‹ La folie au théâtreChapitre 4 sur 185 · AU PAYS DE LA FOLIE... XI · texte numérisé non relu

AU PAYS DE LA FOLIE... XI

point, paraissent conserver sur tous les autres une intégrité à peu près complète.

Cest là une des formes les plus insidieuses de la folie.

Notre principal personnage était un dissimulateur, un de ces êtres qui offrent toutes les apparences de la santé, dont le raisonnement persiste avec une force singulière et qu^il est souvent impossible de surprendre en flagrant délit de démence. De là le conflit entre la famille du malade et le procureur de la République d'une part et le médecin traitant d'autre part.

A la suite d'un interrogatoire très serré, infligé au dément, le médecin fut sommé par le magistrat, jugeant en dernier ressort, de faire la preuve de la folie. Le médecin eut beau en appeler à son expérience, affirmer qu'on peut être fou avec presque toutes les apparences de la raison, le magistrat passa outre. Le malade fut rendu à sa famille ; le jour même où, il rentrait chez lui, il assassinait son frère...

Notre conclusion était donc formelle. Elle montrait que sur cette question, la raison la plus éclairée, la plus impartiale, peut être mise en échec, et qu'il faut, de toute nécessité, sauvegarder la prérogative de la science.

En même temps, cette discussion passionnée entre le magistrat et le médecin révélait la gravité de Ferreur qui s'attache au préjugé de la folie et que je signalais plus haut. Elle témoignait à quelles difficultés on se heurte bien souvent pour déterminer avec certitude les caractères de la folie ; elle prouvait que maintes fois aucun signe physiologique ne trahit l'état de démence.

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