Le délire alcoolique et ses modalités réactionnelles
Le délire alcoolique, on ne saurait trop le répéter, n'est qu'un épisode aigu au cours d'une intoxication habituelle, plus ou moins prolongée et chronique.
Si l'ivresse apparaît comme une aventure où l'imprévu joue le principal rôle, le délire alcoolique, — delirium tremens, fébrile ou non fébrile, — se montre comme un événement qu'il était possible d'escompter, puisqu'il n'est que
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l'échéance de désordres cérébraux lentement amassés, échéance qui pour être incertaine en sa date n'en était pas moins fatale en quelque sorte. Arrivé à un point suffisant d'imprégnation toxique ou de saturation alcoolique, le délire peut surgir à l'occasion de la moindre cause, et, pour qu'il éclate, l'intervention d'un nouvel appoint éthylique n'est môme pas nécessaire. Une perturbation organique quelconque • — maladie fébrile, traumatisme physique ou traumatisme moral réalisé par une émotion vive, l'annonce d'une nouvelle grave, un sentiment violent etc. — sont des motifs susceptibles de provoquer, sur ce terrain ainsi préparé, l'explosion de la ps3'Chose alcoolique.
Si l'on voulait résumer en une formule les caractères essentiels de cette variété de folie, on pourrait la définir : un accès de délire éclatant à la faveur d'une imprégnation toxique préalable, après s'être annoncé par de l'insomnie, et consistant essentiellement en des troubles hallucinatoires, multiples, mobiles, pénibles, commandant des réactions motrices immédiates, s'accompagnant de tremblement plus ou moins généralisé et de secousses musculaires, avec exacerbation nocturne de l'agitation anxieuse.
Les phénomènes hallucinatoires, qui mettent
surtout en cause le sens de la vue, sont ici le S3^mptôme tellement nécessaire qu'on peut dire qu'il n'y a pas de délire alcoolique sans troubles sensoriels. Ce sont ces phénomènes hallucinatoires si mouvementés qui communiquent à cette forme d'aliénation mentale ses allures vraiment spéciales, car ils dominent absolument toute la scène pathologique. Dans son délire , l'alcoolique est avant tout un tragique; dans ses conceptions fantaisistes, c'est un dramaturge qui édifie de toutes pièces un roman où tout est horrible, terrifiant et dont il est le plus souvent le héros aux transforma tons multiples et étranges.
Vivant dans cette fiction désordonnée et sinistre, il se présente habituellement aux yeux de l'observateur sous les dehors d'un homme harcelé par les craintes les plus chimériques.
Inquiet, effaré, anxieux, terrorisé, le délirant alcoolique est un panophobe irrésistiblement sollicité par le besoin de fuir un danger immédiatement menaçant. Mais, si tout l'invite à la fuite et le pousse vers une issue quelconque, il arrive que, affolé, éperdu, il se jette aveuglément à travers les obstacles, se rue sur un ennemi imaginaire et, dans une sorte de convulsion de la peur, frappe avec une invincible énergie.
Sous la pression de cette frayeur qui le talonne, donne à sa physionomie, à ses gestes une expression si saisissante, le malade a une façon d'énoncer ses terreurs qui n'appartient qu'à lui.
Aussi bien, à supposer qu'il fût caché aux regards de l'observateur, serait-il encore possible, rien qu'à l'exposé de ses propositions étranges, de discerner à qui on a affaire.
Ce qu'il raconte, c'est un événement qui vient de se passer à l'instant même, ou dont l'action, se poursuivant encore, motive ses incessantes alertes. Et cette actiialilé même le pénètre et le fait participer à son mouvement. Il s'agite à l'instar de ce qui s'agite autour de lui, dans son cerveau d'halluciné. Dans ses créations fantasmagoriques, il ne se borne pas à une sobre figuration. Metteur en scène fécond, il fait presque toujours intervenir, des collectivités d'êtres animés, hommes ou bêtes, etpar fois des foules qui ondulent, se déplacent, des armées qui en viennent aux mains.
Quand le délirant alcoolique, au plein de son accès de panophobie, fait irruption dans un poste de police pour réclamer protection, l'air effaré, anxieux, il n'annonce pas un seul ennemi.... Il y en a dix, vingt, cent, armés jusqu'aux dents, qui le poursuivent et qui sont
sur ses talons.... S'il grossit les chiffres, ce n'est pas seulement pour couvrir sa poltronnerie et donner à sa fuite un prétexte honorable,... cette amplification est au fond de toutes les conceptions de l'aliéné alcoolique.
