‹ La folie a ParisChapitre 39 sur 68 · OBSESSIONS AVEC CONSCIENCE · texte numérisé non relu

OBSESSIONS AVEC CONSCIENCE

recherche d'ordinaire, ou du moins, je m'en détourne à force d'en soupeser les conséquences possibles en d'interminables suppositions. J'ai les idées les plus ridicules sur bien des choses ; je suis envahi par toute une série de pensées plus grotesques les unes que les autres. Le plus étrange, c'est que, malgré la conviction où je suis de leur puérilité, elles me reviennent sans cesse à l'esprit. C'est une véritable obsession. Je m'interroge indéfiniment sur des riens. Je me mets constamment sur la selletteet'û faut que je réponde à mille questions, sous peine d'être troublé, bouleversé pour longtemps.

« Je ne puis me résoudre à une décision ferme, et cela dans les circonstances les plus simples. M'arrive-t-il pourtant d'en finir et de faire mon choix, je suis encore plus malheureux, car je me persuade aussitôt que j'aurais dû opter pour la détermination contraire. Dois-je entreprendre un vo3'age, obligation fréquente dans ma position, c'est encore toute une affaire. A peine suis-je parti, après bien des hésitations, bien des conflits entre le pour et le contre, que je voudrais revenir sur ma résolution et retourner au point de départ. L'idée que je suis emporté à toute vapeur, loin de ce point de départ, me cause une angoisse

ibO ÉTUDE CLINIQUE.

telle que je ne me sens plus complètement maître de moi et que je pourrais en arriver, dans mon affolement, à me précipiter par la portière du wagon... »

M. X..., vingt-sept ans, employé dans un ministère, jeune homme d'une intelligence vive et mL\\heuTeusGm.en.t analj'tique, est depuis dix ans en proie à des craintes, à des perplexités, à des obsessions qui font le malheur de son existence. Il est issu d'une famille où l'on ne compte pas d'aliénés avérés, mais où il existe nombre de névropathes, d'originaux, d'excentriques.

M. X... a été de tout temps un timoré, un inquiet; servi par un esprit brillant, il eut de grands succès au lycée où il remporta tous les prix. Dès l'année de sa rhétorique, il fut pris d'une étrange obsession, il s'imaginait toujours que sa braguette était ouverte; il y portait constamment sa main et s'attirait de vertes réprimandes de la part de ses professeurs, qui étaient tentés de lui attribuer des habitude^ qu'il n'eut jamais, assure-t-il. Puis, ce furent d'interminables interrogations sur les moindres particularités qui s'offraient à son examen avec l'enchaînement, en quelque sorte automatique, des pourquoi, des comment et des

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peut-être; des perplexités surgissant à propos d'incidents futiles, des vérifications multipliées, h l'infini, sur le fait qu'une porte était ouverte ou fermée, des blâmes incessants sur sa conduite, des angoisses provoquées par la crainte du feu, etc., etc. « J'ai toujours eu, nous disaitil, V esprit encombré de la œitique de moi-même, Je ne puis m'empécher de revenir sur tel ou tel acte accompli aussi banalement que régulièrement, comme tous ceux de la vie courante, sans y trouver à redire. J'ai la manie de Vatitovitupération, et mon plus grand tourment réside peut-être encore dans la crainte d'être deviné par ceux qui m'entourent. Ce que je vous dis là, j'espère encore que tout autre l'ignore, mais je n'en suis pas sûr et cette incertitude contribue encore à m'agiter. Je n'ai jamais pu faire une visite sans être torturé par ridée que, peut-être, ma braguette était ouverte, malgré le contrôle incessant que j'exerce sur cette partie de mon habillement. Mon esprit inquiet jusqu'à l'absurde me persuade toujours qu'un mouvement en a pu défaire l'arrangement. Je m'astreins à une grande raideur de tenue, pour obvier à cet inconvénient... Je sens que mon air est gauche et guindé de ce fait, mais je n'y puis rien... De temps à autre, je jette un regard à la déro-

Paul GarniKk. I I

bée, mais cette vérification n'est pas suffisante, et c'est le plus souvent jusqu'à dix fois, en peu d'instants, que je porte la main à ma braguette; cette préoccupation m'a toujours empêché de passer une soirée agréable au théâtre, que j'en suis arrivé à fuir, comme tous les lieux publics. Je m'interroge sur toutes choses et ma recherche porte sur des pointes d'aiguille, des enfantillages. J'en ai la pleine conscience, mais mo?i esprit marche malgré moi. J'entrevois toujours un problème qui va s'imposer irrésistiblement à mon examen et réclamera toute mon attention, sans qu'il y ait la moindre utilité ou opportunité à la poursuite de cette solution. Je ne puis me mettre au lit, sans aller un grand nombre de fois, de la porte à la fenêtre, et réciproquement, pour m'assurer qu elles sont bien fermées. A peine suis-je couché que le doute renaît, fort, irrésistible, rend le sommeil impossible, me pousse enfin, après de vaines résistances, hors du lit, pour vérifier de nouveau. A l'époque de l'exacerbation de cette obsession, je passe à cette occupation une bonne partie de la nuit : la fatigue fini par amener le sommeil. Mes inquiétudes ont encore le feu pour objet. Je fais de minutieuses inspections dans ma chambre : la façon seule dont j'éteins ma bougie est d'un ridicule

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