‹ La folie a ParisChapitre 46 sur 68 · Anomalies, perversions et inversions du sens · texte numérisé non relu

Anomalies, perversions et inversions du sens

génésique.

La sphère génitale n'échappe pas, loin de la, aux conséquences de la désharmonie et de l'instabité morale qui forment la base des états de dégénérescence héréditaire ; là, comme ailleurs, le terrain est tout préparé pour le développement de préoccupations maladives, de sollicitations bizarres, d'impulsions d'ordre purement physique ou, au contraire, d'obsessions exclusivement platoniques et idéales.

Depuis les faits de monstrueuse bestialité, les effroyables tentatives de cohabitation avec des cadavres, par les violateurs de sépulture, jusqu'aux actes étranges engendrés par les aberrations de l'amour mystique, le dégénéré se rencontre à tous les degrés de la perversion sexuelle.

Parmi les ^aVz/^/V/o//^/^^^^, décrits par le pro-

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fesseur Lasègue, il en est un bon nombre dont la place est dans les rangs de ces héréditaires impulsifs. M. Magnan (i), étudiant les manifestations anormales du sens génital, à l'aide de l'anatomie et de la physiologie, les a, en quelque sorte, hiérarchisées, d'après la mise en jeu des centres :

1° Les Spinaux ^Réflexe simple. Acte automatique) ;

2° Les Spinaux cérébraux postérieurs (Réflexe cortical postérieur. Acte instinctif et irrésistible^ ;

3° Les Spinaux cérébraux antérieurs (Réflexe cortical antérieur. Impulsion instinctive consciente) ;

4" Les Cérébraux (Réflexe purement psychique ne se transformant point en acte).

Tous les faits viennent se classer dans l'une des quatre catégories ci-dessus, depuis la masturbation automatique et inconsciente de l'idiot, jusqu'aux fantaisies psychiques de l'érotomane, ce rêveur qui ne va jamais jusqu'à la réalité, jusquala matérialité de l'union physique des êtres, ce psychique qui plane dans les régions idéales de l'amour mystique.

(i) Magnan, Des anomalies, aberrations et perversions sexuelles. Communication à l'Académie de méd. Séance du i3 janvier i885.

Il y a quelques mois, nous avons demandé l'internement, dans une maison de santé, d'une femme âgée de quarante-quatre ans qui avait tenté de se suicider par c/î^î^t/« d'amour. L'objet de cet amour n'était autre que son fils, âgé de vingt-trois ans, qu'elle provoquait par les caresses les plus lascives à une cohabitation incestueuse. Voici à l'égard de cette malheureuse, que ses antécédents autorisent pleinement à classer parmi les dégénérés héréditaires, les confidences de son enfant :

« Jusqu'en i883, époque où j'ai perdu mon père, je n'ai rien remarqué d'insolite dans l'affection que me témoignait ma mère. Peu à peu, je m'aperçus qu'elle cherchait à satisfaire tous mes désirs; elle me comblait de cadeaux. Ensuite ce furent des tendresses exagérées. Elle m'embrassait sur la bouche et répétait ce baiser cinq ou six fois. Puis, le soir, lorsque j'étais couché, elle venait près de mon lit, passait sa main sous les couvertures, sous des prétextes divers. Un jour, elle oublia toute réserve et me prit la verge en se jetant sur moi, me couvrant de baisers passionnés, me parlant de son amour et m'invitant à le partager. Repoussée avec une brutalité dont je ne pouvais me défendre contre cette mère dénaturée, elle revint, malgré tout, à la charge, bien souvent.

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Je dus, plusieurs fois, pour me soustraire à sa fre'nésie erotique, me dégager violemment, m'habiller et partir. Au moment où je franchissais la porte, elle me suppliait de rester, me promettant de se dominer. Sa résolution la maintenait calme pendant quelques jours. Reprise alors d'un accès, elle renouvelait ses tentatives, profitait de mon sommeil, venait me découvrir... et, n'y tenant plus, se livrait à des attouchements sur moi, m'excitait par des paroles brûlantes. Un invincible dégoût me fit fuir lamaisonoù je ne reparaissais qu'àquelques jours d'intervalle. Sa jalousie s'éveilla alors et devint bientôt de la fureur. Elle me parlait de mes prétendues maîtresses, me dépeignait, en termes ignobles, les scènes d'orgie que son imagination malade entrevoyait. J'étais anéanti par ce débordement d'injures grossières. Par de trompeuses promesses, elle parvenait encore à me retenir, mais c'était pour se livrer, presque aussitôt, à des tentatives plus audacieuses, plus cyniques, qui m'épouvantaient et m'éloignaient de plus en plus d'elle, malgré mon amour filial. Complètement affolée pàr sa passion jalouse, elle allait de somnambule en somnanbule, pour apprendre le nom de la maîtresse ou plutôt des maîtresses qu'elle m'attribuait. Son humeur devint tout a fait

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sombre; des idées de suicide hantèrent son pauvre cerveau et, un jour, elle absorba un litre entier de rhum, d'un seul coup, dans le but de se donner la mort. Elle fut gravement malade pendant plusieurs jours, mais se remit progressivement. Elle recommença peu après... »

Dans ce fait où se traduit la plus lamentable des aberrations sexuelles, l'impulsion nymphomaniaque se fixe sur un individu déterminé : c'est uniquement son fils que cette mère poursuivait de ses obsessions, c'est lui seul que visait son appétit génésique. On n'a pas signalé, en dehors de ce penchant monstrueux, d'écarts de conduite chez cette malheureuse, dévorée, comme la Phèdre antique, par les ardeurs de ses désirs incestueux, et qui, affolée par leur inassouvissement, aussi bien que par les tourments d'une jalousie morbide, est allée jusqu'au suicide. Dans ce sentiment, si monstrueux qu'il soit, il y avait encore de l'amour; le choix était contre nature, mais il y avait choix.