Appelé en des directions diverses, par ses troubles sensoriels, il ne tient pas en place. Pendant que vous le questionnez sur la nature de ses appréhensions, il vous quitte, brusquement, comme un homme mandé vivement autre part. L'un de ces hallucinés que j'essayais de retenir me répondit : « Comment voulezvous que je reste là, à causer, quand lamaison Jlauible\ » et il se prit à d^urir, en criant : « Au secours ! au feu ! »
Le délire alcoolique appelle presque invariablement avec lui, la crainte, l'angoisse la plus vive. Quand le malade ne se dit pas menacé par des ennemis acharnés à sa perte, sa disposition lypémaniaque le fait s'armer d'une fausse accusation contre lui-même.
Il déclare qu'il vient de commettre un crime épouvantable, le cadavre de sa victime est Utj attestant son forfait,... il en parle avec un indicible effroi et la prévision d'un châtiment qui ne peut tarder. Parfois le délire, sourdement préparé de longue main, il est vrai, fait irruption soudainement et se fait jour dans un
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éclair de violence imitant l'impulsion vertigineuse comitiale.
Un sieur C... Pierre, trente-sept ans, intempérant endurci, a de confuses appréhensions depuis quelques jours et il dort mal. Il continuait cependant a vaquer à ses affaires. Le i3 mai 1884, il est attablé dans un restaurant avec trois de ses amis. Tout à coup, il se saisit d'un couteau à découper, bondit sur ses camarades et les frappe avec acharnement... Le lendemain il explique qu'il avait pris ses amis pour des juges qui l'avaient condamné à mort.
Quant à la multiplicité et à la mobilité des phénomènes halhacinatoires, les quelques faits ci-dessous relatés en sont des exemples suffisamment nets.
Charles D..., âgé de quarante-deux ans, jardinier, célibataire, est un intempérant de longue date. Une habitude à laquelle il ne déroge guère est de prendre tous les matins 3o centilitres d'eau-de-vie et dans le courant de la journée une quantité à peu près égale. Il ajoute à cela environ, deux litres de vin et, de temps à autre, quelques verres d'absinthe.
D'une robuste constitution, indemne d'antécédents héréditaires, il a longtemps résisté aux effets de cette intoxication. Mais, depuis environ trois mois, son humeur a changé, il
est devenu irritable; la nuit, il n'a presque plus de sommeil et est tourmenté par des inquiétudes vagues.
En septembre 1888, il tombe tout à fait malade ; il divague, voit des ennemis autour de lui. On l'amène à l'Infirmerie spéciale, en plein accès de délire alcoolique. Il nous raconte qu'il s'apercevait qu'on plaçait des excréments sous sa fenêtre tous ces derniers jours. La personne qui habite au-dessus de chez lui, urinait dans un pot de fleurs,... ça coulait par le trou d'échappement;... ça se répandait partout et ce n'était qu'un cri contre lui, dans la maison, car on l'accusait de faire toutes ces saletés. Cette môme personne prenait aussi une échelle à l'aide de laquelle elle pénétrait chez lui et venait déposer ses excréments dans les tiroirs de sa commode et jusque dans sa soupière. Elle a empoisonné "son lit.... C'est une abomination.... Les voisins le prennent pour un gâteux, l'appellent : « gros cochon... grosse vache... vieille saleté.... » On a aussi empoisonné l'eau du réservoir de la maison, et on a versé de l'acide salicylique dans une petite bouteille d'eau-devie,... etc. » Quelques jours avant son envoi à l'Infirmerie Charles D... avait été conduit au violon à la suite d'une scène désordonnée à son <lomicile.
« Dans la nuit, dit-il, j'entendis un agent et un valet de chambre « débattre le prix de ma peau ». Elle fut adjugée pour loo francs. Une personne est venue apporter au commandant du poste 5oo francs et une dépêche du procureur de la République pour demander si l'affaire était conclue.
« Deux individus ont ensuite pénétré dans ma cellule et ont essayé de s'emparer de moi; mais, je les ai repoussés à coups de poings. Ils sont revenus à la charge, armés, cette fois, de revolvers et de poignards. Je me suis mis à crier à l'assassin ! Ce que voj^ant, mes agresseurs se sont retirés en disant : a Remettons « l'affaire à demain, 6 heures. »
« Le lendemain matin, le commissaire de police me fit porter, par un agent, du bœuf avec des carottes et un verre de vin. Les aliments et la boisson étaient empoisonnés. Je n'ai mangé qu'une carotte et je n'ai pas bu de vin; cependant j'ai été très malade. Vers huit heures, le procureur de la République arriva et dit aux personnes qui étaient présentes : « Qui donc (( me débarrassera de cet animal-là? » Il envoya chercher un médecin pour déclarer que j'étais fou et que je devais être tué à coups de revolver. Mais le médecin ne voulut pas signer de certificat en disant qu'il ne voulait pas'
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tremper les mains dans une pareille affaire.
