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Sans rien perdre de son assurance devant nous, Pierre R... nous parle avec des clignements d'yeux significatifs des beaux seins sur lesquels il voudrait se coucher; « c'est si joli, ces beaux petits nénés des femmes, et leur toiirmire donc, c'est ça qui est beau et qui sent la femme! », s'écrie-t-il, pendant que son regard luisant d'enfant salace souligne ses paroles d'un élan d'enthousiasme sensuel.
Ce que nous connaissons des antécédents héréditaires de cet enfant ne nous permet pas de dire positivement que la folie confirmée ait été constatée parmi ses parents. Mais, il convient d'ajouter que sa mère est faible d'esprit. Quant au père, il vit depuis longtemps séparé de sa femme : c'est un buveur, un débauché, un viveur, et particularité intéressante, en l'espèce, on porte sur lui ce jugement dont je ne veux pas essayer de changer les termes : « Il a toujours été enragé après les femmes ! »
Dans le même ordre d'idées, j'aurais encore à citer le cas de ce dégénéré héréditaire fils d'un père ivrogne, Edmond R... âgé de quinze ans, hypospade, qui, sous l'influence d'impulsions satyriasiques irrésistibles, se jetait sur les femmes, en pleine rue, en mettant ses organes sexuels à découvert et de cet autre, le nommé G..., seize ans, qui relevait les ju-
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pons des jeunes filles, en exhibant son pénis.
Si la dégénérescence mentale est le terrain spécial où apparaissent ces obsessions, ces impulsions, ces aberrations morales dont nous nous occupons dans ce chapitre, c'est aussi le sol où éclosent, à la faveur d'une cause occasionnelle souvent minime, ces troubles délirants qui portent avec eux leur marque de fabrique. La brusquerie d'invasion de la perturbation psychique, sa marche inégale, heurtée, rémittente, la mobilité et la discordance des symptômes, l'absence de progression systématique, les soudaines améliorations suivies de rechutes non moins rapides, sont, comme nous le disions plus haut, autant de caractères qui en dénoncent l'origine et appellent, sur le passé ancestral et sur la biographie du sujet lui-même une attention plus particulière.
L'observation qui suit va nous montrer, non seulement les étrangetés issues d'une anomalie sexuelle allant presque jusqu'à l'interversion, mais encore les manifestations d'un délire qui a provoqué la mesure d'internement.
M. X..., âgé de trente-sîx ansj licencié es lettres, a été conduit, le 3o décembre dernier, à l'Infirmerie spéciale. Depuis huit jours, il s'était montré très surexcité et, dans la nuit
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qui avait précédé son envoi au Dépôt, il avait tenté de tuer sa mère avec laquelle il habitait.
Doué d'une réelle intelligence, et surtout d'une imagination vive, M. X... a toujours été un être étrange, ne faisant rien comme les autres. Nature timide et d'une excessive émotivité, son existence s'est écoulée, depuis le collège, où il remporta de brillants succès, aux côtés de sa mère qu'il aimait beaucoup et qu'il n'a jamais voulu quitter. Ne sortant que pour aller s'enfermer dans une salle de bibliothèque, n'ayant point de camarades, il était sans cesse absorbé dans ses livres, compulsant les vieux manuscrits, pour des travaux d'histoire. Il avait horreur du mouvement, restait le plus souvent confiné chez lui, en dehors de ses allées et venues de la bibliothèque à sa maison» il parlait souvent avec exaltation de la toilette des femmes, en vantait la savante et ëlégantci ordonnance, mais on ne lui connut point de maîtresse.