Dans l'observation qui va suivre, l'impulsion nymphomaniaque a quelque chose de plus brutal, de plus spinal dans son adresse anonyme, car la malade est en quête de l'homme, du mâle, quel qu'il soit.

Henriette S..., trente et un ans, domestique,

a toujours été bizarre, nerveuse, irritable, extravagante. Elle avait appris le métier de couturière, mais elle dut l'abandonner : il lui était impossible de rester assise, il fallait qu'elle fût toujours en mouvement. Condamnée a l'immobilité, elle se servait trouvée mal, ditelle.

Dès son jeune âge, la vue des garçons la surexcitait étrangement; elle n'était heureuse qu'au bal, lorsqu'un danseur lui enlaçait la taille. Mariée de bonne heure, elle ne put trouver, dans les rapports conjugaux, satisfaction à ses besoins presque incessants de coït. Elle eut de nombreux amants, et, par son inconduite devenue notoire, désespéra son mari qui, la jugeant aussi malade que perverse, tenta longtemps de la ramener à des mœurs plus régulières. Tout fut inutile.

Henriette S... est prise tout à coup de l'irrésistible besoin de l'acte sexuel. Elle lutte contre ce désir; mais, bientôt domptée, elle descend dans la rue et se met en quête du mâle. En dehors même de l'accès impulsif irrésistible, elle ne peut faire la rencontre d'un homme vigoureux et assez bien tourné, sans éprouver aussitôt le désir de la copulation, dont l'idée seule suffit d'ailleurs à provoquer le spasme vénérien : l'orgasme voluptueux s'est ainsi pro-

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duit chez elle jusqu'à six et sept fois dans la même journée. Souvent, elle voit en rêve des individus tout nus sur son lit et elle se complaît dans la contemplation de leur nudité'.

Dès qu'elle se trouve seule avec un homme, elle ne peut résister au besoin de se montrer nue. Elle a horreur de l'argent que l'homme auquel elle vient de se livrer veut parfois lui donner. Son plus grand bonheur, dit-elle, serait d'être riche pour avoir à elle les hommes qui lui plairaient, et qui, par leur vigueur, mériteraient ses faveurs.

En dehors de ses impulsions nymphomaniaques, Henriette S... est aussi atteinte de zoophilie; sa sensibilité s'éveille au plus haut point au sujet des animaux qu'elle voit malheureux; la vue d'un cheval qui s'abat dans la rue la fait s'évanouir.

Véritablement faible d'intelligence, elle a les idées les plus saugrenues et son discernement est très restreint; sa crédulité est tout a fait enfantine. Henriette S... est une visiteuse assidue de la Morgue; elle en fait le but d'une promenade quotidienne; c'est un plaisir sans égal pour elle : au milieu de ses récits naïfs, elle nous fait comprendre qu'elle a cru longtemps qu'on payait des individus pour poser, à nu, sur les dalles de la Morgue, et ces nudités

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avaient encore pour elle un charme très grand.

Henriette S... n'a jamais eu d'attaques de nerfs, elle n'offre aucun des stigmates permanents de l'hystérie; elle n'a ni hémi-anesthésie, ni plaques d'hypéresthésie, ni amblyopie, ni dyschromatopsie. C'est une dégénérée qui s'est affirmée telle toute sa vie. Son père est mort d'ataxie locomotrice; sa mère, à la suite d'une attaque d'hémiplégie, devint aliénée. Deux oncles et une tante sont morts d'affections cérébrales.

Satyriasis che^ Venfani. — La plus haute expression de la poussée morbide héréditaire, la plus saisissante signification de son caractère de fatalité, n'est-ce pas le fait de ces obsessions, de ces impulsions, de ces étranges perversions affectives apparaissant tout à coup, et de toutes pièces, chez l'enfant? Voici un être qui ne sait rien de la vie, rien de ses entraînements passionnels, rien de ses joies ou de ses douleurs véritables, un être que le vice ambiant n'a pu encore sérieusement contaminer et dont l'évolution physique et morale, à peine ébauchée, ne doit comporter aucune intensité réactionnelle durable et profonde. Pourtant il va réagir à sa manière et dans une mesure qui confond et n'est, à coup sûr, en rapport ni avec son incomplet développement psycho-

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physiologique, ni avec la somme d'impressions reçues du dehors.

Alors qu'on ne peut songer à expliquer la genèse de pareilles déviations par l'influence du milieu ou de l'éducation, force est bien de remonter plus haut, de voir ce que cet enfant a reçu en dépôt avec la vie, et de s'adresser enfin à la transmission morbide.

C'est l'hérédité et ce ne peut être que l'hérérité qui dépose, dans ces jeunes cerveaux, ces ferments d'idées Jixes dont la manifestation, à l'âge des insouciantes gaietés, des sensations mobiles et fugaces, déconcerte absolument, si l'on fait abstraction du vice atavique, du levain héréditaire, en un mot du principe de la dégénérescence mentale.

Pierre R..., âgé de neuf ans, envoyé à l'Infirmerie spéciale, le 8 octobre 1888, est un enfant intelligent, mais turbulent, espiègle, méchant et indiscipliné. Il a le développement physique d'un garçon de son âge ; sa physionomie est régulière et expressive. Le crâne est dolichocéphale et as3an.étrique avec proéminence très accentuée de la bosse occipitale. Tout en étant doué d'une assez grande vivacité intellectuelle, Pierre R... est quelque peu arriéré. Il écrit assez bien, en copiste, mais il ne sait pas lire

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