« On décida alors de m'étrangler. Mais le capitaine des pompiers m'a sauvé en faisant placer ses hommes dans les cellules voisines et derrière les portes.
« Le procureur a dit ensuite que j'avais volé des bijoux chez mon patron et que je les avais cachés dans ma chambre. « Aussi, disait-il, « pour qu'il n'y ait pas de preuves, il faut le « ûiire disparaître. » Enfin, on me trouva malade et on m'envoya à l'hôpital. Mais là, les sœurs m'espionnèrent toute la nuit par des judas pratiqués dans le plafond. Je les ai entendues dire : u Fait-il un nez! A-t-ilune tête. Ah ! non ! « mais a-t-il une tete ! En voilà un qui ne verra « pas lever le soleil demain! » Elles ont empoisonné une purge prescrite par le médecin, ont mis de l'arsenic dans le pain, de l'acide salicylique dans mon potage, dans mon lait, dans mon vin. La supérieure était coniinuellement à m'espionner et à me forcer à prendre le poison. Voyant le sort qui m'était réservé, je résolus de me sauver! » Charles D... s'enfuit, en elFet, de la salle où il était couché; en proie au délire alcoolique, il traversa le jardin, franchit un mur et vint tomber dans la rue où on l'arrêta pour le conduire au Dépôt.
Paul Garnier.
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?i I. ]\.aptus panopliobiqiie. — Rien ne peut donner une meilleure idée de l'intensité du délire hallucinatoire de l'alcoolique que cette terreur panique qui s'empare de lui, lui fait parcourir souvent des distances considérables, sous l'irrésistible impulsion que les centres sensoriels, hyperexcités jusqu'à l'aberration fonctionnelle, transmettent aux centres moteurs. Essouftié, épuisé, il s'arrête pour reprendre haleine, espérant avoir quelque avance sur ses ennemis; mais, il les voit, il les entend,... ils vont le rejoindre et il repart avec la vitesse dïuie flèche, bondissant par-dessus les obstacles, ou sy heurtant violemment, toujours éperdu, toujours affolé.
Un cultivateur de la Sarthe, B... Charles, âgé de cinquante-quatre ans, de robuste constitution, grand buveur, est sombre, inquiet, taciturne, depuis deux ou trois jours. On le trouve un peu changé, mais les constatations ne vont pas au delà de ce fait banal. Tout à coup, une nuit, il se lève sans cause plausible. On lui demande ce qu'il veut. Il se borne à répondre : « Je ne sais pas, je vais voir par là ce qu'il y a », et il disparaît. Dans la matinée du surlendemain des agents relevaient dans une rue d'un faubourg de Paris, un homme dont l'aspect était lamentable. Les vêtements
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lacères, le corps en sang, le visage couvert de déchirures, des lambeaux de chaussures aux pieds, l'œil hagard, il était alTaissé sur la route. On ne put en tirer aucune explication. Au Dépôt, après avoir repris des forces, après avoir été pansé, il sort de cette espèce de collapsus. Nous obtenons alors de lui quelques renseignements. Il s'est enfui de chez lui, parce qu'il avait cru comprendre qu'on l'accusait d'un crime, qu'on allait venir pour l'arrêter, qu'il était sûr d'être condamné à mort, etc., réagissant sous l'action d'une excessive frayeur il s'était élancé à travers champs; mais, dans sa conviction, les gendarmes galopaient après lui. (( Il s'agissait, nous dit-il, de gagner leurs chevaux de vitesse; j'ai franchi je ne sais combien de haies vives, j'ai traversé des taillis épais, impénétrables, et c'est là où j'ai laissé une portion de mes habits et un peu de ma peau. Ça gênait tout de même les gendarmes qui étaient forcés de faire un détour. Puis, la galopade recommençait.... Dans un bois grand comme une forêt je les ai distancés. J'ai bu à une fontaine. Un garde-chasse se pj-ésente et me demande ce que je fais là. Il n'avait pas l'air méchant : mais je n'ai pas perdu mon temps à causer. J'ai repris ma course,... l'eau que j'avais bue m'avait réconforté. A certains en-»
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droits, on criait : « C'est un mouchard », d'autres disaient : « Sauvez-vous! » Maintenant je désire voir le ministre de la justice pour lui démontrer mon innocence. »
Jean F..., valet de chambre, âgé de quarante et un ans, buveur d'absinthe au litre, est pris de panique, le i3 juillet 1886. Il s'imagine que tout Paris est en feu. Du centre de la ville où il habite, il court, d'un trait jusqu'à Argenteuil. où ses cris : « Au secours! au feu! » jettent l'émoi. On le questionne. Effaré, l'épouvante dans le regard, il répond : « Mais tout brûle ! Vous ne voyez donc pas les flammes ! Ça pétille pourtant assez. Tenez! entendez-vous le roulement des pompes à incendie! »
R... Henri, trente-huit ans, journalier, après une scène désordonnée à son domicile, où, dans l'emportement de la fureur alcoolique, il avait brisé tout ce qu'il avait pu atteindre, s'élance au dehors, arrive en courant au commissariat de police et déclare qu'on veut l'assassiner. Il demande à être protégé. Il est au comble de l'effroi. Dirigé sur le Dépôt, il nous raconte, le lendemain, toutes ses terreurs : « Neuf individus lui pissaient sur la tête,... les jets d'urine étaient de toutes les couleurs, et ça lui arrivait dans la bouche, pendant que trois autres indi-
vidas étaient couchés en travers de sa femme, en plein sur sa matrice, etc., etc.
