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ans, M. L..., jusque-là sobre, étonne son entourage par une passion qui paraît s'être développée tout à coup chez lui. Pendant plusieurs jours consécutifs, il s'isole, abandonne ses affiures, rentre ivre-mort à son domicile. Puis, la crise passe, et l'on croit, autour de lui, que c'est fini pour jamais, tellement il est humilié et attristé du penchant qui l'a dominé. Deux ou trois ans s'écoulent paisiblement et tout semblait donner raison à ces prévisions optimistes lorsqu'éclate un nouvel accès, absolument semblable au premier.
Les crises se succèdent ainsi à intervalles plus ou moins éloignés, mais avec tendance à se rapprocher.
La situation financière de M. L... périclite... en même temps que sa situation morale. Bientôt les catastrophes s'accumulèrent et sa charge dut être vendue.... Ruiné, déconsidéré, il vint à Paris en compagnie de sa femme et de ses enfants, réduit à une position misérable.
Là, malgré la détresse qu'il subit, son manque de ressources, il fait un trafic des derniers bijoux de sa femme, afin de se procurer l'argent pour boire. En dehors du vertige qui le saisit, il est sobre, témoigne plutôt de la répulsion pour les liqueurs fortes, redoublant de zèle religieux, fréquentant les églises et leçon-
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fessionnal, en espérant y trouver la force morale qui lui manque pour conjurer de nouvelles tentations.
Un jour de février 1887, M. L... est ramassé ivre-mort dans les rues de Paris. On le transporte à l'Infirmerie spéciale en pleine phase d'hébétude comateuse.
Au moment de la visite, il n'est plus qu'alourdi; il a repris conscience de lui-même. La face est congestionnée, tuméfiée, violacée, les traits sont empâtés, les yeux sont troubles, chassieux avec injection des conjonctives. Les idées sont encore confuses, la parole est lente, grasse comme celle de l'ivrogne. M. L... a assez le sentiment de sa situation pour récriminer contre lui-même. Humilié et repentant, il se frappe la poitrine, se lamente sur la défaillance de sa volonté, parle de s'approcher, une fois de plus, du confessionnal pour réclamer le pardon de ce qu'il appelle « sa faute mortelle », mais il ajoute qu'il sent bien que c'est plus fort que lui. Ça le prend, nous dit-il, par de la fatigue, des idées sombres, une impression générale d'anéantissement, état qui dure un jour ou deux, après lesquels toutes ses bonnes résolutions s'évanouissent. Il n'a plus qu'une préoccupation : boire, et, alors, tout lui est bon. Il se servait volontiers d'une ancienne
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ordonnance prescrivant du chloral... se faisait délivrer dans diverses pharmacies huit et dix grammes de cette substance, qu'il absorbait d'un seul trait. A son domicile, il défonce les armoires pour s'emparer des quelques liqueurs qui peuvent s'y trouver. Il s'emporte, devient violent et menaçant, lorsque les siens tentent de lui soustraire les bouteilles dont il s'est saisi.
Le surlendemain de son arrivée à l'Infirmerie, M. L... pouvait être rendu à la liberté. Il fut à peu près un an sans rechuter d'une façon sérieuse. En 1888, on le reconduisit au Dépôt dans les mêmes conditions que la première fois.
M. L... n'a jamais eu de délire alcoolique. La crise aboutit toujours à une sorte d'ivresse comateuse, et quarante-huit heures après, tout est rentré dans l'ordre. On peut croire chez lui à une hérédité similaire. Son père avait eu, dans sa vie, quelques accès de dipsomanie d'une très grande intensité avec accidents épileptiformes, complication qui n'est pas absolument rare dans la monomanie ébrieuse (i).
(i) Des actes violents peuvent aussi se produire, au paroxysme du de'sir. Une femme que nous avons fait interner à S'^-Anne se jetait sur son mari, comme une furie, lui criant : « De l'absinthe.. . de l'absinthe, ou je te tue. »
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Toutes les variétés d'enivrement impulsif peuvent évidemment se grouper sous le même titre. Les buveurs d'éther, de chloroforme, de chloral et d'essences diverses sont également des dispsomanes, pourvu, toutefois, qu'il s'agisse d'une appétition paroxystique, car l'évolution par crises est ici un élément essentiel.