AU PAYS DE LA FOLIE
à M. Albert Clemenceau.
Il y a sans doute quelque témérité à porter la folie au théâtre, à recourir, pour forcer 1 attention et l'intérêt du public, à des êtres violemment exceptionnels qui semblent appartenir davantage au médecin qu^à l'auteur dramatique.
Le public est assez peu disposé à accepter le spectacle de ces pauvres êtres affligés de la plus épouvantable des infirmités et de tous temps il a marqué sa répugnance, presque son malaise.
L^'être humain, en présence d'une pareille déchéance, se trouble comme une bête domestique à l'approche d^une bête fauve. Violenté dans sa sécurité, il sent rôder et peser sur lui une menace trouble, un mystère devant lequel il est désarmé. Et en lui, il entend le lointain retentissement d'un écho, tout un apport d'imaginations et de sentiments confus qui vont jusqu'à l'angoisse physique.
Cependant rien n'est plus faux que l'idée que l'on se fait presque toujours de la folie. 11 existe un type conventionnel, une sorte de « fou de théâtre » précisément, qui est aussi éloigné que possible de la réalité. Du moins s'il ne nous fournit que des exen)-