Un autre alcoolique croit avoir encouru la colère de M. Carnot, qui voit en lui un anarchiste dangereux. Toute une nuit, il se livre à une course affolée dans les rues de Paris, voyant constamment derrière lui le chef de l'État avec un canon sous le bras, une mèche à la main, prêt à le mitrailler. Il s'était enfui de son domicile après avoir frappé sa femme de onze coups de couteau.
Le lendemain, à la visite, X... est beaucoup plus calme. Ses idées sont confuses. Il trouve néanmoins cette réflexion : « Ai-je eu une peur bête, hein ! » Il est couvert de sueur et tremble très fortement. Grand amateur d'absinthe, il en buvait jusqu'à deux litres par jour.
La terreur qui étreint l'alcoolisé en délire peut revêtir les fornies les plus bizarres, prendre pour thème les situations les plus étranges, les plus impossibles à réaliser ailleurs que dans un cerveau en pleine anarchie psychosensorielle.
P..., Auguste, trente-deux ans, cinployé de commerce, insomne depuis plusieurs nuits, s'échappe un soir de son domicile, emporté
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par un vertige panophobique... Sa demeure est cernée par des individus dont les armes relui' sent dans l'obscurité. A peine est-il dehors, qu'il voit tout un escadron de dragons poussant une charge sur lui. Il s'engage dans un dédale de petites rues pour échapper aux cavaliers qui exécutent de terrifiants moulinets avec leurs sabres.
Le procès-verbal qui Taccompagne à l'Infirmerie indique que des agents ont trouvé Auguste P... au milieu de la chaussée, à demicourbé vers le sol et dans la position d'un homme à la recherche d'un objet perdu : de la main droite, il tenait un revolver. Interpellé, il répondit : Je cherche ma iète que ces brigands pieuiient de faille sauter d'un coup de sabre. On eut beaucoup de peine à s'en rendre maître ; il criait aux gardiens de la paix : « Ah! voilà l'infanterie maintenant! » et il braquait son revolver sur eux. P... au moment de son entrée à l'Infirmerie est dans un état grave. Il a des sueurs profuses, de la fièvre, des soubresauts tendineux : son inconscience est complète. Nous le faisons diriger d'urgence sur Sainte-Anne.
§ n. Analogies du délire alcoolique apec le cauchemar. — L'un des caractères les plus
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constants du délire alcoolique, avec l'anxiété qui en fait le fond, consiste dans ce décousu et ce désarroi des conceptions qui appartiennent aussi a ce mode d'activité cérébrale qu'on appelle le rêve. Ce sont ces analogies qui ont permis à Lasègue d'établir de si ingénieux rapprochements entre cette modalité délirante toxique et les fantaisistes et pénibles créations du rêve dont cette modalité délirante semble comme la continuation, à l'état de veille.
