LE DÉLIRE AMBITIEUX. 2 I
réussit, on ne sait trop par quel procédé, à pénétrer dans les tribunes réservées au public et de la il lance dans l'hémicycle so)i adresse aux représentants du peuple. D'autres fois, il se borne à procéder par voie d'affichage. Au milieu de la nuit, il colle sa proclamation sur un édifice public et le jour venu, il se mêle aux curieux qui s'arrêtent pour déchiffrer ce factum. Il épie sur le visage de ces passants l'effet produit : souvent il ne peut se contenir et, fièrement, se déclare l'auteur de cette affiche et entame un discours... On l'entoure, et quelques minutes après, il est conduit au poste le plus voisin. C... est un illuminé auquel Dieu s'est révélé dans le fracas de la foudre. De ce moment date sa mission réformatrice. « Ce fut, raconte-t-il, dans la nuit du vendredi saint 1876, que je fus chargé de la mission que je poursuis; car, jusqu'à cette époque, je n'avais jamais pensé à rien. L'orage était déchaîné, je me sentis tout à coup comme enveloppé de feu. Une voix s'éleva et j'aperçus en même temps une forme qui avait la même figure que moi; la voix disait : — C'est toi auquel je délègue ma toute-puissance, écoute bien : Quand le moment sera venu, tu seras chargé de conquérir le monde et de le soumettre à la volonté éternelle, tous les éléments obéiront à chacun
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de tes signes, mais ça sera encore long. — — Pourquoi, demandai-je, cela tardera-t-il? — Parce qu'il faut du temps pour mettre tout en mouvement. Cela sera encore par une terrible tempête que je te visiterai. Quand je te dirai : Marche! tu obéiras, sans chercher à en savoir plus long. — Le 17 novembre 1876, l'ordre me fut donné. Je me mis en marche pour la première fois et je me rendis à Versailles, à la Chambre des députés. On refusa de m'entendre. Je dis : Je reviendrai dans huit jours. Ce que je fis. Les huissiers me mirent encore à la porte. Chaque fois que je marche ainsi sur l'ordre venu d'en haut, je sens en moi comme un feu qui me dévore et comme quelque chose de supérieur qui me transforme. Lorsque je revins la troisième fois, je fus arrêté et ce qui me surprit c'est que, aussitôt arrêté, la sensation de ce feu dévorant et de cette supériorité disparut. Cela me fit réfléchir. Etait-ce donc un rêve? Mais ma stupeur fut de courte durée. Je repris bientôt mon empire. Toutefois, aucun ordre nouveau ne me fut transmis et je me tins tranquille jusqu'au 14 juillet 1880. Ce jour-là, la voix me dit un soir : — Tu iras dans deux heures à l'Arc de Triomphe, ta main s'élèvera vers le ciel et aussitôt la foudre t'obéira. Je m'}' rendis, et à l'heure dite, je présentai ma