IMPULSIFS PROPREMENT DITS. I
, lente de la part d'une famille désolée, la certitude de la ruine et du déshonneur, conséquences probables d'un entraînement jugé dégradant, rien de tout cela ne réussit à refréner l'élan de l'appétition pathologique. L'impulsion tyrannique parle plus haut que tous les raisonnements. Le dipsomane, en lutte avec elle, et ne négligeant rien pour en triompher, pourra mettre dans ce breuvage excitant, enivrant, dont il a soif, des substances qui le souillent odieusement, de l'encre, du pétrole, de l'urine, des matières fécales, etc., il boira quand même cet épouvantable mélange.... Un homme chargé de famille, obligé de pourvoir aux besoins d'enfants qu'il chérit, courra malgré tout de cabarets en cabarets et y dépensera ses dernières ressources. Une femme, réputée honnête et soucieuse de ses devoirs, oubliera toute retenue, toute pudeur, ira jusqu'à se prostituer, afin de se procurer l'argent nécessaire à l'achat de boissons spiritueuses.
Il est remarquable que le dipsomane, si loin qu'il aille dans son abus des liqueursenivrantes, échappe généralement au délire; après de lamentables aventures, après cette fugue, cette promenade désordonnée à travers les estaminets ou les bouges, il tombe dans l'hébétude ou dans une ivresse comateuse. Au point de
Paul Garnier, I 2
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vue psychique, il reste un engourdi : il n'\' a pas chez lui d'aptitudes à la création de troubles sensoriels et de conceptions imaginaires.
Si le dipsomane appartient à une classe relativement élevée de la société, et il semble que ce soit le cas le plus fréquent, il descend rapidement les échelons et dans sa dégradation il ne s'arrête pas d'ordinaire à mi-route.
Rejeté du milieu social où sa naissance et sa fortune l'avaient placé, déchu moralement et physiquement, il devient l'un de ces déclassés pour lesquels on a moins de compassion que de mépris. Et pourtant, c'est un malade digne de pitié. Il ne lui a guère été permis de faire autrement qu'il a fait. Il n'y a plus là seulement l'entraînement d'un vice qu'on peut combattre, il y a une fatalité organique qu'on subit.
M. Jean-Baptiste L..., âgé de soixante ans, appartenant à une famille riche et honorable, a occupé autrefois une situation des plus brillantes. Agent de change, dans l'une des principales villes de l'Europe, il a disposé d'une fortune considérable. On l'avait toujours connu bizarre, mal pondéré, d'un caractère timoré à r.excès et confusément mystique. Très religieux, il outrait, d'une façon naïve et puérile, Ves exercices du cultç.^Vevs l'âge de quarante