Gustave K..., âgé de quarante-six ans, employé, amené, le 9 mai 1889, à l'Infirmerie, après un raptus panophobique, fait le récit suivant : « Hier, après avoir passé une journée assez triste, attendu que j'étais dépourvu d'argent, je vis sur le soir que j'étais poursuivi par un tas de jeunes gens « qui me blaguaient sur mon paletot qui n'est plus de saison ». Je ne pouvais m'asscoir sur un banc sans qu'ils viennent me tourner en ridicule. Bref, je reste avec eux, buvant de Veau purù, jusqu'à deux heures du matin. Le cocher qui les avait menés toute la journée et qui, en même temps, charriait des légumes, me rencontre et me dit : « Où allez-vous? » Je dis : « Au\ Halles, prendre une soupe de deux sous. » Qu'à cela ne tienne; répondit-il, suivez-moi. « J'y vais;
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très bien; mais après m'avoir fait faire six kilomètres, il me làclie. Je me trouve perdu. Je rencontre un autre homme, je lui demande ma route pour les Halles, a Je vais vous }mener », me dit-il aussitôt. Mais celui-là me mène dans un petit bouge. Je lui fais observer que je regrette bien, mais que je n'ai que deux sous. Oh! alors, ce féroce individu, de la bande des coupeurs de poignets, veut m'étrangler. Heureusement deux hommes entrent dans le lupanar et me sauvent. Je m'enfuis à toutes jambes. Je cherchais toujours mon chemin pour me rendre aux Halles, lorsqu'un un individu m'aborde poliment et me dit : « Monsieur est du quartier? — Non. — Oh! mais que monsieur prenne garde, il va se mettre dans la gueule du loup; car c'est ici le quartier des coupeurs de poignets. Je crois que vous vous en tirerez difficilement sans en laisser au moins un. Tenez ! en voilà précisément qui jouent aux boules. )) Effrayé, je me présente à eux... En les abordant, j'avais une peur bleue. Je leur offre aussitôt ma montre pour les bien disposer. L'un d'eux me répond : « Pourquoi faire? » Il y avait erreur; j'avais affaire à des personnes honnêtes. Je les suis et la rue où je les vois s'engager est bien la vraie, cette fois. Pas du tout, c'était un traquenard pour m 'attirer chez
eux. Je sens que je suis pris. Ils me chassent. Je me sauve avec la vitesse d'un chat poursuivi par un chien et, haletant, je tombe chez le boulanger du coin. La fatalité me poursuit : les coupeurs de poignets sont là en train de délibérer sur mon sort, je les entends dire : « De l'or, ou sa mort ! » Et je n'avais toujours que mes deux sous.
Je vis à côté d'eux une horrible femme, une petite boiteuse qui semblait avoir une grande autorité sur eux. Je lui adresse une prière. Elle me commande de lui dire mon nom et mon domicile et elle ajoute : « C'est bien, vous pouvez vous en aller. » Je ne me le fis pas répéter. Mais j'avais à peine fait cent mètres que je les entends courir après moi, en criant, tous en chœur : « Arrètez-le ! »
Arrivés sur moi, ils m'entourent : « Ah ! petit cochon, nous te tenons tout de même! » a Vous voyez d'ici ma tète ! Et dire que les Parisiens laissent faire des choses pareilles, en plein jour ! Bref, leur chef donne des ordres et je me soumets à sa vengeance. Elle fut terrible. Il me fit uriner devant la petite boiteuse; elle allait profiter de ma situation pour me couper le poignet et probablement quelque autre chose en même temps, et me pendre ensuite à un bec de gaz, lorsqu'il se fit une poussée dans
la foule. J'étais dégagé, renonçant à aller aux Halles, je courus au poste faire ma déclaration. »
Gustave K,.., qui a les 3TUX injectés, la face rutilante et baignée de sueur, dont les membres sont agités par un tremblement très marqué, croit toujours à la présence des coupeurs de poignets. Il crie dans sa cellule, se défend contre la petite boiteuse : « Elle me tient, au secours ! à l'assassin ! »
III. Elat cataleptique dans le délire alcoolique. — Harcelé par des visions terrifiantes, le délirant alcoolique cherche habituellement à se soustraire par la fuite au danger dont il se croit menacé. Sous le coup du vertige de la peur, il court affolé dans les rues et parfois sur les toits, selon l'issue qui lui est le plus promptement ouverte. Mais l'extrême frayeur peut parfois lui enlever ses moyens de locomotion et l'immobiliser dans la stupeur.
Ernest S..., Agé de trente-trois ans, emplo}^é chez un vernisseur, se présente le 5 mai 1888 à la consultation de l'hôpital Cochin. On le trouve tellement étrange qu'on se refuse à le recevoir. On l'envoie à l'Infirmerie spéciale avec le bulletin suivant : « Délire, hallucinations
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de la vue et de l'ouïe. Le malade se croit poursuivi. Alcoolisme invétéré. »
Au moment où on l'amène dans la salle d'examen, il marche tout d'une pièce, lentement, automatiquement. Il reste devant nous immobile, dans une apparence de raideur de tout le corps. Il semble comme figé par la peur. Sourd à toutes les stimulations, muet, analgésié totalement, il demeure dans une attitude cataleptique, les 3'eux fixes, hagards, le front mouillé de sueur. Son regard s'attache sur un même point avec une indicible expression d'épouvante; il n'exécute pas un geste, pas le plus petit mouvement. On l'approche sans qu'il paraisse s'en émouvoir ou même s'en rendre compte. La peau est chaude, le pouls fréquent et vibrant. La main posée sur les masses musculaires perçoit des frémissements ondulatoires. Les membres gardent les positions qu'on leur donne, comme dans la catalepsie. Les traits sont en quelque sorte fixés dans une expression de terreur qui se maintient des heures sans la plus légère modification. Il est inutile de chercher à détourner ses regards du point sur lequel ils se portent; aucune sollicitation ne parvient à réaliser une diversion. A un seul moment, il consentit à un langage mimique extrêmement sommaire.
