein qui, à l'état normal, le modère et le contient généralement

(i) Paul Garnier. Les vertiges avec délire. Mémoire couronné par l'Académie de ' médecine (Prix Falret, i883).

dans les limites tracées par les convenances sociales ou la loi pénale, il peut être ainsi amené à mettre sa conduite en rapport avec ses idées. Enfin, dans cette incoordination ps}xhique qui caractérise un tel état, le cerveau n'est plus apte à démêler, au juste, ce qu'il a pensé de ce qu'il a exécuté. Et pour n'en citer qu'un exemple, ne sait-on pas qu'un individu attristé, abattu, découragé par une situation qu'il juge, avec plus ou moins de raison, sans issue aucune, vaguement excité au suicide, mais retenu par diverses considérations, trouve dans la stimulation ébrieuse l'énergie nécessaire pour triompher de ses hésitations et passer à l'action.

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