LES DÉGÉNÉRÉS HÉRÉDITAIRES
L'hérédité est le fait qui domine de très haut l'étiologie générale de la folie. On n'en est plus à démontrer que les maladies de l'esprit sont héréditairement transmissibles, sans qu'il faille, cependant, aller jusqu'à décréter la fatalité de cette transmission.
De même que le vice héréditaire, sous toutes
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ses formes, tend à se révéler dans la constitution phj'sique de l'individu; de môme, les affections cérébro-spinales des ascendants — ps}^choses ou névroses — ainsi que les causes dégénératives auxquelles ils ont pu être soumis, par exemple, l'alcolisme pour ne citer que la plus commune et la plus puissante — sont appelées à retentir sur la descendance à des degrés divers dont deux sont ici à retenir :
1° A influence minima, c'est une simple et vague prédisposition aux désordres de l'intelligence, menace .dont la réalisation est purement contingente et fortuite, subordonnée qu'elle est, le plus souvent, aux aventures malheureuses de l'existence, à la violation des règles de l'hygiène, etc.
2" Mais les conséquences héréditaires nocives se sont accrues, au point de vicier, de toutes pièces, et a principio, le produit, de manière à engendrer une difformité ou une injîrmitc congénitale, dans l'ordre des déviations intellectuelles morales et affectives, difformité morale souvent alliée, d'ailleurs, avec une ou plusieurs malformations physiques, à des tics, etc., etc.
C'est à ceproduit, réalisant une a ty pie psychomorale, qu'on doit appliquer la dénomination de dégénéré héréditaire.
L'hércditc n'a plus, en ce cas, seulement créé cette simple prédisposition qui n'emporte point, avec elle, l'idée d'une altération déjà constituée; elle a engendré un éiat, ou mieux, une espèce morbide, un être à part enfin, ayant un mode de sentir et de réagir qui lui est propre.
Les beaux travaux de Morel (i}, travaux repris et complétés avec une rare sagacité et une incontestable rigueur clinique par M. Magnan [-i), continués par les élèves de ce maître émincnt, ne laissent plus, en cette question, place pour aucun doute. Il existe bien réellement, en pathologie mentale, des individualités psychopathiques qui se différencient nettement des autres formes d'aliénation, par le caractère de leurs dispositions natives, la désharmonie fondamentale de leurs Aicultés, les étranges anomalies de leurs tendances et, episodiquement, par leur servitude morale, du fait d'obsessions, (ï impulsions, conscientes, d'idées fixes, véritables tics moraux d'une importance diagnostique capitale; par la facile et soudaine
(1) Morcl, Traité des dégénérescences physiques, morales et intellectuelles de l'espèce humaine. Paris, iSSj.
(2) Magnan, Leçons de Sainte-Anne. 1 882-1 883. — Paul Garnier, Soc. méd. psychol. i88t"). — Saury, Étude clinique sur la folie héréditaire. Paris, i88(). — Legrain, Du délire chej les dégénérés. Thèse, Paris, 1886, etc.