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Nous lui demandions s'il apercevait des bêtes féroces, des serpents; il fit un très léger signe affirmatif de la tete et ce fut tout. La respiration est courte, haletante, la bouche entr'ouverte; la sueur inonde le corps. Les pupilles sont extrêmement dilatées.
Son immobilité ressemblant à certains états tétaniformes, il 3-^ avait intérêt à rechercher si la production d'un bruit brusque et strident provoquerait des soubresauts; mais des expériences de ce genre n'amenèrent aucun résultat. Il garda son immobilité de statue. Cependant le phénomène de la trépidation spinale fut assez facilement obtenu.
Cette terreur cataleptisante dura cinq heures. Puis, tout à coup, il se mit à pousser des cris, des appels désespérés dans sa cellule : (( Ouvrez-moi ! Ouvrez-nioi ! ils sont là plus de cinquante qui veulent me tuer. » Il s'élance sur la porte qu'il cherche à enfoncer, criant toujours : « Les voilà! les voilà! » Il demande un verre d'eau. Avant de boire, il fait cette remarque : « Quand j'aurai bu ça, je serai bel et bien empoisonné. » Deux heures plus tard, Ernest S... retombe dans sa stupeur, avec le même regard fixe, mais cette nouvelle phase dure peu et est bientôt remplacée par une extrême agitation. Il bouleverse les objets de
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literie, se blottit dans les coins, appelant au secours : « Venez ! ^'enez ! ils sont là derrière le mur; dépêchez-vous, ils vont tirer par la fenêtre. » Il trouve un moment de calme relatif pour expliquer à l'un des internes qu'il a été obligé de faire le mort pendant toute la nuit pour ne pas être assassiné, il entendait armer les revolvers; il connaît les individus qui veulent le mettre à mort : ce sont de pieux amis devenus enragés contre lui qui ont monté ce complot, sous le prétexte qu'il avait appelé la fille de l'un d'eux : sale p... »
Cette terreur cataleptisante est d'ailleurs un phénomène tout à fait exceptionnel dans le délire éthylique. Sur plusieurs milliers d'alcooliques nous ne l'avons notée que très rarement. Mais il importe de remarquer que, d'après les renseignements qui nous furent fournis, Ernest S..., a des antécédents héréditaires fâcheux; son père a été interné à Bicêtre à la suite d'excès alcooliques. On constate dans sa conformation physique certains stigmates de dégénérescence (oreilles sessiles, face asymétrique, léger prognathisme).
S... a, depuis plusieurs années, contracté des habitudes alcooliques: éclectique en son intemnérance, il s'adresse à l'absinthe, au rhum, au vin dont il évalue sa ration quotidienne à trois
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litres. Cinq ou six jours avant l'explosion de l'accès, il s'était senti mal à son aise et il avait dû interrompre son travail. Le sommeil, depuis longtemps mauvais, avait, dès ce moment, fait complètement défaut. La nuit était signalée par des inquiétudes confuses, de l'agitation, des promenades sans but. Puis, tout à coup ses hallucinations se précisent, il voit autour de lui des individus qui le menacent; et, profitant d'une courte absence de sa femme, il descend nu-pieds dans la rue. Il est ramené presque aussitôt chez lui par des voisins et sa famille inquiète le conduit à la consultation de l'hôpital Cochin.
Ernest S... envoyé à l'asile Saint- Anne s'est amélioré progressivement. Quelques mois après il a été rendu à la liberté et depuis lors, en nous en tenant' aux renseignements dont nous disposons, il n'a pas eu de nouvel accès.
*^ IV. Exacerbaiion nocturne du délire alcoolique. — L'alcoolique délirant est, entre tous les aliénés, celui chez lequel la peur acquiert un véritable caractère symptomatologique, car les angoisses du lypémaniaque pur ne se rapportent pas si bien à cet état émotionnel.
En sa qualité de peureux, le frisson de l'effroi l'envahit surtout dès qu'il se trouve dans l'obs-
curité : il a peur de l'ombre et des ténèbres et c'est en partie au moins à cette circonstance qu'il faut attribuer le phe'nomène si caractéristique dont nous avons parlé : Vexacerbation nocturne.
Pour porter un jugement exact sur des malades de ce genre, l'observation de jour doit se compléter par l'observation de nuit et c'est cette dernière qui est assurément la plus importante.
