‹ La folie au théâtreChapitre 120 sur 185 · ACTE PREMIKR · texte numérisé non relu

ACTE PREMIKR

LE DOCTEUR, coïiiprenanl rinlenlion du père Roque.

Eh ! bien, je lui aurais dit : « Mon vieux Jean-Pierre, quand on est malade, il n'y a qu'une chose à faire.

{Un léger temps. Le père Roque est tout oreille.)

« C'est d'aller consulter le médecin. »

(// rit en regardant Rernard qui rit aussi.)

[Le père Roque dissimule une grimace. Un nouveau

temps Ils boivent.)

BERNARD, posaut son vèrre sur la, table.

Il est épatant votre cidre, père Roque !

LE PÈRE ROQUE, très embêté, sans empressement.

Encore un verre ?

BERNARD

Non, merci... il ne faut pas qu'on vous mette en retard... Vous alliez partir quand nous sommes entrés...

(A ce moment, la mère Roque sort de la maison, toute habillée, chapeau en tête, gants aux mains, ombrelle. Marie la suit.)

LE DOCTEUR; regardant la mère Roque.

C'est à la fête que vous allez?...

Tout juste, monsieur le Docteur.

BERNARD

C'est donc pour ça que vous êtes tous sur votre trente-et-un ?...

LE PÈRE ROQUE, qui 116 dêscspère pas d^avoir sa consultation, revenant à la charge.

Il n'y a que la Marie qui ne soit pas habillée...

192 LA PETITE ROOUE

BERNARD

Pourquoi ça ?...

(A Marie.)

Pourquoi ça, mademoiselle ?

(Elle Laisse la tête.)

C'est une têtue !... Elle ne veut pas aller à la fête... Elle veut faire accroire qu'elle est malade ! Je vous demande un peu^ à son âge !...

BERNARD, /â dévisageaul.

Quelle âge a-t-elle donc?

Elle va sur ses seize ans !...

LE DOCTEUR

On lui en donnerait dix-huit, ma parole.

BERNARD

P^Ue est bien bâtie, la gaillarde !

LA MÈRE ROQUE, avec fierté.

Ça oui, elle n'est point mal faite î

Dame ! on y a mis ce qu'il fallait ! pas, la mère?

(// rit bruyamment.)

LE DOCTEUR

Elle a l'air de se porter à merveille...

LE PÈRE ROQUE, allant A Marie.

Ah ! tu vois ce que dit le Docteur... Aussi, je te laisserai pas faire tes quatre volontés... Allons, ouste, va t'habiller...

MARiR, mauvaise tête.

Mais je suis malade... J'peux pas marcher...

LE PÈRE ROQuiî, levant la main sur elle.

Répète-le donc un peu, que t'es malade... je te guérirai, tu vas voir...

LE DOCTEUR, arrêtant le geste du père Roque. Voyons, père Roque...

MARIE, se garant de son père et allant se réfugier près de sa mère.

J'suis malade... J'sais malade...

LE PÈRE ROQUE, remontant dans le fond en maugréant. Sacrée petite garce !...

LE DOCTEUR

Après tout, elle est peut-être malade, cette enfant...

LE PÈRE ROQUE, jouant V indifférence.

Vous occupez point d'elle, allez, monsieur le Docteur, tout ça c'est de la frime !...

LE DOCTEUR

Laisse-la donc... Si elle ne se sent pas bien !...

De la frime, je vous dis I

LE DOCTEUR, à Marie.

Viens ici, mon enfant,

(Marie va lentement vers lui.) Donne-moi ta main...

LE PÈRE ROQUE, Continuant sa comédie. Ça se porte comme père et mère... J'ai jamais été

194 LA PETITE ROOUE

malade, moi, monsieur le Docteur... Caroline non plus... Sauf quand elle faisait un enfant, bien sûr.

{Il rit.)

Eh ! eh î pas la mère ?

LE DOCTEUR, examinant Marie.

Elle n'a pas de fièvre... Voyons, que ressens-tu ?

MARIE

J'ai mal à la lête...

LE DOCTEUR

Et puis, c'est tout

MARIE

Et pis j'ai le dos noué...

LE DOCTEUR, avec un sourire, à Bernard,

Oui... comme Jean-Pierre...

{Au père Roque.)

Ça doit être la croissance... Voyons... dégrafe-toi un peu, que je puisse t'ausculter...

(La petite Roque commence à dégrafer son corsage, Bernard est en face d'elle. Il regarde attentivement cette scène, Vœil très allumé.)

LE PÈRE ROQUE, à part, à sa femme.

Eh! bien, je l'ai t'y eu pour rien, sa consultation?

LA MÈRE ROQUE, même jeu^

T'es un finaud I

(La petite Roque a naïvement ouvert entièrement son corsage et montre sa poitrine.)

LE DOCTEUR, souriant et refermant un peu le corsage.

Ça va bien...

(// met sa tête sur la poitrine de la petite, l'ausculte,

puis après un silence.)

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