« C'était, dit sa mère, comme une fille poilr ses goûts, sa timidité, ses airs effarouchés et pudibonds : un rien lui faisait monter le rouge au visage et le faisait trembler d'émotion. )J :. Poursuivant ses recherches historiques avec une sorte de fièvre et de passion, M. X... en était arrivé à un véritable surmenage cérébral;
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Il dormait à peine trois ou quatre heures par nuit. Des céphalalgies violentes le tourmentaient, mais ne le détournaient pas de son acharnement au travail. Bientôt sa tête s'exalta et, brusquement, des conceptions délirantes, à forme dépressive, apparurent. M. X... eut des idées de persécution, il s'imaginait qu'on l'insultait; halluciné de l'ouïe, il entendait qu'on se moquait de lui, qu'on l'appelait m....reau, qu'on le plaisantait sur sa mère, en lui faisant comprendre que ce n'était point là sa mère et qu'il couchait avec elle, etc. Il communiquait à celle-ci ses appréhensions en gardant un air inquiet et soupçonneux. Ce délire durait depuis huit jours, lorsque, une nuit, pris d'une agitation violente, il se mit à déclamer, a discourir sur l'histoire comme s'il faisait une leçon à des élèves.
Sa mère intervient et cherche à le calmer. Aussitôt, il s'élance sur elle et, saisissant sa lampe, il l'en frappe à coups redoublés. Puis il la traîne sur le palier de l'appartement, et cherche à la jeter dans la cage de l'escalier, en lui criant :
« Tu n'es pas ma mère! si tu es ma mère, tu vas dire ce mot comme moi ! » et il lui jette un mot polonais...
Au moment où nous voyons M. X..., il est
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dans un état de complet désarroi intellectuel. Revenu à un calme relatif, il est maître, il est vrai, de ses mouvements, mais non de ses idées qui restent confuses, flottantes, indécises, délirantes sur certains points. Il répond convenablement à la plupart des questions que nous lui posons, mais il a des phrases comme celle-ci : « Je ne saurais affirmer, en ce moment, que je ne rêve pas.... Je ne répondrais pas, non plus, que je suis bien éveillé... Ce qui se passe dans mon cerveau est étrange... Si. j'ai rêvé, je sens que je ne suis pas encore dégagé de cet état de rêve, car tout m'apparaît brouillé et indistinct.... Renseignez-moi, suis-je bien éveillé? Ma personnalité morale est comme effacée ou obscurcie.... Cet état est-il spontané ou provoqué? Tenez, est-ce du rêve cela? Oui, sans doute, et pourtant je n'oserais trop le prétendre : Il me semble qu'une volonté supérieure se substitue à la mienne, dès qu'arrii^e le soir, la nuit... Je m'imagine passer par les péripéties de la vie d'un prince russe, nommé Serge, enlevé par des bandits, puis prisonnier du czar, exilé et soumis à des tortures horribles par un pope qui essaye d'en faire un eunuque. Aujourd'hui, je crois être ce prince Serge; ma tête me paraît tourner sur les épaules, e;/ même temps que mon sexe se transforme et de mascu-
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//;/ devient féminin. J'appréhende à l'approche de chaque nuit de nouvelles tortures dont je ne prévois pas le terme. Je vous demande un remède cà ces douleurs. Essayez, si vous pouvez, d'arrêter mon esprit dans ces transformations successives. »
M. X..., vigoureusement constitué, de haute taille, brun, au système pileux très développé, a tous les dehors delà virilité. Il n'offre aucune anomalie de conformation. Les organes génitaux sont normalement développés. Certaines afféteries de langage et de maitien nous avaient cependant frappé. Invité à s'expliquer sur quelques points que nous tenions à élucider, le malade nous fit les curieuses confidences qui suivent :
A dix-sept ans, a la lecture d'un passage de J.-J. Rousseau, l'éveil d'une sensation génitale se fait chez lui pour la première fois. Il cède à cette excitation, se livre à l'onanisme et s'y est fréquemment livré depuis. La femme l'a toujours laissé à peu près indifférent, mais non le raffinement d'élégance dont elle s'entoure. Il n'a jamais été tenté de se marier, n'a3''ant aucun goût pour les relations sexuelles; il est parvenu jusqu'à trente-six ans, sans avoir, assure-t-il, accompli une seule fois le coït. Il lui est arrivé de se laisser séduire par la dé-