^'oici un homme qu'on vous a dépeint sous un aspect assez sombre : c'est, dit-on, un agité, un violent, un impulsif, un halluciné, dont on signale les actes désordonnés et dangereux. Et cependant, il est là devant vous, calme, convenable, d'apparence assez placide ; il vous écoute, répond avec une suffisante lucidité à vos questions et souvent il protestera énergiquement contre les faits qu'on lui impute ou les taxera au moins d'exagération. En tenant compte de son extérieur tranquille, de son langage cohérent et mesuré, on serait tenté de le croire, si, en l'examinant attentivement, on ne percevait quelques signes qui commandent au moins la réserve : une vague inquiétude du regard, l'injection plus ou moins marquée des conjonctives, la trémulation des muscles de la face, le tremblement des extrémités, l'enduit saburral
de la langue animée de petites secousses tibrillaires, etc., etc. Alors, la plus vulgaire prudence conseille de surseoir à toute appréciation définitive.
La nuit est venue... le même homme, tout à l'heure raisonnable et maître de lui, s'émeut, s'inquiète, s'agite. L'ombre va se peupler de fantômes, d'animaux, d'individus armés. Des apparitions sinistres le font passer par toutes les transes de la peur. ElTaré, il se cache le visage pour soustraire ce spectacle terrifiant à sa vue, il appelle au secours, il heurte violemment à la porte... il veut fuir. La raison est devenue lettre morte pour cet affolé, si différent de ce qu'il était quelques instants auparavant a l'éclat du grand jour. Dans un raptus panophobique il peut se porter aux actes les plus violents, au suicide, à l'homicide.
Il nous serait facile de citer de très nombreux cas dans lesquels l'alcoolisé met à profit ce calme apparent, trompe une vigilance d'ailleurs peu assidue, dans ces conditions de demisécurité, pour s'attaquer soit à lui-même, soit à son entourage.
Quiconque a vu un certain nombre d'alcoolisés a sûrement entendu faire cette remarque : « Un tel ne pouvait rester sans lumière; toute
la nuit il lui fallait une bougie allumée dans sa chambre. »
Un délirant alcoolique que nous avons été appelé à examiner, après une tentative de suicide, nous disait : « Je ne pouvais pas trouver ma boîte d'allumettes; ça devenait trop horrible. J'ai sauté par la fenêtre. Si j'avais pu rallumer ma bougie qui s'était éteinte, ça ne serait pas arrivé! « Le suicide des alcooliques est bien souvent, comme dans le cas présent, une fuite aveugle qui mène à la mort ou met la vie en péril, plutôt qu'un suicide vrai, c'est-à-dire iulentionuel.
Si dans la folie sensorielle que constitue le délire alcoolique, la prédominance est largement acquise aux hallucinations de la vue sur celles des autres sens, ainsi que l'a si judicieusement fait ressortir le professeur Lasèguc, il convient de reconnaître cependant que les hallucinations de l'ouïe, de la sensibilité générale, de l'odorat et du goût interviennent aussi dans la s\'mptomatologie si mouvementée de cette forme d'aliénation mentale. Nous avons déjà vu figurer les troubles sensoriels auditifs dans des observations précédentes. Dans celle qui va suivre, ils sont des plus précis.
Auguste F..., trente ans, ébéniste, amené au dépôt le 2 avril 1887, au quatrième jour d'un
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accès de délire alcoolique, se plaint d'être poursuivi par des hommes et des femmes depuis quelque temps. Il les entend, la nuit; il reconnaît le sexe de ses persécuteurs au timbre de leur voix, il distingue leurs pas dans l'escalier de sa maison. Ces personnages causent entre eux et se concertent pour le voler. Il se tient sur ses gardes de manière à se défendre contre le premier voleur qui entrera : au moment où il avancera la tête, il le frappera avec une hachette dont il s'est muni. Par mesure de précaution, il a placé son lit près de la porte, ce qui a empêché les voleurs d'entrer. Il les a entendus redescendre l'escalier, vers le matin, au petit jour. En s'en allant ils discutaient sur l'affaire du chien blanc contre le chien noir, en disant qu'elle était réglée. En se séparant, ils se sont dit : « Nous reviendrons la nuit suivante. » Il a été certain, à ce moment, qu'ils avaient quitté la maison, car il a perçu le bruit de leurs galoches sur le pavé de la rue. Cependant, il ne s'explique pas pourquoi, il n'a pas entendu ouvrir la porte cochère, car habituellement elle grince quand on l'ouvre.
La nuit suivante, les voleurs sont revenus... Ils ont fait des trous dans le mur de sa chambre, a^■ec une vrille. L'un d'eux a dit ; « Fais
attention, tu arrives au papier, il est temps de s'arrêter. » Sa chambre ne lui paraissant pas sure, il se plaignit au propriétaire, en lui signalant le va-et-vient incessant des voleurs, toutes les nuits. Il réclama une surveillance spéciale... On renvoya à l'Infirmerie.
