ACTE PREMIER
Louise, je vous en prie, calmez-vous.
LOUISE, k Lionel,
Je ne voulais pas vous le dire... c'est vous qui m'avez forcée... c'est vous... c'est vous...
M"^^ DUBOIS, à Lionel.
Moi j'étais au courant, mais elle m'avait défendu...
cLOTiLDE, s'asseyant à la table de gauche en face d'elle.
Mais nous, nous ne savions rien...
(A Louise,)
Tu nous avais raconté que Raymond tenait des propos incohérents... qu'il avait eu de grandôs colères, qu'il t'avait même menacée... On s'était dit : « Elle a eu peur... elleexagère... »Maismaintenant,toutchang-e...
(A Beauchamp,) N'est-ce pas?
BEAUCHAMP
Evidemment...
LIONEL, après un léger temps.
Evidemment, toutchange... jusqu'à uncertain point...
BEAUCHAMP, le regardant.
Ah !...
LIONEL
Dame, oui!... Tous ces souvenirs douloureux que Louise vient d'évoquer et qui m'ont profondément remué, tout ça c'est de l'histoire passée. 11 faut maintenant, puisque nous sommes réunis ici en conseil de famille, savoir ce qui nous reste à faire... Voilà trois mois que Raymond est à l'asile... 11 faut savoir dans quel état il se trouve... et s'il n'est pas guéri...
LOUISE
Oh ! guéri... guéri...
LIONEL
Mais oui... guéri... Qu'y a-t-illàde si extraordinaire?
BEAUCllAMP
Je ne vois pas...
LIONEL
Tous les malades peuvent guérir...
LOUISE
Pas Raymond; malheureusement...
BEAUCHAMP
Pourquoi?
LIONEL
Qui est-ce qui vous a dit ça ?
LOUISE
Ma!s mon médecin d'abord, qui m'a appris que cette affection-là est incurable...
LIONEL
Oh ! votre médecin !...
LOUISE
Et tous ceux que j'ai consultés depuis... les bulletins qu'on m'envoie de l'asile et qui portent tous ces mots désolants : « Etat stationnaire. »
Ravmond est un malade pavant... L'administration en profite... les médecins aussi... Si on ne leur force pas un peu \n main, à ces messieurs, je ne crois pas qu'ils soient bien pressés de signer la sortie de Raymond.