Un autre entend dire : « On va l'arrêter; c'est lui l'assassin. » Aussitôt, il s'arme d'un couteau et se met sur la défensive... Il perçoit des bruits de pas, on est déjà à sa porte... Il n'attend pas ses ennemis — il avait trop peur, nous dit-il — il se frappe de son arme en pleine poitrine... mais sa main tremblait... le couteau ne pénétra que superficiellement.
Les troubles de la sensibilité générale sont extrêmement communs dans le délire alcoolique. L'halluciné sent des bêtes courir sur la surface de son corps, la brûlure de liquides corrosifs que ses ennemis lui lancent, le contact terrifiant de cadavres, il perçoit sous sa peau, au dedans de lui-même, le cheminement d'animaux qui ont pénétré par l'un des orifices naturels. Parfois, c'est un délire hypochondriaque très actif qui se dévoile et évolue avec la rapidité ordinaire des troubles délirants aigus d'origine toxique.
Eugénie B..., trente-sept ans, matelassière, s'alcoolise depuis cinq ou six ans (vulnéraire et
vin dont la dose quotidienne n'est guère inférieure à trois litres). Le désordre mental, après avoir préludé par de l'agitation ambulatoire nocturne, s'accentue tout à coup et nécessite son envoi au Dépôt. Au moment où elle se présente à la visite, son attitude est étrange. Elle fait des bonds désordonnés, pivote sur elle-même, relève ses jupons, les rabaisse, les secoue violemment pendant que sa phj'sionomie exprime la terreur la plus vive et qu'elle pousse ces exclamations d'épouvante : « Le voilà!... oh! le voilà!... c'est affreux! il est entré sous ma chemise... Otez-le ! ôtez-le! Là là! le voilà... il monte encore; ses griffes m'entrent dans les chairs. Mais étranglez-le donc... oui, le chat, le chat! attrapez-le... il est entré, en passant par-dessous mes jupons. Tenez ! Tenez, il est entre les cuisses maintenant... Sale bête, va ! )> Et elle fait le mouvement d'une personne qui se débarrasse d'un animal, le chasse de la voix et du geste.
Une autre femme, Françoise G..., quarante ans, sans profession, est amenée à l'Infirmerie. On vient de la retirer de la Seine, où elle s'est jetée après une course affolée... Elle raconte « que des crimes épouvantables ont été commis dans sa maison qui est remplie de cadavres. On en avait placé deux dans son lit... Le froid l'a
réveillée, elle touche à droite, un mort, elle touche à gauche, autre mort... A ce contact affreux, elle a bondi hors de son lit,.. Convaincue qu'on allait l'assassiner à son tour, elle s'est enfuie et a couru longtemps à travers Paris. Elle serait bien rentrée à la maison, mais elle cro^-ait que son mari la guettait pour la tuer... Elle a préféré aller se jeter à la rivière. » La trémulation généralisée, l'injection des conjonctives, l'insomnie, la nature des terreurs et des idées de persécution ne laissent aucun doute sur le diagnostic de délire alcoolique.
La perversion sensorielle entraîne la plus étrange des mimiques lorsqu'elle persuade au malade que des animaux entrent dans son corps, par les orilices naturels, la bouche, le nez, les oreilles, l'anus. Un intoxiqué aigu que nous interrogions laissait toutes nos questions sans réponse, et s'absorbait dans une seule occupation : saisir avec la main, et par la queue, les rats qui s'introduisaient dans sa bouche, l'un suivant l'autre, sans arrêt : « Encore un! Encore un ! Pas mo3'en d'en saisir un seul ! » s'exclamait-il, avec une mine effarée. « Ils défilent tous dans mon estomac, c'est horrible ! » Un autre se livrait à des mouvements désordonnés pour repousser une meute
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de chiens ; ceux qui tenaient la téte s'étaient enfolirrés dans son derrière et aboyaient dans son corps, criait-il ; les mains à l'orifice anal, il se défendait de son mieux contre cette invasion qui le terrifiait. Pour un troisième, c'était une situation à peu près analogue, mais elle se compliquait d'un autre élément de terreur. Le malade s'imaginait que des ennemis, après avoir lâché sur lui tout une ménagerie, lui insinuaient dans Tanus une mèche incendiaire. Littéralement inondé de sueur, dont les gouttes ruisselaient et mouillaient le parquet, il bondissait dans un indicible affolement, et, s'attendant à une explosion imminente, il jetait ce cri d'alarme : « Gare! Gare! ça va partir! »